Forum national sur le phénomène des «harraga» : Les participants plaident pour des solutions économiques

Les participants au Forum national sur le phénomène des « harraga », organisé pendant deux jours par le ministère de l’Intérieur, ont eu à se poser de nombreuses questions pour tenter de comprendre ce phénomène et tenter de trouver des solutions.

Quel est le profil des jeunes harraga ? Quels sont les facteurs qui les ont poussés à commettre cet acte extrême ? Sont-t-ils conscients de la gravité de leur acte ?… Ce sont là les questions les plus saillantes à retenir de ce Forum, auxquelles les participants ont tenté de répondre. Conscients que la mal-vie reste la principale raison ayant incité les jeunes à tenter de voir ailleurs, les participants ont préconisé une série de mesures visant à réduire le nombre de candidats qui peuvent commettre cet acte extrême. Ainsi, des experts, cadres, universitaires, responsables locaux et jeunes promoteurs ont convenu, à cette occasion, qu’une réelle insertion socio-économique des jeunes, couplée à une meilleure écoute de leurs attentes et une décentralisation de la prise de décision économique, devraient être au centre des efforts visant à freiner le phénomène de l’émigration clandestine par la mer (harraga). Décortiquant ce phénomène complexe qui a donné lieu au départ du pays de centaines de jeunes dont beaucoup périssent en mer, les participants ont, par conséquent, mis l’accent sur les dispositifs d’emplois des jeunes (Ansej, Cnac, Angem et Anem) qui, en dépit des progrès réalisés, souffrent de plusieurs insuffisances et n’arrivent pas à créer de l’emploi durable.
Une ancienne de l’Administration a ainsi appelé à refonder carrément ces dispositifs. « Ce sont des dispositifs d’attente, budgétisés par l’état et non pas des dispositifs économiques. Il faut les refonder pour leur donner un sens économique », a-t-elle argué.
Le professeur en économie Farès Mesdour a surtout proposé d’assouplir la fiscalité pratiquée pour ces dispositifs et de créer une banque dédiée au financement des entreprises créées dans le cadre du soutien à l’emploi des jeunes. Plusieurs intervenants ont proposé d’intégrer les différents dispositifs d’emploi des jeunes en un seul dispositif, une proposition soutenue par le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales, et de l’Aménagement du territoire, Noureddine Bedoui, qui a pris part à l’atelier. « Il est temps de fédérer ces dispositifs », a recommandé le ministre. Mais pour le wali d’El-Taref, Mohamed Belkateb, les dispositifs de soutien de l’emploi ont « quand même réussi à créer des postes d’emploi permanents ». Il a tout de même appelé à renforcer la formation au profit des jeunes, à revitaliser les pépinières d’entreprises pour accompagner les jeunes entrepreneurs et à assouplir les procédures administratives pour réduire la bureaucratie. Le président de l’APC de Tenès (wilaya de Chlef) a pour sa part plaidé pour la décentralisation de la décision économique pour permettre aux collectivités locales de répondre convenablement aux attentes des jeunes.
« Personnellement je suis quotidiennement le dossier de la « harga » et je peux vous assurer que parmi les jeunes harraga il y a même des travailleurs qui ont une bonne situation matérielle et professionnelle », a-t-il témoigné. D’autres intervenants ont d’ailleurs évoqué la question de l’environnement comme l’une des raisons poussant la jeunesse algérienne à quitter le pays. « La saleté de nos villes pousse les jeunes, fascinés par l’image qu’ils ont de l’Europe, à travers les médias et les réseaux sociaux, à rêver de l’Occident et d’un environnement meilleur », a souligné Mme Laâbidi Nadjet, présidente d’une association activant dans le développement humain.
Une chose est sûre, ce Forum a démontré que la harga est une réaction extrême, non seulement au manque de perspectives en Algérie, mais aussi aux difficultés, voire à l’impossibilité d’obtenir des visas de voyage.
Lamia Boufassa