Littérature algérienne en 2016 : Talents confirmés, activité éditoriale plus soutenue

L’actualité éditoriale aura été, en 2016, marquée par des publications confirmant les talents d’auteurs déjà remarqués pour leurs précédentes œuvres, et par le choix d’éditeurs de présenter plus de nouveautés en dehors du Sila (Salon international du livre d’Alger) correspondant à la rentrée littéraire en Algérie.

Des écrivains salués par la critique pour leurs premiers romans comme Samir Toumi et Aïda Khaldoun ont marqué l’actualité littéraire lors du Sila avec de nouvelles fictions, alors que des éditeurs, notamment de romanciers confirmés comme Rachid Mokhtari, Mohamed Sari et Djamel Mati, ont publié bien avant l’ouverture du Salon à la fin d’octobre. Avec « L’Effacement » (éd. Barzakh) Samir Toumi proposait une dissection psychologique du conflit des générations à travers le portrait d’un fils de Moudjahid écrasé par l’ombre de son père. Pour sa part, Aïda Khaldoun, absente de la scène littéraire depuis des années, signait son retour avec « Ra’ihat El Hob » (éd. Mim), un roman dense et poétique sur l’univers bédouin. Parus au mois de mai chez Chihab, « Moi, Scribe », « Yoko et les gens du Barzakh » et « Pluies d’or », écrits, respectivement, par Mokhtari, Sari et Mati, ont suscité l’intérêt, voire la reconnaissance, des lecteurs et des professionnels.
Les deux derniers romanciers seront primés pour leurs romans: Prix « Escale littéraire d’Alger », pour le premier, et le Grand Prix Assia-Djebar pour le second. Autre roman de qualité paru le même mois en Algérie chez Barzakh- en même temps qu’en France-, « De nos frères blessés », une reconstitution saisissante des ultimes semaines de Fernand Iveton -militant communiste algérien guillotiné en 1957- écrit par Joseph Andras, un jeune auteur français. Les éditeurs algériens ont par ailleurs parié, en 2016, sur la nouvelle, en publiant un nombre remarquable de recueils, écrits en langue arabe en très grande majorité. Parmi les nouvellistes les plus remarqués, Khier Chouar « Moghlak Aw Kharidj Madjal At-Taghtia » et Gellouli Bensâad « Sadr El Hikaya » -tous deux chez Dar El Kalima- qui ont offert deux exemples différents de la manière d’aborder ce genre littéraire, par la maîtrise formelle chez l’un et l’exploration de l’univers des marginaux de la campagne algérienne chez l’autre. Néanmoins, ce genre narratif mis en avant dans les productions littéraires de 2016, souffre d’un manque de promotion et de visibilité à travers des prix pérennes, comme le soulignent souvent les observateurs de la scène culturelle, à l’exception du concours annuel organisé par l’établissement Art et Culture d’Alger. Petite lueur d’espoir pour les amoureux de la forme courte: l’institution en 2016 du 1er « Prix de la radio culture pour les jeunes créateurs » qui a primé six nouvellistes et poètes en décembre.
L’actualité littéraire de l’année aura aussi vu l’attribution ou l’annonce pour 2017 de prix portant le nom de grands écrivains algériens. Après une longue absence, le Prix Mohmed-Dib, organisé par l’association « La grande maison » de Tlemcen, a été décerné en Arabe,Tamazight et Français à quelques semaines du Sila. Attribué en 2015 durant ce dernier grand rendez-vous du livre en Algérie, le Grand Prix Assia-Djebar du roman sera reporté à décembre.
Outre Djamel Mati, la distinction du nom de l’écrivain, historienne et cinéaste algérienne, a été attribuée à Samir Kacimi (« Kitab El Macha’a », éd Enag, en Arabe) et à Lynda Koudache (« Tamacahut Tannegarut », éd.Routnahcom) en Tamazight. bsent depuis 2012, le Prix Abdelhamid-Benhadouga est réapparu à l’occasion d’un séminaire international consacré au célèbre auteur de « Rih El Djanoub ». L’année s’achève avec l’attribution à trois auteurs du Prix de la Ligue de la pensée et de la créativité d’El Oued. Et à partir de 2017, la mémoire des écrivains Tahar Ouettar et Rachid Mimouni sera célébrée, après l’annonce de l’institution de deux prix littéraires portant leur nom.