Près de 846 000 élèves palestiniens feront leur rentrée scolaire dimanche 6 septembre en Cisjordanie occupée, dans un contexte marqué par d’importants efforts pour renforcer les infrastructures éducatives. À Ghaza et à El-Qods occupée, la rentrée s’annonce en revanche particulièrement difficile, sur fond de guerre et de mesures imposées par l’occupant sioniste.
Quelque 846 000 élèves sont attendus dans les établissements scolaires de Cisjordanie occupée pour l’année 2026-2027. Ils seront répartis entre 2 537 écoles publiques, privées et relevant de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), encadrés par plus de 54 000 enseignants et enseignantes. Selon les données du ministère palestinien de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, les établissements publics accueillent 634 294 élèves dans 1 967 écoles, tandis que 163 787 élèves sont scolarisés dans 480 établissements privés. Quelque 48 208 élèves fréquentent par ailleurs les 90 écoles de l’UNRWA. Le corps enseignant compte au total 54 196 enseignants, dont 40 747 dans le public, 11 578 dans le privé et 1 871 dans les établissements de l’UNRWA. Le ministère palestinien de l’Éducation prévoit plusieurs projets destinés à renforcer les infrastructures et à accroître les capacités d’accueil des établissements. Le programme comprend notamment la construction de 17 écoles d’enseignement général, ainsi que 183 salles de classe et infrastructures annexes, pour un coût estimé à 19,5 millions de dollars. Ces établissements devraient être mis en service au cours de l’année. Trois jardins d’enfants sont également en construction. Ils comprendront neuf salles de classe et différents équipements, pour un investissement d’environ 400 000 dollars. À cela s’ajoute la construction de deux établissements d’enseignement professionnel, offrant dix spécialités, pour un coût estimé à 6,5 millions de dollars. L’ensemble de ces projets devrait permettre à environ 6 000 enfants et jeunes d’accéder à l’éducation, du cycle préparatoire jusqu’à la terminale. Le plan prévoit également la modernisation de deux écoles existantes, avec la création de neuf salles de classe et de nouvelles infrastructures, pour un montant d’environ 800 000 dollars, offrant quelque 300 places supplémentaires. Parallèlement, les autorités palestiniennes poursuivent l’impression et la distribution des manuels scolaires, ainsi que la préparation de supports pédagogiques et de feuilles d’exercices destinés à accompagner les élèves.
Plus d’une centaine d’écoles rénovées
Dans le cadre de l’amélioration de l’environnement scolaire, des travaux de maintenance et de réhabilitation ont été réalisés dans 104 établissements, au bénéfice d’environ 25 000 élèves. Le coût de ces opérations atteint 6,5 millions de dollars. Ces travaux visent notamment à améliorer les conditions sanitaires et pédagogiques et à rendre les établissements plus sûrs et mieux adaptés aux besoins des élèves et du personnel. Par ailleurs, la construction et l’extension de 16 écoles, ainsi que la réalisation de 142 salles de classe et infrastructures, se poursuivent avec un investissement proche de 20 millions de dollars. Quinze autres établissements doivent faire l’objet de travaux de réhabilitation pour environ deux millions de dollars. Un nouveau bâtiment destiné à la direction de l’Éducation de Naplouse est également en construction, pour un coût estimé à 3,5 millions de dollars, avec une livraison prévue durant l’été 2027.
Le développement de l’enseignement professionnel parmi les priorités
Le ministère entend également renforcer l’enseignement industriel, professionnel et technique afin de mieux l’adapter aux besoins de l’économie et du marché du travail. Plus de 60 nouvelles unités de formation professionnelle et technique doivent ainsi être ouvertes dans différentes provinces. Certaines écoles seront également entièrement transformées en établissements d’enseignement professionnel et technique. L’objectif affiché est de porter ce type d’enseignement à environ 20 % de l’ensemble de l’éducation scolaire. Dans les zones rurales, reculées et bédouines, les autorités prévoient la construction de quatre écoles dans le cadre de l’initiative « Défi et résilience », afin de rapprocher les établissements des lieux de résidence des élèves. Le ministère poursuit également, avec ses partenaires internationaux, ses efforts pour protéger les écoles situées dans les zones classées « C » et dans les communautés bédouines, confrontées aux mesures de l’occupation, aux attaques des colons et aux menaces de démolition ou de déplacement forcé. Les zones concernées comprennent notamment Yanoun, Al-Ma’rajat, Shalala Al-Awja, Al-Maleh, Ibziq et Shaab Al-Batm.
