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CRÉATION D’UN HAUT CONSEIL DES SCIENTIFIQUES ET CHERCHEURS : Tebboune mobilise les cerveaux algériens

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C’est une décision à forte portée symbolique et stratégique. Une importante structure placée sous la tutelle directe de la présidence de la République est en cours de création.
il s’agit du Haut Conseil des scientifiques et des chercheurs algériens. Une initiative qui traduit la volonté politique forte du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, de placer la science, l’innovation et la recherche au cœur du projet de développement national.
Le futur Haut Conseil sera composé de sommités algériennes reconnues à travers le monde. Il aura pour mission de contribuer activement à l’essor scientifique et socio-économique de l’Algérie, en mettant notamment à contribution les compétences résidentielles et celle de la diaspora nationale, qui manifeste, depuis plusieurs années, une implication croissante dans le développement du pays. La création de ce Conseil s’inscrit dans une dynamique plus large engagée depuis l’arrivée du président Tebboune. Sur le plan de l’enseignement supérieur, la réforme est déjà visible et profonde : de nouvelles filières universitaires ont été créées, et surtout, une grappe d’écoles supérieures spécialisées ont vu le jour. Pour ne citer que le Pôle technologique de Sidi Abdellah à Alger qui regroupe désormais l’École nationale supérieure en intelligence artificielle (ENSIA), l’École nationale supérieure des mathématiques (ENSM), l’École nationale supérieure des nanosciences et des nanotechnologies (ENSNN), l’École nationale supérieure des systèmes autonomes (ENSSA), l’École nationale supérieure de la cybersécurité (ENSCS) et l’École supérieure de management des travaux publics. Un signal fort envoyé aux nouvelles générations : l’Algérie investit dans les disciplines d’avenir.

Nos élites retournent au bercail
Au-delà des infrastructures, c’est sur le capital humain que mise le président Tebboune. Depuis son accession à la tête de l’État, il multiplie les gestes en direction des élites algériennes aussi bien celles résidentes dans le pays que celles qui se trouvent à l’étranger. Le Président est convaincu que le retour des scientifiques et des chercheurs algériens ou leur implication à distance peut constituer un levier décisif pour le développement national. Le secrétaire d’État Sofiane Chaïb, chargé de la communauté nationale à l’étranger, et le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, ont effectué plusieurs déplacements à l’international pour tisser ces liens, jeter des ponts et convaincre ces talents de s’inscrire dans la dynamique d’une Algérie qui se veut émergente.

Ils font rayonner leur pays à l’étranger
L’objectif est clair : rapatrier des compétences qui ont fait leurs preuves sur les scènes scientifiques mondiales les plus exigeantes. Une aspiration légitime quand on mesure l’ampleur du vivier disponible. Selon le classement Stanford Top 2 % de 2024, pas moins de 68 chercheurs algériens figurent parmi les scientifiques les plus influents au monde une preuve que le talent existe des deux côtés de la Méditerranée.
Qui sont ces femmes et ces hommes dont l’Algérie espère mobiliser l’expertise ? Portrait de quelques figures emblématiques.

Elias Zerhouni : L’homme qui a dirigé la science américaine
Né à Nedroma (Tlemcen) en 1951, Elias Zerhouni est l’une des figures les plus emblématiques de la diaspora algérienne. Diplômé de médecine à l’université d’Alger en 1975, il rejoint Johns Hopkins avec seulement 369 dollars en poche et gravit patiemment les échelons jusqu’à en devenir vice-doyen. En 2002, le président George W. Bush le nomme directeur des National Institutes of Health (NIH) un budget de 31 milliards de dollars, 10 000 scientifiques sous sa direction. Premier immigré à occuper ce poste, il lance le programme NIH Roadmap pour révolutionner la recherche biomédicale interdisciplinaire. Plus de 200 publications, 8 brevets, 5 entreprises fondées. Barack Obama le nommera ensuite envoyé spécial pour la science, avant qu’il ne prenne la tête de la R&D mondiale du géant pharmaceutique Sanofi. Reçu en 2025 par le président Tebboune, il a depuis été nommé conseiller spécial de l’ANSS algérienne.

Miriam Merad : La pionnière de l’immunologie du cancer
Née à Alger en 1969 dans une famille de médecins, Miriam Merad a accompli l’intégralité de ses études de médecine en Algérie avant de rejoindre Paris pour sa résidence, puis Stanford pour son doctorat en immunologie. Directrice de l’Institut d’immunologie de précision au Mount Sinai School of Medicine de New York, ses travaux sur les macrophages et les cellules dendritiques ont ouvert de nouvelles perspectives dans le traitement du cancer et des maladies inflammatoires. Auteure de plus de 200 publications, elle est la première femme algérienne et arabe élue à la National Academy of Sciences des États-Unis (2020), et lauréate du Prix William B. Coley 2018.

