Prétenude demande d’augmentation des salaires : Les députés démentent et dénoncent une diversion

Des députés de partis pro-gouvernement et de l’opposition se disent surpris de lire dans la presse une supposée demande de «plus de privilèges et des augmentations de salaires» formulées lors des débats, lundi et mardi, sur le projet de règlement intérieur de l’Assemblée populaire nationale.

Qualifiant ces «allégations» d’une diversion sur le «vrai débat», ils se disent par contre inquiétés d’intentions de «réduire leurs libertés» et «affaiblir leurs pouvoirs et prérogatives» au sein du Parlement. « Je défie quiconque ici (au parlement) de me dire qu’un député quel qu’il soit a parlé de privilèges ou d’augmentations de salaire. Il n’y a que la presse qui en parle », a affirmé hier au Courrier d’Algérie, Tigharsi El-Houari, député FLN. « À vrai dire, les avantages ne sont pas à la hauteur des attentes, mais les députés acceptent largement ce fait. Nous traversons en Algérie une situation très difficile et ce contexte ne nous permet pas de demander de tels avantages. Ce n’est pas raisonnable de demander des augmentations maintenant», s’est-il défendu. Pour ce député de Blida, les députés n’ont fait que «revendiquer leurs droits et moyens pour exercer pleinement leurs fonctions de contrôler l’exécutif». Sur ce qu’il veut dire de «moyens», Tigharsi El-Houari explique : «Nous n’avons pas, par exemple, de bureau personnel à l’APN. Nous n’avons pas de conseillers. Dans les pays développés, chaque député a deux conseillers ; l’un en affaires économiques et l’autre pour les juridiques. On ne peut pas imposer au député d’être spécialiste dans tous les domaines ». « Même pour le droit au passeport diplomatique. Est-ce logique qu’un député tunisien ou marocain peut voyager à l’étranger en toute fluidité alors que le député algérien est contraint de faire la queue ?», a-t-il exclamé. Sur les lois prévues pour lutter contre l’absentéisme lors des séances plénières, les députés estiment qu’il faut d’abord « assurer un climat adéquat au député pour qu’il puisse exercer ses fonctions». «Pourquoi les députés s’absentent lors des séances plénières ?» s’interroge pour sa part Slimane Chenine, député de l’alliance Adala-Nahda-Bina. «Il n’y a pas des bureaux où le député peut s’asseoir et se vouer à son travail. Il vient, certes, assister aux plénières, puis il s’en va», a-t-il ajouté. «Ces sanctions contre les absentéistes et toutes ces lois qu’ils veulent imposer visent uniquement à réduire la liberté du député. Le député doit jouir davantage de liberté. Quand un député est dans sa wilaya en train de travailler à résoudre un problème local, cela est mieux que de venir assister à chaque fois ici», critique-il encore. Pour ce député, «le problème n’est pas question de quelques sous de plus ou de moins, mais on a complètement noyé le débat dans la démagogie». « On est en train de traiter des problèmes politiques avec des mesures administratives», renchérit, Ramdane Taâzibt, député PT.
« Le fait de contraindre le député d’être présent sous peine de ponctions sur salaires, le fait que l’Exécutif reprenne la main davantage sur le législatif, c’est incroyable. Alors que reste-il de pouvoirs aux députés ? Donc, vaut mieux dans ce cas supprimer les deux chambres du parlement », a-t-il déploré. Du côté de RND, Belabbas Belabbas, chef de son groupe parlementaire, a critiqué la position de ses collègues au Parlement, car : «actuellement, le salaire perçu par le député est amplement suffisant pour assumer sa dignité». «Le député ne doit pas se démarquer de la société. Le salaire lui garantit toutes les nécessités », a-t-il fustigé. Le député de RND refuse au fond l’argument sur le manque des moyens pour les députés pour exercer leurs fonctions. «Dans les wilayas du Sud, le député loue un appartement à 20 000 DA mensuellement. Il peut recruter un employé pour 20 000 DA le mois. Donc, de la totalité de salaire (260 000 DA), il en reste 220 000 DA. En additionnant la prime de logement (estimé à 60 000 DA), il en résulte 280 000 DA. Donc, cela est suffisant pour assurer sa dignité », détaille-il. Pour les sanctions prévues contre les absentéistes, Belabbas trouve que c’est totalement normal. « En 2016, la majorité des députés ont voté sur l’amendement de la Constitution, y compris les articles 116, 114, 152 – qui stipulent l’obligation de participation effective dans les travaux des commissions et des séances plénières-. Aujourd’hui, la loi nous oblige à se conformer à ces articles sous peine de sanctions par le Conseil constitutionnel en cas de refus. Les députés ne doivent pas nier cela », a-t-il plaidé. «Moi, en tant que député, je ne peux me permettre de m’abstenir 3 ou 5 séances de suite et après de dire : “ne prélevez pas de mon salaire”. Tout effort est égal au niveau d’engagement. La règle est simple : quand l’effort augmente, automatiquement, il y a augmentation de salaire et vice-versa», a-t-il ajouté. Enfin, il convient de souligner que l’avant-projet de règlement intérieur de l’APN sera soumis au vote le 4 juin prochain.
Hamid Mecheri