Festival international du théâtre de Bejaia

Festival international du théâtre de Béjaïa : Cinq pièces retenus

Cinq pièces ont été retenues au programme de la 10e édition du Festival international du Théâtre de Béjaïa (FITB) dont le coup d’envoi est prévu jeudi prochain, a annoncé le commissaire de la manifestation, Slimane Benaissa.

L’Algérie, la France, la Tunisie y seront présentes avec un spectacle chacune, alors que le Sénégal y déroulera deux représentations, dans une palette qui s’annonce gorgée d’émotion en raison de la qualité des œuvres choisies et des problématiques examinées, traitant pour l’essentiel de la liberté, l’amour, les différences et l’identité. Leur trait d’union étant porté par le thème générique de la rencontre, intitulé «Femmes et enfance». Le coup de semonce pour l’inauguration va être laissé à la pièce «Timenfla» (la trame) de Lahcene Chiba, récipiendaire en décembre 2018 du prix de la meilleure représentation au 8e Festival culturel national du théâtre amazigh de Batna. «Timenfla» met en lumière une séquence de la décennie noire survenue dans une maisonnette de campagne devenue le théâtre de conflits familiaux épiques et dramatiques, foisonnant de surcroit de cadavres à chaque épreuve. Bien que lugubre, la chronique est agréablement adoucie par l’humour et la dérision employés et qui en ont fait, une œuvre presque comique. Sa résonnance, bien que dans un contexte autrement différent, est, du reste, facilement décelable dans la pièce française, signée Joseph Andréas, et mise en scène par Fabrice Henri, intitulée «De nos frères blessés». Le spectacle s’inspirant de faits historiques de la Guerre d’Algérie est monté en hommage à Fernand Yveton, un Français d’Algérie, militant communiste engagé avec le Front de Libération nationale (FLN) et qui a dû vivre le martyrs à cause de ses idées. Après d’atroces tortures, il a été condamné à mort dans un procès expéditif. Et son sacrifice, retentit toujours, comme un appel à la liberté. Loin des bruits de la guerre et ses affres, Aristide Tamagda, d’après un texte de Charles Ouitin, ne sort pas totalement de la condition humaine et de ses travers miséreux et dérisoires. «Et si je les tuais tous Madame», est un monologue bavard sur le dilemme de «partir ou rester», le voyage d’un continent à un autre, de l’Afrique vers l’Europe.
Deux continents qui se côtoient depuis deux siècles mais qui ne se parlent pas et qui ne se comprennent pas. Malgré, une réflexion, poussée au délire, il n’arrive pas à trancher. Moins existentielle, l’œuvre de son compatriote, Djibril Goudiaby, intitulée «Le musée» n’en est pas moins une autre forme de voyage. Son héros, lui, fait le chemin inverse. Après des études poussées en Europe, en histoire de l’art il revient au pays pour ouvrir un musée. Pour quoi faire? Et bien tout simplement pour protéger le patrimoine culturel et archéologique de son village, menacé de disparition par les effets pervers de la mondialisation. Son entreprise, n’est pas simple, car l’idée heurte une foule de sensibilités, notamment les gardiens locaux des traditions, opposé à son projet, qui dans les faits, renvoient à des secrets et des faits de la Seconde Guerre mondiale, dont la résurgence et de nature à nuire à des équilibres sociaux ancrés. Dans ce Kaléidoscope, assurément la pièce tunisienne, intitulée «Djaraim Zawdjia» (crimes conjugaux) de Mohamed Ali Said et mise en scène par Hamza Maaz, se singularise quelque peu, en traitant de la perte de mémoire au détour d’un accident de voiture et l’effort de la recouvrer qui souvent s’accompagne de secret qu’il aurait mieux taire ou oublier. Le festival, dédiée à la mémoire de Nabila Djahnine, assassinée par les hordes terroristes en 1995 à Tizi-Ouzou et déroulée en hommage au comédien, Omar Guendouze, s’annonce, a priori, plein d’émotion avec, en plus des spectacles, une foule d’animation parallèle, notamment des séances de lectures théâtres assurées par l’inénarrable comédiens Sid-Ahmed Agoumi, des masters classes, en présence deux chevronnés internationaux que sont Henri Frabrice et Haro Clémentine et des narrations de contes, opérées au sein de plusieurs écoles. Des projections de films, sur Omar Guendouze et Nabila Djahnine sont également prévues, ainsi que des spectacles musicaux, l’un à l’ouverture avec une troupe de Ghardaia et l’autre à la clôture, animée par Bahdja Rahal. L’évènement théâtral est quelque peu ramassé voire allégé pour des raisons de budget et des conséquences de l’annulation de l’édition initiale programmée en octobre dernier et qui a vu le retrait de beaucoup de troupes (une douzaine) à cause de leur charge dans leur pays d’origine. «C’est une séance de rattrapage de l’édition d’octobre. L’essentiel est de poursuivre l’aventure», a regretté M. Benaissa.