Belgacem Haba : Le recordman mondial des brevets
Né en 1967 à El M’Ghair (Oued Souf), dans une famille sans électricité au cœur du désert algérien, Belgacem Haba est aujourd’hui l’inventeur le plus prolifique de la Silicon Valley. Formé à l’USTHB de Bab Ezzouar grâce à une bourse de l’État algérien, il décroche un doctorat à Stanford en science des matériaux, rejoint IBM, cofonde SiliconPipe (racheté par Samsung), et dirige la R&D chez Rambus. Ses technologies sont intégrées dans 95 à 100 % des smartphones mondiaux, ainsi que dans les consoles PlayStation. Il cumule à ce jour plus de 1 700 brevets dans 21 pays — un record absolu dans la Silicon Valley depuis 2008. Fondateur du Numidia Institute of Technology à Alger, première université privée d’intelligence artificielle en Algérie, et décoré de l’Ordre du mérite national « Achir », Haba ne perd pas de vue ses origines. Il formule cependant un diagnostic lucide : « En Algérie, les universités sont coupées de la société, et les entreprises sont coupées des universités. Il manque un écosystème propice à l’innovation. »

Noureddine Melikechi : L’œil de la NASA sur Mars
Issu de Thénia (Boumerdès), Noureddine Melikechi a été formé à l’USTHB avant d’obtenir son doctorat en optique quantique à l’université du Sussex. Il fonde le premier Centre des sciences optiques à l’université du Delaware, puis est nommé doyen du Kennedy College of Sciences à UMass Lowell. Membre de deux missions martiennes de la NASA Curiosity et Mars 2020, il analyse à distance les données spectroscopiques de la planète rouge. Il a également mis au point la technique Tag-LIBS, capable de détecter le cancer de l’ovaire et la maladie d’Alzheimer par laser. Plus de 125 publications, 15 brevets, 3 prix NASA. En 2025, il a rencontré le ministère algérien de l’Enseignement supérieur pour sceller un partenariat stratégique entre l’Algérie et UMass Lowell.

Yasmine Belkaïd : De l’USTHB à l’Institut Pasteur
Diplômée de l’USTHB en biologie, Yasmine Belkaïd a bâti une carrière exceptionnelle au National Institutes of Health (NIH) avant d’être nommée en 2023 directrice de l’Institut Pasteur à Paris, l’une des institutions scientifiques les plus prestigieuses au monde. Ses recherches pionnières sur les interactions entre microbiome intestinal, immunité et infections parasitaires font d’elle l’une des voix les plus influentes de l’immunologie mondiale. Élue à la National Academy of Sciences des États-Unis en 2019, elle est une figure tutélaire pour les jeunes chercheuses algériennes.

Azzedine Bousseksou : La star mondiale des matériaux intelligents
Directeur de recherche au CNRS en France, Azzedine Bousseksou, née à Kouba, est une référence mondiale dans le domaine des matériaux à transition de spin — des matériaux capables de changer d’état magnétique sous l’effet de la température, de la lumière ou de la pression, avec des applications prometteuses dans l’électronique moléculaire. Ses travaux figurent parmi les plus cités de sa discipline à l’échelle mondiale, lui valant une place dans le classement Stanford Top 2 % 2024. Membre de l’Académie Algérienne des Sciences et de la Technologie, il contribue activement aux échanges scientifiques entre la France et l’Algérie.

Malika Aid Boudries : De Tizi à Harvard Medical School
Ingénieure en informatique diplômée de l’université de Tizi-Ouzou, Malika Aid Boudries a bifurqué vers la bio-informatique et décroché un doctorat à l’université de Montréal. Avant même de soutenir sa thèse, elle envoie des candidatures postdoctorales dans les plus grands centres de recherche mondiaux et est retenue par Harvard Medical School. Ses travaux portent sur les mécanismes immunitaires face aux virus émergents, combinant intelligence artificielle et biologie moléculaire. Son parcours de l’université de Tizi-Ouzou aux laboratoires de Boston est devenu une source d’inspiration pour toute une génération de jeunes algériennes.

Assez de talents pour constituer un réseau
La liste de ces sommités est loin d’être exhaustive. On pourrait encore citer Karim Zaghib, l’un des plus grands experts mondiaux et innovateurs dans le domaine des batteries lithium-ion, Adel Belouchrani, spécialiste du traitement du signal à l’École Polytechnique d’Alger, et d’autres nombreux chercheurs qui ont tracé le sillon de la science et de la technologie dans des institutions de premier plan à travers le monde. Ce que leurs parcours ont en commun est frappant : presque tous sont partis avec une formation algérienne solide souvent de l’USTHB de Bab Ezzouar et une bourse de l’État algérien. La matière grise existe. Ce qui manque, comme le soulignent plusieurs d’entre eux, c’est un écosystème d’innovation capable de retenir ou de réattirer ces talents. Adel Djellouli, chercheur algérien à Harvard, préconise de s’inspirer du modèle chinois, qui finance ses étudiants à 100 % à l’étranger avant de travailler à leur rapatriement.
Transformer ce vivier de talents mondialement reconnus en moteur de développement national ; tel est le défi que compte relever le futur Haut Conseil des scientifiques et chercheurs algériens. Une ambition à la hauteur des femmes et des hommes qui hisse, depuis des décennies, le drapeau algérien dans le ciel de la connaissance mondiale.
M.Seghilani

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