Pour abus et fraude dans l’utilisation : La Cnas bloque environ 90 000 cartes Chifa

La Caisse nationale des Assurances sociales des travailleurs salariés (CNAS) a bloqué environ 90 000 cartes Chifa, en raison de la fraude, a fait savoir hier Djamel Matari, directeur du contrôle médical à la Caisse. Alors que le système de la sécurité sociale en Algérie fait face à de sérieux problèmes financiers, voilà que la CNAS semble décidée à s’attaquer aux pratiques frauduleuses et les abus. En effet, la Cnas a, d’ores et déjà, bloqué environ 90 000 cartes Chifa à l’échelle nationale, jusqu’à la fin de la semaine dernière. C’est du moins ce qui a été affirmé par le directeur du contrôle médical à la Caisse, lors de son passage sur la chaîne privée Ennahar. Tout en accusant certains médecins de complicité, Djamel Matari a précisé que « certains malades ajoutent de nombreux médicaments en dehors de leurs traitements habituels ». Cependant, il précise que « le médecin n’est pas dans l’obligation de demander la carte d’identité du patient, ce qui pousse certains malades à fournir de faux noms aux prescripteurs ». En outre, le responsable a affirmé que ce chiffre sera probablement revu à la hausse dans les prochains jours, en raison de la hausse de la fraude, ces dernières années. «On a une surconsommation en médicaments», a déclaré le responsable, tout en précisant que pour débloquer la carte Chifa le patient doit rembourser l’intégralité des médicaments qu’il a pris». Il convient de rappeler, en ce sens, que le premier poste de dépense Cnas concerne le remboursement des médicaments dont le coût est passé de 20 milliards de dinars en 2000 à plus de 194 milliards de dinars en 2017. Pour le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Mourad Zemali, « ces chiffres montrent à l’évidence l’existence de dépassements et de graves abus ». C’est pourquoi, a-t-il indiqué « nous devons travailler ensemble pour renforcer le dialogue entre les médecins-conseils de la sécurité sociale et les médecins traitants afin d’augmenter la prévention, d’améliorer la qualité des soins tout en rationalisant les dépenses ». Pour rappel, la polémique autour de la fraude et de l’abus de l’utilisation de la carte Chifa a débuté lorsque le directeur régional de l’agence Cnas d’Alger, Mahfoud Idris avait affirmé que ses services ont recensé 10 milliards de centimes en termes d’abus dans l’utilisation de la carte Chifa par les assurés. L’agence d’Alger a enregistré également une perte de 1,7 milliard de centimes à cause de l’utilisation illégale de la carte Chifa pour l’achat du médicament Lyrica par les consommateurs de psychotropes. Également, quelques 1 500 cartes ayant fait l’objet d’utilisation frauduleuse avérée ont été bloquées au niveau de la capitale, avait affirmé Driss Mahfoud.
Pour y remédier, une campagne de sensibilisation relative à l’utilisation frauduleuse des cartes Chifa est lancée ces derniers jours par la Cnas en direction des assurés sociaux et des officines conventionnées. En effet, la campagne vise à rappeler aux patients que la carte Chifa est « personnelle » et ne doit en aucun cas être laissée au pharmacien. Face à cette déclaration, le Syndicat national algérien des pharmaciens d’officine (Snapo) a réagi en affirmant que les cas de fraude restent « extrêmement limités ». Le Snapo a en ce sens, indiqué que les déclarations des responsables de la Cnas « portent préjudice à l’image du pharmacien et de la profession ». Notons que 90% des dépenses de la Cnas représentent la facture des médicaments.

Lamia Boufassa