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Crise profonde entre cette profession clé au Maroc : La grève des adouls, symptômed’un régime insoucieux des citoyens

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Au Maroc, les adouls (officiers publics de la justice chargés de la formalisation et de l’authentification des actes de mariage, de divorce, de successions et de transactions immobilières, une fonction proche de celle des notaires) sont en grève illimitée depuis le 13 avril. Une mobilisation d’ampleur nationale qui met en lumière une crise profonde entre cette profession clé et les autorités.
Après plusieurs semaines de tensions, les adouls ont durci le ton en suspendant l’ensemble de leurs activités, dénonçant un projet de loi (16.22) encadrant leur profession qu’ils jugent imposé sans concertation. Dès le premier jour, des centaines d’entre eux ont manifesté devant le Parlement à Rabat, marquant le début d’un bras de fer avec le pouvoir. Dans ce contexte, les professionnels ont également dénoncé une « tentative de diversion » autour d’informations évoquant une hausse des frais de mariage, qu’ils ont catégoriquement démenties, estimant qu’il s’agit d’un moyen de détourner l’attention de l’opinion publique des véritables enjeux.

Les adouls prévoient une nouvelle mobilisation ce lundi, signe d’une escalade progressive
Trois jours après le lancement de la grève, aucun apaisement n’est en vue. Les représentants de la profession pointent un silence total des autorités. Le secrétaire général de l’Association marocaine des adouls, Abdelrazak Bouita, évoque une « politique de la sourde oreille », affirmant qu’aucun dialogue concret n’a été engagé. Le président de l’Instance nationale des adouls, Slimane Adkhol, insiste de son côté sur le fait que les revendications des professionnels visent avant tout à garantir les droits des citoyens, sans impact budgétaire pour l’État. Il dénonce une réforme élaborée sans l’implication des principaux concernés. Même ligne critique chez Nadia Cherkaoui, présidente de l’Association marocaine de la voix de la femme adoul, qui estime que le projet consacre une inégalité entre les professions juridiques et remet en cause des acquis fondamentaux. À Tanger, le président du Conseil régional des adouls, Saïd Sroukh, va plus loin en dénonçant une «absence de respect» et une volonté de réduire le rôle de la profession. Il accuse également les autorités de privilégier des intérêts particuliers et des lobbies au détriment de l’intérêt général. Sur le terrain, les effets de cette grève sont déjà visibles : blocage de procédures judiciaires, ralentissement des transactions immobilières et perturbation de services essentiels. Dans plusieurs régions, les adouls représentent un maillon indispensable du système juridique, ce qui accentue l’impact de leur mobilisation sur les citoyens. Face à l’absence de réponse, les adouls prévoient une nouvelle mobilisation le 20 avril, signe d’une escalade progressive. La grève des adouls s’inscrit ainsi dans une série de tensions sociales et professionnelles qui secouent le Maroc ces dernières années. Cette crise illustre une nouvelle fois les limites d’un mode de gouvernance marqué par l’absence de dialogue et la centralisation des décisions au Maroc. En paralysant un secteur aussi stratégique, la grève révèle un malaise persistant face à un système peu enclin à la remise en question et incapable d’absorber les revendications de ses propres institutions, au risque d’aggraver la défiance des citoyens.
R. I.

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