Françoise Sagan

Françoise Sagan : L’écrivaine de génie qui a brûlé sa vie par les deux bouts

Bonjour tristesse, le premier roman de Françoise Sagan a suscité un scandale que l’auteur a toujours assuré ne pas comprendre ni en comprendre les raisons.
C’est dans un café, voisin de la Faculté où elle poursuivait des études, qu’elle a écrit ce roman, sans imaginer que son histoire d’amour ferait scandale, et encore moins qu’elle deviendrait un best seller vendu à plusieurs millions d’exemplaires.
Quand l’éditeur, René Julliard, lui a annoncé la somme que lui rapportaient ses premiers droits d’auteur (500 millions d’anciens francs), elle n’a pas cru ses oreilles. Cette jeune fille de 21 ans ― considérée encore mineure à cette époque-là ― a alors demandé à son père ce qu’elle devait faire de tout cet argent.
Libertaire, cet industriel à la fois rigoureux et peu autoritaire, lui a conseillé de le dépenser. Elle a pris le conseil au pied de la lettre, à une époque où vivre sa vie et l’autonomie pour une femme et de surcroit pour une jeune fille, n’étaient pas des principes trop partagés.
Dépensière, libérée avant l’heure, elle a ainsi créé une légende de femme mondaine voire, futile et même un peu femme fatale.
Dans son genre, elle était un peu la Piaf de la littérature et même plus, une écrivaine d’exception.
Pendant que ses livres, rédigés entre minuit et six heures du matin, enregistraient des succès mérités, Françoise Sagan grillait ses journées et son argent durant le temps libre qui lui restait. Les études mises de côté, son programme se résumait à : boire, s’amuser, sortir en compagnie d’artistes aussi fous qu’elle dans une époque où la femme croyait bon de conquérir l’espace public. Hantant pendant des nuits entières, bars, cabarets et discothèques, elle avait pour amis des artistes aussi déjantés qu’elle : Juliette Gréco, Bernard Frank ou Jacques Chazot, une vraie « bande d’énergumènes », selon la presse people de l’époque.
Insouciante, Sagan a perdu beaucoup d’agent dans le jeu, sauf le jour, un 8 août 1958, où elle a quitté le casino de Deauville avec la coquette somme de huit millions de francs. Son jour de chance. Et de sagesse. Puisqu’elle a résisté à la tentation de remettre cette somme en jeu et l’a investie dans l’achat d’un manoir à Équemauville, près d’Honfleur. Un accident de voiture va bouleverser sa vie, y mettant un terme bien précoce.
Dès son premier roman, elle s’offrait des bolides qui lui donnaient l’illusion de ne pas faire du sur place, elle dont l’ascension a été fulgurante. Ses bolides lui donnaient l’impression d’avoir des ailes et d’être invincible, mais c’est à une vitesse de160 km/h qu’elle perd le contrôle de son Aston Martin, un 13 avril de l’an 1957.
À l’hôpital, un calmant à base de morphine, le Palfium 875, lui fut injecté pendant trois mois mais il ne suffisait pas à calmer ses douleurs. Après avoir brûlé se vie dans les excès, même l’excès de drogue devenue essentielle à son quotidien ne lui permettait plus de sourire pour avoir brûlé les étapes de la vie. Pour avoir commencé sa carrière trop tôt et sans garde-fous, elle ne pouvait ni écrire ni conduire ni s’amuser.
C’est un beau documentaire de Marie Brunet Debaines qui cerne cette vie de météore de la littérature française. « On ne peut perdre son temps qu’en pensant à le gagner », disait-elle.
Ali El Hadj Tahar