Transport scolaire et soutien psychologique
Les préparatifs de la rentrée comprennent également l’acquisition de mobilier scolaire et d’équipements pour les infrastructures, pour un coût total d’environ 1,31 million de dollars. Cette opération doit répondre aux besoins d’environ 15 000 élèves et membres du personnel éducatif. Douze appels d’offres sont également prévus pour assurer le transport scolaire dans les zones les plus exposées aux violations et aux attaques. Des campagnes de solidarité doivent par ailleurs permettre de fournir des cartables, des vêtements et du matériel pédagogique aux élèves issus de familles défavorisées. Sur le plan numérique, 8 371 salles de classe ont été équipées d’écrans afin de développer l’enseignement interactif, notamment pour les élèves des quatre premières années du primaire. Le ministère prévoit également de renforcer les équipes de soutien psychologique afin qu’elles puissent intervenir lors des situations de crise et d’urgence. Quelque 770 conseillers pédagogiques des établissements secondaires doivent, en outre, être formés aux systèmes d’orientation scolaire et professionnelle.
Accélération de la transformation numérique
La transformation numérique constitue également l’un des axes majeurs de la politique éducative palestinienne. Quelque 1 200 directeurs et directrices d’école doivent être formés à l’utilisation des outils d’enseignement interactif. Le ministère prépare également le déploiement de l’application « Assistant intelligent du directeur d’école ».
L’Institut national de formation pédagogique doit, de son côté, accompagner l’intégration de 1 437 nouveaux cadres éducatifs, notamment des enseignants, des éducateurs de maternelle et des directeurs d’établissement. Près de 755 personnels éducatifs bénéficieront également de formations destinées à renforcer leurs compétences professionnelles dans les domaines de l’enseignement, de la direction scolaire, de l’encadrement, de la petite enfance et de la formation professionnelle. Par ailleurs, 500 directeurs et enseignants du primaire doivent être formés aux méthodes STEM, à l’apprentissage fondé sur les problèmes et aux projets pédagogiques. Ce programme doit ensuite permettre la formation d’environ 2 500 personnels éducatifs supplémentaires. Quelque 10 300 enseignants et superviseurs pédagogiques du primaire ont déjà suivi des formations pratiques consacrées à l’enseignement interactif. Sur le plan des infrastructures numériques, 1 926 écoles ont été raccordées à Internet à très haut débit par fibre optique, permettant à la grande majorité des établissements de disposer désormais d’une connexion performante. Le nombre d’écoles équipées de systèmes d’énergie solaire a également dépassé les 900 établissements, soit environ 45 % du parc scolaire.
À Ghaza, une rentrée dans des conditions exceptionnelles
Dans la bande de Ghaza, la rentrée scolaire aura une configuration particulière. Les personnels administratifs et enseignants reprendront leur activité le 16 septembre, tandis que les élèves retrouveront les dispositifs d’enseignement à partir du 19 septembre. Le ministère explique ce décalage par des considérations techniques et logistiques, mais également par les conditions météorologiques et les fortes températures. Une partie importante des élèves devra en effet suivre les cours dans des tentes et des bâtiments préfabriqués. Le dispositif doit concerner environ 541 000 élèves, dont près de 100 000 scolarisés dans les établissements de l’UNRWA. Les autorités prévoient la mise en place d’environ 700 points d’enseignement en présentiel répartis à travers la bande de Ghaza, ainsi que 25 écoles temporaires dont la réception est attendue prochainement. En parallèle, l’enseignement virtuel sera maintenu pour les élèves qui ne peuvent pas accéder aux points d’enseignement, ainsi que pour les enfants de Ghaza se trouvant à l’étranger, notamment en Égypte. Les écoles virtuelles destinées aux élèves de Ghaza vivant hors du territoire doivent accueillir quelque 20 000 élèves, tandis que le dispositif à l’intérieur de la bande devrait bénéficier à environ 70 000 élèves dans l’impossibilité de suivre les cours en présentiel.
