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Envolée des prix de «Deglet-Nour» à Ouargla : La variété de dattes «Ghars» comme substitut

Les tables de l’Iftar (rupture du jeûne) durant ce mois de Ramadhan à Ouargla se sont passées de la variété de dattes «Deglet-Nour», en raison de l’envolée de son prix, devenu hors de portée d’une grande partie de la population qui se rabat sur la variété «Ghars», nettement plus abordable.

Les citoyens se sont tournés vers la variété «Ghars», abondante dans la région pour un prix ne dépassant pas les 200 DA tout au plus en cette période, abandonnant la variété supérieure «Deglet-Nour» qui avoisine les 750 DA/Kg. Les dattes «Ghars», abondante dans les marchés d’Ouargla constitue, sur le plan économique local, une source vivrière pour de nombreuses familles, en raison de ses vertus nutritives, en plus de ses dérivés représentant des composants d’alimentation de base, dont la pâte de Ghars très prisées par les citoyens du sud du pays. La datte «Ghars», classée pratiquement en seconde position après celle de Deglet-Nour en termes de consommation et de production dans la région, revêt un intérêt particulier aussi bien pour les phœniciculteurs que pour des consommateurs, eu égard à la notoriété de ses vertus nutritives qui ne sont plus à démontrer. S’agissant du conditionnement de cette datte, El-Hadja Fatima Z, originaire de Chott, zone phœnicicole par excellence, une des femmes ayant acquis un savoir-faire ancestral en la matière, a confié que «l’opération de conditionnement est amorcée par la cueillette, puis le tri des dattes molles en fonction de leur calibre, leur nettoyage, rinçage et séchage». Les dattes sont ensuite bien entassées dans des sacs ou d’autres récipients (sceaux et jarres), refermés hermétiquement, pour préserver la qualité nutritive du produit sur relativement de longues périodes pour être consommées aux moments nécessaires, comme la période du Ramadhan. Selon El-Hadja Fatima, des quantités de Ghars conditionnées seront ainsi préservées pour la «Aoula» (approvisionnement) familial ou cédées aux marchés, car très sollicitées dans la préparation de diverses variétés de pâtisserie moderne et traditionnelle, dont R’fis et Zerira, des mets à base de Ghars, de semoule et de beurre, prisés comme nourriture durant les longs voyages, tels que le pèlerinage.

Campagne sur les réseaux sociaux pour boycotter «Deglet-Nour»
La flambée des prix de Deglet-Nour, atteignant les 750 DA/kg en ce début du mois de pitié et de solidarité, a provoqué l’ire de la population, dont certains ont, face à cette situation, recouru au lancement d’une campagne sur les réseaux sociaux pour dénoncer cette cherté des prix et convier les internautes à mener une campagne de boycott du produit.
«Laisser la s’abimer» est le mot d’ordre retenu pour appeler les citoyens à boycotter Deglet-Nour, des citoyens qui n’ont pas tardé à répercuter l’information afin de contrecarrer la hausse injustifiée de ce prix, notamment dans les régions à vocation phœnicicole. Pis encore, selon des citoyens, la datte Deglet-Nour est exposée dans les marchés du Nord, dont Oran et Constantine, à des prix jugés raisonnables ne dépassant pas les 450 DA/kg, contre une flambée injustifiée à Ouargla et d’autres régions du Sud. Kamel, internaute «facebooker» notamment, n’a pas manqué de faire la comparaison entre les prix des produits importés et d’autres locaux à l’exemple de la banane cédée, bien qu’elle soit importée d’horizons lointains, à 300 DA le Kg, alors que Deglet-Nour est exposée à presque trois fois ce prix. Approchés par l’APS, de nombreux commerçants de dattes, à l’instar de Kader Ben Ahmed, rencontré au marché, ont imputé cette cherté à la faible récolte de la dernière saison agricole en raison de moult facteurs techniques, dont la vague de chaleur ayant sévi durant la période de croissance du produit. En revanche, Khanfar Rahou, élagueur et grimpeur de palmier, a farouchement défendu le prix actuel des dattes, justifiant ce fait par «les conditions difficiles de travail du palmier et de collecte des dattes, en plus de la rareté de la main-d’œuvre qualifiée et des contraintes de l’irrigation et du traitement». Pour Khanfar, amoureux du palmier, «il est inconcevable d’accepter d’acheter un kilo de pomme à 700 DA/Kg et un litre d’huile d’olive à 1.000 DA», et d’appeler, via Internet, au boycott de Deglet-Nour, d’une grande valeur nutritionnelle pour le jeûneur». Le président de la chambre de l’agriculture d’Ouargla, Okba Choukri Bouziane, a imputé cette hausse des prix à la spéculation et au problème de stockage, comme pour tout autre produit agricole d’ailleurs, avant d’appeler à coordonner les efforts et d’intensifier les opérations de contrôle par les services de la direction du commerce et de plafonner les prix pour la protection à la fois de l’agriculteur et du pouvoir d’achat du citoyen. Selon le directeur du commerce de la wilaya, Layachi Amrouni, «le commerce des dattes reste non réglementé, exposant le produit à la spéculation». Parmi les grandes régions phœnicicoles du pays, la wilaya d’Ouargla recense un patrimoine de près de 2,5 millions de palmiers, dont 2,1 millions productifs, occupant une superficie de 23.000 hectares, avec une production de près de 1,4 million de quintaux, toutes variétés de dattes confondues, selon la direction des services agricoles.
De cette richesse phœnicicole, l’on relève 1,4 million de palmiers de variété Deglet-Nour, dont 1,12 million productifs, et le reste, soit près d’un million de palmiers, constitué des Ghars, Degla Beida et dattes communes.