A j-1 du 10e congrès du FLN : veillée d’armes chez l’opposition

L’aile de l’opposition du FLN presse le pas et accélère le rythme de son action sur le terrain de combat, en vue de saborder le 10e congrès du parti, prévu ce week-end, à Alger. Pour ce faire, ils ont annoncé, hier, que près de 200 hauts responsables de cette formation politique, parmi lesquels des membres du comité central et des députés, vont boycotter la rencontre. Ainsi, ces adversaires à l’actuelle direction du parti ont rendu public, hier, devant la presse nationale, la liste des cadres et hauts responsables qui s’opposent à la tenue du 10e congrès, dont l’ouverture se fera, demain le 28 mai, et s’étalera jusqu’au 30 de ce mois. Cette liste lue devant l’assistance par l’un des partisans de l’opposition n’est pas des moindres, puisqu’elle compte selon ces derniers, 111 membres du Comité central (CC) et 86 élus de l’APN qui rejettent le rendez-vous décidé par Amar Saâdani, secrétaire général de l’ex-parti unique. Aussi, deux déclarations distinctes émanant des deux canaux ont été remises aux journalistes. Les frondeurs veulent frapper fort de cette rencontre, tenue « symboliquement» près du ministère de la Justice, dans leur quartier général installé au sein d’une villa située à El-Biar, sur les hauteurs d’Alger. Le point de presse de cette rencontre a été animé par les chefs de file de ce camp, qui sont Salah Goudjil, Abderrahmane Belayat, Abdelkrim Abada et Kassa Aissi du CC, en présence des ex-ministres, Amar Tou et Rachid Haraoubia, et d’autres responsables des instances du FLN, pour n’en citer que ceux-là. Il s’agit de l’ultime sortie publique des adversaires de Saâdani et sa direction, qui s’attellent à tenir la réunion du CC dans l’après midi d’aujourd’hui, veille du congrès. Rappelons également que le verdict du Conseil de l’État concernant la requête introduite par l’ex- ministre A. Belayat, appelant à l’annulation de ce congrès, devra être rendu aujourd’hui. Après le cycle de protestations menées par l’opposition depuis l’annonce de la date du congrès, à travers des compagnes médiatiques et déclarations interposées et mettant aux prises les deux parties en conflit, les frondeurs du FLN ont mis au devant de la scène leur position politique pour se démarquer et récuser une fois de plus la démarche entamée par l’inébranlable Saâdani. Avant-hier encore, les partisans de ce camp ont tenu deux actions de protestation simililaires. L’une a été organisée par un groupe de députés devant l’Assemblée nationale et l’autre a été tenue par les militants et cadres frondeurs devant le siège national du parti à Hydra. Les protestataires ont voulu à travers ces démonstrations de rue mettre la pression et resserrer l’étau autour de leurs adversaires, en privilégiant ce moyen plus musclé en appui à l’action politique conduite par les membres de la hiérarchie frondeuse. Dans leur déclaration liminaire, les protestataires du CC ont tenu à rappeler le motif du boycott du 10e congrès, en estimant que «devant les dérives de l’actuelle direction du parti qui a transgressé les lois et statuts du parti, nous sommes 111 membres du CC à décider de rejeter ce rendez-vous illégal et ne pas y prendre part». En effet, lors de la révélation de la liste des rebelles du CC, des noms pas peu connus de la haute sphère du FLN sont cités et parmi eux des anciens ministres. Il s’agit entre autres de Boualem Benhamouda, El Hadi Khaldi, Abdelaziz Ziari, Mohamed Nadir Hamimid, Rachid Benaissa etc.

Goudjil à Saâdani : «nous sommes légitimes et nombreux»
Pour le sénateur Goudjil, cette rencontre se veut une précision et une réaffirmation de la position de l’aile de l’opposition. «Nous sommes ici pour réitérer notre rejet du 10e congrès et de la réunion du CC prévue la veille, lesquels rendez-vous sont pour nous illégaux», dira-t-il d’emblée. Ensuite, le vétéran du FLN a ajouté cette déclaration: «nous avons décidé de donner les noms des membres du CC boycottant ces deux rencontres, en plus de la déclaration précisant notre position claire par rapport à cette échéance», en réponse ainsi à la direction politique de Saâdani et lui-même d’ailleurs, qui ont maintes fois invité et défié leurs vis-à-vis de donner les noms des responsables du CC récalcitrants. En revenant aux procédures menées dans le cadre des préparatifs précédant la tenue du congrès, le même orateur a considéré que Saâdani a «exclu les vrais militants et les cadres historiques du parti» en estimant que les traditions du FLN portant sur l’élection des congressistes, des responsables des instances locales, sont «bafouées», a-t-il indiqué. «Le congressiste doit être à la hauteur des aspirations et des préoccupations des militants de la base qui devront être impliqués dans les préparatifs et le déroulement des travaux de ce rendez-vous», a-t-il renchéri. En enfonçant davantage le clou, Goudjil se dit en assumer cette position devant les militants du FLN, de l’opinion publique et de l’ensemble des institutions nationales que « le congrès est illégal». Selon lui, il n’y a pas que les militants qui sont « lésés», en effet, en voulant s’assurer de l’adhésion des députés de l’Assemblée nationale, il a rappelé que 86 d’entre eux ont signé le rejet du congrès en apposant leur signature et leur empreinte.

Quand l’opposition entrevoit déjà… l’après-congrès
À la lecture de la déclaration du CC, il en ressort clairement que l’opposition sait prématurément que le congrès aura bel et bien lieu. Et pour cause, des adversaires de Saâdani se projettent déjà dans l’avenir et parlent de l’après échéance. Délibérément ou par inconsciemment, ils ont annoncé qu’ils ne comptent pas rendre les armes, et qu’ils vont poursuivre leur mouvement de protestation.
En effet, ils déclarent qu’ils vont user de tous les moyens légaux en vue de disqualifier les décisions et les résolutions qui découleront des travaux de la rencontre, des actions, par lesquelles, les initiateurs visent «à corriger les dérives et réhabiliter le principe de la légitimité au sein des instances du FLN, en respect des lois de la République et des statuts du parti», a-t-on indiqué. En marge de cette réunion, un membre du CC qui a parlé sous le sceau de l’anonymat a précisé qu’à travers la saisine de la Justice, l’opposition a voulu mettre les institutions devant leur responsabilité, «quand bien même la tenue du congrès est éminente», a-t-il révélé.
Farid Guellil

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