Enseignement à distance et soutien psychologique à Ghaza
Le ministère prévoit également de lancer la plateforme de communication scolaire « eSchool » dédiée à Ghaza, parallèlement au début de l’année scolaire. L’objectif est de renforcer les échanges entre élèves et équipes éducatives et de garantir la continuité pédagogique malgré les conditions extrêmement difficiles. Les programmes de premiers secours, de soutien psychologique et d’orientation à distance seront également maintenus, tandis qu’un accompagnement technique sera assuré pour répondre aux difficultés rencontrées par les élèves et les personnels éducatifs. Les élèves de Ghaza doivent en outre être intégrés aux différentes activités scolaires et éducatives organisées par le ministère.
À El-Qods occupée, l’éducation palestinienne sous pression
À El-Qods occupée, la rentrée intervient dans un contexte de pression accrue exercée par l’occupant sioniste sur les écoles, les enseignants, les élèves et les programmes scolaires palestiniens. Selon des données rapportées par le quotidien israélien Haaretz, plus de 45 000 élèves palestiniens suivent désormais un cursus basé sur le programme israélien. Parmi eux, 39 363 élèves sont scolarisés dans 105 établissements municipaux et 5 085 dans des établissements privés « reconnus et non officiels ». Ils représenteraient environ 38 % des élèves de El-Qods-Est. Les autorités palestiniennes mettent en garde contre les conséquences de cette politique sur l’identité nationale et culturelle des élèves palestiniens. Elles dénoncent une stratégie visant à remplacer progressivement le programme palestinien par le récit et le système éducatif israéliens, dans le cadre d’une politique plus large de consolidation de l’annexion d’El-Qods et de son éloignement de son environnement palestinien. Les pressions ne concernent pas uniquement les programmes scolaires. Les autorités d’occupation n’ont pas renouvelé les autorisations d’entrée de plusieurs enseignants et membres des équipes éducatives travaillant dans les écoles privées d’El-Qods, entravant leur accès à leurs établissements. Face à cette situation, les propriétaires d’écoles privées ont décidé de suspendre les cours depuis le 1er septembre, jusqu’à nouvel ordre.
Une année scolaire sous le signe de la résilience
Le ministère palestinien de l’Éducation affirme poursuivre ses efforts pour assurer les besoins essentiels du système éducatif en Cisjordanie occupée et à Ghaza, renforcer la préparation des établissements et soutenir les personnels pédagogiques. Ces efforts s’inscrivent dans le cadre de l’initiative « L’éducation pour le développement 2025-2028 », qui vise notamment à moderniser l’enseignement professionnel et technique, réformer le système du baccalauréat, développer l’enseignement interactif et flexible et encourager la recherche scientifique appliquée dans des secteurs stratégiques tels que la santé, l’agriculture, l’économie et les services. Le ministère doit également inaugurer prochainement le Centre coréen des technologies de l’intelligence artificielle, destiné à former les personnels éducatifs et à favoriser le développement de l’intelligence artificielle au sein des établissements scolaires et universitaires. Ainsi, la nouvelle année scolaire palestinienne s’ouvre sur des réalités profondément contrastées : en Cisjordanie occupée, les autorités misent sur l’extension des infrastructures et la transformation numérique ; à Ghaza, elles tentent de reconstruire une continuité éducative malgré les conséquences de la guerre ; tandis qu’à ElQods occupée, l’école palestinienne fait face à des mesures visant ses programmes, ses enseignants et son identité. Dans ce contexte, préserver l’accès à l’éducation et protéger l’identité du système éducatif palestinien s’imposent comme deux des principaux enjeux de cette rentrée 2026-2027.
M. Seghilani










































