Il entamera des rencontres avec des partis au pouvoir et de l’opposition : Comment Makri veut imposer son initiative de « candidat de compromis »

On les imaginait à l’agonie. Décrédibilisés par les urnes, concurrencés par les partis d’autres tendances, déstabilisés par des luttes partisanes se manifestant à la veille de chaque rendez-vous électoral, les islamistes de MSP retrouvent pourtant une énergie extraordinaire en cet été.

Ils ont réussi même leur exploit en faisant parler d’eux et à susciter des réactions, suite à leur initiative d’ « un consensus national entre toutes les forces politiques du pays », un « candidat de compromis » pour l’opposition et l’appel controversé à l’institution militaire pour accompagner «une transition démocratique souple». Sans conteste, c’est une victoire pour le président du parti, Abderrezak Makri, qui a su comment dépasser au plus vite les sensibilités intérieures et un signe envers les élections présidentielles de 2019. Le Mouvement pour la société de la paix (MSP) a adressé, la semaine dernière, des invitations pour des rencontres avec les deux forces politiques au pouvoir, à savoir le FLN et le RND, en vue de «discuter » de l’initiative du parti pour un consensus national afin d’ «aboutir à une vision commune consensuelle» avant les élections présidentielles prochaines. En attendant des échos favorables, le parti avait rencontré auparavant les leaders, Amara Benyounès du MPA et Ali Benflis du parti des Avant-gardes républicaines. Le chargé de communication du parti et également membre du Bureau national, Abdellah Benadjmia, a révélé même que le MSP est en contacts avec l’opposition, à l’instar du FFS et du RCD, en vue des mêmes objectifs portés dans son initiative. Malgré tout ce que pourraient en dire ses interlocuteurs, Makri signe déjà sa première bataille, en s’imposant et rassemblant tout le courant islamiste. Désormais, Makri ne parle que d’une seule alliance islamiste, le MSP, qui commence à gagner l’adhésion des autres formations islamistes qui se sont historiquement formées dans des contextes particuliers et des conditions qui trouvent leurs origines dans le MSP historique du défunt Mahfoud Nahnah. Une manière claire de dire que le courant islamiste tient déjà son « grand candidat» et ainsi le meilleur candidat consensuel de l’opposition, qu’il va ensuite essayer d’ « imposer » auprès des autres courants composant le paysage politique dans le pays. Les prochaines rencontres de Makri avec les partis de la majorité présidentielle et de l’opposition seront ainsi très intéressantes et importantes. Maintenant, il devient de plus en plus clair que Abderrezak Makri envisage sérieusement d’atteindre le palais d’El-Mouradia, en se présentant aux présidentielles de 2019. Il y a environ deux semaines, Makri n’a même pas exclu de son initiative l’institution militaire, en l’invitant publiquement à «accompagner ceux qui ont de bonne intentions pour servir le pays» afin de garantir «une transition démocratique souple». Mais, cet appel à tout de suite fait l’objet à d’acerbes critiques. Djamel Ould Abbès, SG du FLN, a accusé le chef du MSP de vouloir faire de l’Algérie «une république bananière», alors que d’autres formations ont considéré cette démarche comme «un aveu d’échec de mobilisation» du peuple autour de projet politique du MSP. Des critiques auxquelles Makri a minimisé l’ampleur, dans une interview à une agence de presse allemande, précisant que « notre initiative ne transformera pas l’Algérie en une république bananière et nous refusons qu’elle soit interprétée comme une volonté d’entrainer l’armée à des conflits avec l’État ». Abderrahmane Saïdi, dirigeant et ancien membre du Conseil consultatif du MSP, a estimé, dans des déclarations à la presse, que des « clarifications » de l’appel de Makri pour l’accompagnement de l’armée sont nécessaires. « Je pense que le président du MSP n’était pas assez clair dans ses déclarations sur le rôle de l’institution militaire dans la vie politique. Et ce sont des propos qui ont été mal compris. Mais, il est revenu en affirmant que son appel à l’intervention de l’armée ne veut pas dire le renversement de l’État civil», a-t-il indiqué.
Saïdi a souligné également que «la transformation démocratique reste un simple effort dans le cadre d’une initiative politique nationale» et qu’«il n’est pas encore temps de juger l’initiative de consensus national». «Le MSP entendra tous les avis et les positions sans avoir à s’imposer sur quiconque. Nous ne sommes qu’au point de départ et il est très probable que notre initiative laissera place à d’autres initiatives dans les efforts visant à solutionner la crise dans le pays», a-t-il ajouté.
Hamid Mecheri