«Nous allons lancer prochainement… », « Il est prévu, dès l’année prochaine, un projet… », «etc. Le monde politique possède un mode d’expression très particulier. Tout comme les diplomates qui ont le leur. Ces derniers ne disent jamais « non ! ». Ils disent « peut-être ». Cela veut dire « non » sans heurter frontalement l’interlocuteur. Ces fonctions dont la parole est destinée au grand public, disposent, donc, de leurs propres « éléments de langage ». Ainsi et pour éviter de répondre à une question embarrassante, sans en avoir l’air, tout en restant « positif » en toute circonstance, le politique et le diplomate ont leur truc. Pourquoi on vous dit cela ? Parce qu’en parcourant le fil de l’actualité, nous avons remarqué la résurgence de vieilles méthodes. L’utilisation du mode « futur » pour contourner le sujet. Comme les deux « éléments de langage » cités plus haut tout au début. La méthode est aussi vieille que l’exercice de la politique. Dans notre pays, cette pratique langagière a eu son pic à l’époque du parti unique. Cela faisait partie de la formation de base du personnel politique. La raison ? À l’époque, l’excellence du personnel politique était encore un objectif à atteindre. À leur corps défendant. L’indépendance du pays était encore toute « fraîche ». L’exercice politique aussi. À toutes les questions, des parlementaires ou des journalistes, sur la gestion politique de tel ou tel secteur, le « projet » ou le « lancement prochain » étaient « servis » en guise de réponse. L’utilisation du futur était un refuge systématique qui permettait de sortir de l’embarras. Exemple : si une réalisation manque dans une wilaya donnée et que la question était posée, le gestionnaire politique répondra, après quelques circonvolutions, qu’effectivement « un projet en ce sens est en cours d’élaboration ». Que, pour une raison ou une autre, le projet ne voit pas le jour par la suite, il est rare que cela sera relevé. L’homme politique aura laissé « du temps au temps ». À moins d’un suivi rigoureux dans le temps. Ce qui est rare. D’autant que l’utilisateur du « futur » a toutes les chances, d’avoir lui-même changé de fonction, entre temps. Cette méthode « d’évitement » utilisée dans la prise de parole politique a été quelque peu abandonnée avec l’avènement du pluripartisme. Depuis peu, le retour de ce stratagème dans le discours politique donne des signes inquiétants. Le phénomène est visible dès qu’une réalisation traine. Beaucoup de projets à l’étude fusent pour masquer, par omission, la ou les raisons du manquement. L’auteur de ce tour de passe-passe pense être sorti d’affaire à bon compte. Oh que non ! À terme, il n’aura réussi qu’à aggraver la situation. La sienne d’abord. Cela n’échappe ni au premier ministre et encore moins au président de la République. Le chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune, ne cesse d’ordonner aux membres du gouvernement, de placer le citoyen au cœur de leurs préoccupations. L’enjeu de la participation citoyenne se nourrit de crédibilité et de confiance !
Zouhir Mebarki







































