Fermeté de l’État contre les fake news en temps de Corona…

Par Ali El Hadj Tahar

Les rues désertées d’Alger rappellent des peintures de Giorgio De Chirico. Cela prouve que les Algériens ne tombent pas dans le panneau des provocateurs qui demandent aux fidèles de se révolter contre la fermeture des mosquées, comme si un illuminé pouvait influencer un peuple ancré dans un Islam fondamentalement rationnel. Même en France et aux États-Unis, ce zélé responsable de la mort de plus de 100 000 personnes serait déjà derrière les barreaux pour pareil appel à défiance contre la loi en période d’urgence sanitaire pour la sécurité du pays et son peuple. L’appel de l’ancien chef du parti dissous tombe sous le coup de la loi ; et si le président de la République a pris des décisions fermes contre les fausses informations, la justice ne doit souffrir d’aucun laxisme car ce n’est pas au Chef de l’État de se constituer partie civile ou de prendre son téléphone.
D’autres provocateurs ont même osé ironiser contre l’interdiction des réunions lors d’une de leurs zerdas. Informés par des citoyens, les services de la DGSN ont d’ailleurs intervenu pour mettre le holà à ces comportements issus de deux décennies de laxisme. L’État n’a pas pris des mesures qui sanctionnent sévèrement l’économie pour que des illuminés se permettent d’appeler à la rébellion. Vendredi, à l’heure de la prière d’El Fedjr, des personnes se sont rassemblés devant une mosquée de Gué de Constantine, Alger, mais à peine se sont-ils alignés que des véhicules des éléments de services de sécurité de la BRI (Brigade de recherche et d’intervention) sont sortis de nulle part, les obligeant à prendre la fuite. Dans tous les pays du monde, l’ »état d’alerte » spécial Coronavirus permet aux autorités de l’état de prendre des mesures fermes contre les contrevenants, dans quelque domaine que ce soit, du trafic ou de la spéculation sur les prix des marchandises au non-respect des consignes et mesures de prévention contre le Covid-19 ou aux fausses informations.
En Russie, la ville de Moscou a décidé que le non-respect de l’auto-quarantaine imposée aux personnes venant de certains pays était puni d’une amende allant de 80 000 roubles jusqu’à une peine d’emprisonnement de cinq ans si la violation devait entraîner la mort d’une personne. Au Maroc, les autorités ont déjà annoncé l’arrestation d’une douzaine de personnes accusées de propager des « rumeurs mensongères » ou encore d’appeler à la désobéissance civile. Parmi eux, une directrice de banque, arrêtée pour avoir exagéré le nombre de contaminés, ainsi que le salafiste « Abou Naïm », connu pour ses positions extrémistes. Cet individu a été interpellé pour une fatwa sur vidéo contre la fermeture des mosquées. On a vu des policiers marocains courir derrière des contrevenants à la mesure de confinement, d’autres embarqués en Espagne et même des SDF verbalisés en France. Le Portugal a carrément décrété l’état d’urgence.
Le Sénégal n’a pas hésité à interpeler trois personnalités publiques, dont Abdoulaye Mbaye Pekh, un communicateur traditionnel, Selbé Ndom, un oracle très écouté, et le chanteur Mame Goor Diazaka qui ont déjà dû s’expliquer sur leurs déclarations devant la gendarmerie. La Tunisie, quant à elle, a décrété un couvre-feu (de 18 heures à 6h) assuré sur tout le territoire par des patrouilles mixtes (police, garde nationale et armée). La Turquie, qui a arrêté plusieurs personnes liées à la désinformation, a été endeuillée par le décès de 20 personnes en une semaine après avoir ingéré une boisson supposée les prémunir contre le Coronavirus. 34 personnes en tout ont été hospitalisées après avoir bu de l’alcool isopropylique, car il faut dire que les fake news incluent aussi des remèdes miracle. Et si manger de l’ail ou des oignons ne présente aucun danger, les mélanges préconisés par des charlatans pour créer du gel désinfectant peuvent être mortels, et en toute crise, y a toujours des profiteurs. Ce n’est pas pour rien que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) évoque une « infodémie » aussi dangereuse que le virus lui-même et qu’il faut combattre, notamment par l’application des lois déjà en vigueur.
A. E. T.