La Cisjordanie occupée fait face à une escalade sur deux fronts. D’un côté, les opérations militaires de l’occupation israélienne se poursuivent dans le nord du territoire, notamment à Jénine, Tulkarem et dans leurs camps de réfugiés. De l’autre, les attaques des colons se multiplient contre les Palestiniens, leurs habitations, leurs terres agricoles, leurs infrastructures et leurs moyens de subsistance.
Dans le nord de la Cisjordanie, les opérations militaires continuent de produire de lourdes conséquences pour la population. Plus de 40.000 réfugiés auraient été déplacés des camps de Jénine, Tulkarem et Nour Chams, alors que d’importantes destructions ont touché les habitations, les infrastructures et les équipements publics. Le camp de Jénine concentre une importante partie des opérations militaires. Plus de 600 habitations et structures résidentielles ou commerciales y auraient été totalement ou partiellement démolies, pour des pertes directes estimées à environ 30 millions de dollars. Les destructions pourraient encore s’étendre. Les forces d’occupation ont émis des avis et élaboré des plans visant la démolition de 95 à 100 habitations et structures supplémentaires. Les bulldozers ont également ouvert une quinzaine de routes et de passages à l’intérieur du camp, officiellement pour permettre l’ouverture de voies militaires. Des dizaines d’habitations ont par ailleurs été détruites par des explosions simultanées dans plusieurs quartiers du camp, tandis que des milliers de personnes déplacées demeurent loin de leurs domiciles, dans l’incertitude quant à la possibilité de regagner leurs logements. À Tulkarem, les opérations militaires se poursuivent également dans la ville et ses camps, parallèlement au siège et aux destructions. Les dégâts affectent notamment les services essentiels, avec des dommages signalés aux réseaux d’eau, d’électricité, d’assainissement et de télécommunications. L’accès à plusieurs secteurs des camps est désormais fortement entravé, empêchant des milliers de personnes déplacées de regagner leurs maisons ou même d’évaluer les dégâts subis par ce qu’il en reste. Dans le seul gouvernorat de Tulkarem, quelque 11.500 Palestiniens auraient été déplacés, portant à plus de 40.000 le nombre de personnes déplacées dans les camps du nord de la Cisjordanie. Les lieux de culte n’ont pas été épargnés. Dans le camp de Nour Chams, les forces d’occupation ont hissé le drapeau israélien sur le minaret de la mosquée Abou Obeida. L’accès à plusieurs mosquées des camps de Tulkarem et de Nour Chams reste par ailleurs difficile, empêchant de déterminer précisément l’ampleur des dommages.
Les colons élargissent leur champ d’action
Parallèlement aux opérations militaires, plusieurs gouvernorats de Cisjordanie ont été le théâtre, au cours des dernières 24 heures, d’une nouvelle vague d’attaques de colons. Celles-ci ont notamment ciblé des terres agricoles, des propriétés privées, des infrastructures, ainsi que des réseaux d’eau et d’électricité, en plus d’incursions dans des zones résidentielles et des lieux religieux. Dans le gouvernorat de Naplouse, des colons ont attaqué la partie orientale de Beita et incendié des véhicules palestiniens. À Beit Imrin, d’autres ont coupé l’alimentation en eau d’une habitation. Dans la région d’Al-Mas’oudiya, des colons ont également interrompu l’approvisionnement électrique et empêché le conseil local d’accéder au secteur pour effectuer les réparations nécessaires. À Awarta, des colons ont pénétré dans un sanctuaire musulman et y ont accompli des rituels religieux sous la protection de soldats de l’occupation. À Huwara, des groupes de colons ont parallèlement effectué des incursions provocatrices entre les habitations palestiniennes. Dans les gouvernorats de Ramallah et d’Al-Bireh, des colons ont labouré des terres palestiniennes dans la plaine de Marj Si’ah, entre Al-Mughayyir et Abou Falah, alors que les forces d’occupation avaient fermé l’entrée d’Al-Mughayyir. De grands groupes ont également pénétré sur le mont Al-Ras, à Oum Safa, tandis que d’autres groupes circulaient entre les habitations palestiniennes à Barqa. Dans le gouvernorat de Tubas, des colons ont fait paître leurs troupeaux à proximité des habitations palestiniennes du secteur de Yarza, à l’est de Tayasir. Dans les collines au sud d’ElKhalil, des travailleurs palestiniens auraient été retenus, tandis que des tentatives de saisie de troupeaux ont également été signalées. Dans plusieurs hameaux et communautés palestiniennes, des colons ont en outre introduit leurs troupeaux sur les terres et pâturages appartenant aux habitants.
