Un incident particulièrement alarmant s’est produit hier dans le nord de la Cisjordanie occupée, où un colon sioniste a fait irruption dans l’enceinte d’une école située dans la localité de Silat ad-Dahr, au sud de Jénine. Selon des témoins oculaires, l’homme a pénétré dans la cour de l’établissement à bord de son véhicule avant de poursuivre des élèves, arme à la main, provoquant un mouvement de panique généralisé.
D’après les récits concordants, l’intrusion s’est déroulée de manière soudaine. Les élèves, pris de court, ont tenté de fuir dans toutes les directions pour échapper à l’assaillant. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des enfants courant en désordre, visiblement terrorisés par la scène. Le colon aurait ensuite brandi son arme à feu à l’intérieur même de la cour, accentuant le climat de peur. Heureusement, aucun blessé n’a été signalé à l’issue de l’incident. L’auteur de l’intrusion a quitté les lieux peu après sans être interpellé, laissant derrière lui une communauté scolaire profondément choquée. Cet événement s’inscrit dans un contexte de multiplication des agressions attribuées aux colons sionistes en Cisjordanie occupée.
Ces actes visent régulièrement des civils palestiniens ainsi que leurs biens, dans ce que de nombreuses organisations locales décrivent comme une stratégie de pression visant à pousser les habitants à quitter leurs terres. On estime à environ 750 000 le nombre de colons sionistes installés en Cisjordanie, répartis entre 141 colonies reconnues et 224 avant-postes. Parmi eux, près de 250 000 vivent à Jérusalem-Est, considérée par les Nations unies comme faisant partie des territoires palestiniens occupés. Selon la Commission de résistance au mur et à la colonisation, pas moins de 1 637 attaques ont été recensées au cours du seul mois d’avril. Parmi elles, 540 ont été directement perpétrées par des colons. Ces actions incluent la destruction de biens, l’arrachage de milliers d’arbres – notamment des oliviers – et la confiscation de terres agricoles. La situation en Cisjordanie s’est nettement détériorée depuis le début de la guerre dans la bande de Ghaza en octobre 2023. Les données officielles font état d’au moins 1 155 Palestiniens tués en Cisjordanie depuis cette date, ainsi que de milliers de blessés et d’arrestations.
Le rapport mensuel de la Commission de résistance indique que les forces israéliennes sont responsables de 1 097 des incidents enregistrés en avril, tandis que les colons en ont commis 540. Les gouvernorats de Naplouse, Elkhalil et Ramallah figurent parmi les zones les plus touchées. Les violations recensées sont variées : agressions physiques, incendies, restrictions d’accès aux terres agricoles, confiscations, démolitions de maisons et installations agricoles, ainsi que fermetures de zones pour des motifs sécuritaires.
Parmi les formes de violences les plus marquantes figure l’attaque systématique contre les oliviers, symbole économique et culturel majeur pour les Palestiniens. En avril, 4 414 arbres ont été détruits, déracinés ou empoisonnés. La région d’Elkhalil concentre à elle seule plus de la moitié de ces pertes, avec 2 169 arbres affectés. Elle est suivie par Ramallah et Al-Bireh, puis Naplouse, Jérusalem et Bethléem. Ces destructions ont un impact direct sur les moyens de subsistance de nombreuses familles.
Expansion accélérée des colonies
Le rapport met également en lumière une accélération notable de l’expansion coloniale. En avril, 21 tentatives d’établissement de nouveaux avant-postes ont été recensées, principalement à vocation agricole ou pastorale. Par ailleurs, les autorités sionistes ont approuvé récemment la création de 34 nouveaux sites coloniaux. Depuis la formation du gouvernement israélien actuel fin 2022, au moins 103 projets de ce type ont été validés. Les organismes de planification ont examiné en avril dix plans d’aménagement visant à construire 304 nouvelles unités de logement sur une superficie de 256 dunums. Parmi les projets notables figurent des extensions dans les colonies de Kfar Tapuach et Novim. La politique de démolition de logements palestiniens se poursuit également à un rythme soutenu. En avril, 37 opérations ont conduit à la destruction de 78 structures, incluant des habitations et des installations agricoles. À Jérusalem-Est, plusieurs familles ont été contraintes de démolir elles-mêmes leurs maisons pour éviter de lourdes amendes imposées par les autorités municipales israéliennes. Les procédures d’obtention de permis de construire étant jugées complexes, longues et coûteuses, de nombreux habitants construisent sans autorisation, s’exposant ainsi à des ordres de démolition.
Une situation explosive à Ghaza
Parallèlement, la bande de Ghaza continue de subir des frappes sionistes malgré un accord de cessez-le-feu fragilisé. Hier, deux personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées lors de bombardements visant différents secteurs de la ville de Ghaza. Selon les autorités sanitaires locales, le nombre total de victimes depuis le début du conflit en octobre 2023 s’élève à plus de 72 600 martyrs et 172 000 blessés.
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre dernier, 834 personnes ont encore été tuées. Les infrastructures médicales sont sous pression extrême, avec une pénurie de médicaments et d’équipements. Près de 700 patients souffrant d’insuffisance rénale sont menacés en raison de la réduction des séances de dialyse.
Crise humanitaire et sanitaire alarmante
L’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) alerte sur une détérioration rapide des conditions sanitaires dans les centres d’hébergement. La propagation de maladies de peau, favorisée par la promiscuité et le manque d’hygiène, touche particulièrement les enfants. L’agence indique que ses équipes prennent en charge environ 40 % des cas recensés, mais souligne un manque critique de ressources médicales. Elle appelle à l’ouverture urgente de couloirs humanitaires pour permettre l’acheminement d’aide.
Appels à l’unité nationale palestinienne
Face à cette situation, des responsables palestiniens appellent à renforcer la cohésion interne. Abdel Rahmane Shadid, dirigeant du mouvement Hamas, a insisté sur nécessité de renforcer l’action nationale commune pour faire face aux défis. Il a souligné que l’unité nationale constitue un élément clé de force dans cette phase critique, appelant les différentes factions à coordonner leurs efforts. Une initiative visant à organiser une rencontre des secrétaires généraux des factions palestiniennes est actuellement en discussion, dans l’objectif d’établir une feuille de route commune.
Elkhalil, symbole des tensions
À Elkhalil, la situation reste particulièrement tendue. Lundi soir, le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, figure de l’extrême droite, a participé à des célébrations avec des colons dans l’enceinte du sanctuaire d’Ibrahim, lors d’un événement controversé.
Ces manifestations sont perçues par les Palestiniens comme une tentative d’imposer un contrôle total sur ce site religieux sensible. Elles s’inscrivent dans une série de mesures visant à renforcer la présence coloniale dans la vieille ville. L’ensemble de ces éléments traduit une intensification des tensions dans les territoires palestiniens, marquée par une convergence entre actions militaires, violences de colons et politiques d’expansion territoriale. L’intrusion dans l’école de Silat ad-Dahr apparaît ainsi comme un symbole frappant de cette escalade, où même les lieux d’éducation ne sont plus épargnés par la violence. Dans ce contexte, les observateurs internationaux s’inquiètent d’une dégradation continue de la situation, susceptible de compromettre davantage les perspectives de stabilité et de paix dans la région.
M. S.











































