Un nouveau revers pour le régime marocain. Lorsque la carte parle, les illusions d’expansion territoriale s’effondrent et les crayons de couleur ne suffisent plus à redessiner la géographie.
L’Assemblée générale des Nations unies a adopté, vendredi, le projet de résolution A/80/L.104, présenté sous le slogan Correct the map (Corriger la carte), consacrant une nouvelle représentation cartographique du monde dans laquelle le Sahara occidental apparaît séparément du Maroc, avec des limites distinctes. Le texte a été adopté à une très large majorité, avec 164 voix pour, une voix contre et six abstentions. Il encourage notamment l’utilisation de représentations cartographiques plus fidèles aux superficies réelles des territoires et des continents, en privilégiant la projection « Equal Earth » au détriment de la traditionnelle projection de Mercator.
Le Sahara occidental apparaît distinctement
Pour les défenseurs de la cause sahraouie, cette nouvelle représentation constitue avant tout une nouvelle gifle politique et symbolique aux tentatives du Makhzen visant à présenter le Sahara occidental comme faisant partie intégrante de son territoire. La carte adoptée dans le cadre de cette initiative onusienne maintient en effet une séparation visuelle entre le Sahara occidental et le Makhzen, conformément à la distinction opérée par les Nations unies dans le traitement du territoire sahraoui. Cette représentation cartographique ne modifie toutefois pas, à elle seule, le statut juridique du territoire et ne crée pas de nouvelles frontières sur le plan du droit international. Elle intervient néanmoins alors que le Sahara occidental demeure inscrit à l’agenda de l’ONU dans le cadre du processus de décolonisation.
Une initiative soutenue par l’Union africaine
L’initiative à l’origine de cette nouvelle représentation a été portée par le Togo, avec le soutien de l’Union africaine, dans le cadre d’une démarche visant à promouvoir une plus grande « équité cartographique » à l’échelle mondiale. Elle vise notamment à encourager les États, les organisations internationales, les établissements éducatifs et les médias à recourir à des cartes considérées comme plus précises dans les manuels scolaires, les atlas, les sites institutionnels et les différents supports d’information. Pour ses promoteurs, l’objectif est de mettre fin aux distorsions héritées de certaines représentations cartographiques traditionnelles et de mieux restituer les dimensions réelles des territoires. Dans cette nouvelle représentation, l’Algérie demeure le plus vaste pays d’Afrique par sa superficie, tandis que la République arabe sahraouie démocratique est représentée séparément du Maroc. Pour les défenseurs de la cause sahraouie, cette distinction constitue un élément important dans le débat international sur le statut du territoire et vient rappeler que le Sahara occidental n’est pas assimilé au territoire marocain dans les représentations onusiennes. Ils estiment ainsi que cette démarche contribue à préserver la visibilité géographique et politique de la question sahraouie, notamment dans les supports éducatifs et les applications cartographiques internationales.
« La falsification de la géographie ne suffit plus »
Au-delà de leur fonction géographique, les cartes jouent un rôle dans la construction des perceptions collectives des territoires et des frontières. C’est précisément sur cette dimension que repose l’initiative « Corriger la carte ». Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, qui porte cette initiative, a défendu l’idée d’une représentation du monde plus fidèle aux réalités géographiques, afin que les différentes régions et leurs populations soient représentées à leur juste place. Pour les partisans de la cause sahraouie, l’apparition distincte du Sahara occidental constitue donc un signal particulièrement significatif. Ils y voient une réponse aux tentatives du Makhzen de modifier, par les représentations cartographiques, la perception internationale du territoire. Sans modifier juridiquement le statut du Sahara occidental, cette nouvelle carte remet ainsi au premier plan la distinction opérée par l’ONU entre le territoire sahraoui et le Maroc. Une nouvelle « gifle » symbolique pour le Makhzen, selon ses détracteurs, qui résument la portée de cette évolution par une formule : lorsque la carte est corrigée, les tentatives de falsification de la géographie ne peuvent plus suffire.
M. Seghilani










