L’agriculture et les moyens de subsistance ciblés
Le secteur agricole est lui aussi directement touché. À Firasin, entre Jénine et Tulkarem, des colons auraient coupé environ 350 goyaviers, au moment de la récolte, causant d’importantes pertes aux agriculteurs et menaçant directement leurs revenus. Des terres palestiniennes ont également été labourées dans la plaine de Marj Si’ah, tandis que les troupeaux de colons ont été utilisés pour pâturer sur des terres palestiniennes et à proximité des habitations. Les attaques ne se limitent pas aux dommages matériels. Plusieurs secteurs de la Cisjordanie connaissent des incursions et des actes de provocation, notamment l’installation de drapeaux israéliens le long de la route de contournement reliant le poste de contrôle de Jalameh à Deir Ghazala, à l’est de Jénine.
Une hausse documentée des attaques
Les chiffres disponibles témoignent de l’ampleur croissante des violences commises par les colons. Selon le Centre d’information palestinien « Ma’ta », 4.357 attaques de colons ont été recensées depuis le début de 2026 jusqu’à la fin du mois d’août, contre 3.818 pour l’ensemble de l’année 2025. De son côté, la Commission palestinienne de résistance au mur et à la colonisation a recensé 628 attaques de colons au seul mois d’août. Sur la même période, 2.030 attaques menées par les forces d’occupation et les colons contre les Palestiniens, leurs terres et leurs biens auraient été enregistrées. Ces données dressent le tableau d’une pression continue sur la population palestinienne, combinant opérations militaires, déplacements forcés, destructions d’habitations et d’infrastructures, ainsi qu’attaques de colons visant les terres agricoles, les ressources hydrauliques et électriques et les biens privés.
Amnesty dénonce une accélération de l’annexion
Dans ce contexte, Amnesty International a estimé jeudi que les récentes décisions des autorités israéliennes visant à s’emparer de terres palestiniennes occupées témoignent d’un élargissement de leur politique en faveur de l’annexion de la Cisjordanie occupée. Dans un communiqué, l’organisation affirme que l’occupation de la Cisjordanie et la confiscation de terres constituent des mesures accélérant le processus d’annexion. Elle souligne que de nouvelles terres sont saisies tandis que se poursuit l’implantation de colonies qu’elle qualifie d’illégales au regard du droit international. Selon Amnesty International, l’armée israélienne aurait, au seul mois de juillet, pris possession de 15 parcelles représentant une superficie totale de 20 hectares. L’organisation affirme également que deux des 34 nouvelles colonies dont la création a été décidée cette année seraient prévues dans les secteurs concernés. Amnesty International indique en outre que des bases militaires sont établies sur des terres privées palestiniennes et que les communautés bédouines et les éleveurs palestiniens sont particulièrement ciblés. L’organisation met notamment en garde contre le projet de construction d’une route destinée à desservir les colonies dans la région de Jénine, estimant que celle-ci pourrait isoler le gouvernorat du reste des communautés palestiniennes.
La zone « A » désormais ciblée
Heba Morayef, directrice régionale du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International, a affirmé que les autorités israéliennes s’emparent, pour la première fois, de terres palestiniennes situées dans la zone « A », définie par les accords d’Oslo comme étant sous contrôle palestinien. Selon elle, les dernières décisions visant cette zone démontrent une volonté de poursuivre et d’étendre l’agenda d’annexion à des territoires placés sous contrôle palestinien depuis les accords d’Oslo. Morayef a appelé les États entretenant des relations commerciales et politiques étroites avec Israël à exercer des pressions afin d’obtenir l’annulation de ces décisions. Elle a également averti que les États apportant un soutien à l’expansion des colonies ou à d’autres violations graves du droit international pourraient être considérés comme contribuant à ces violations. La responsable d’Amnesty International a par ailleurs estimé que les infrastructures routières projetées menacent l’intégrité territoriale et l’intégration économique des territoires palestiniens, tout en imposant de nouvelles restrictions à la liberté de circulation de la population. Elle a appelé la communauté internationale à prendre des mesures concrètes, notamment en mettant fin aux partenariats et aux projets économiques susceptibles de contribuer à la poursuite des violations des droits humains, ainsi qu’aux relations commerciales avec les colonies implantées sur les terres palestiniennes. Amnesty International a enfin appelé le secteur privé à ne pas tirer profit de violations des droits humains commises dans les territoires palestiniens occupés. Au fil des semaines, la combinaison des opérations militaires, des déplacements forcés, des démolitions et de l’expansion des attaques de colons fait ainsi craindre une transformation progressive de la réalité géographique et démographique de la Cisjordanie occupée. Pour les Palestiniens, la pression s’exerce désormais simultanément sur les habitations, les terres, les infrastructures et les moyens de subsistance, faisant du déplacement de populations et de la confiscation des terres des enjeux centraux de la situation dans le territoire occupé.
M. Seghilani
Accueil ACTUALITÉ ENTRE OPÉRATIONS MILITAIRES, DÉPLACEMENTS FORCÉS ET ATTAQUES DES COLONS : La Cisjordanie...










































