Après la Tunisie, Jean-Yves Le Driant en visite en Libye, hier : La migration et les élections libyennes, selon l’agenda de Paris, au menu

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu hier, en Libye pour une journée, durant laquelle, après son arrivée à Tripoli, a fait le déplacement dans les régions libyennes, Misrata, Tobrouk et Rajma. Cette visite intervient au lendemain des discussions sur la Libye, qu’il a eu à Tunis, avec le président tunisien Beji Caid Esebsi et son ministre des Affaires étrangère Khemaies Jhinaoui, qui lui s’est rendu, le11 juin dernier à Tripoli, puis à Tobrouk, le 26 juin à Benghazi.

À partir de Tunis, Jean-Yves Le Drian a déclaré sur ses discussions sur la Libye, avec les responsables tunisiens, à leur tête le président Beji Caid Esebsi, que «nous avons eu l’occasion de nous entretenir à propos de la Libye et de rappeler les engagements qui ont été pris à Paris» et d’ajouter que «nous avons échangé sur la situation sécuritaire et politique en Libye pour faire aboutir le processus qui a été validé lors de la réunion de Paris » Le déplacement du chef de la diplomatie française en Libye vise à accélérer le processus de mise en œuvre des points inscrits dans la déclaration finale de la rencontre de Paris, sur la Libye, fin juin dernier, notamment celui relatif à la tenue, le 10 décembre prochain, des élections dans ce pays, plongé dans le chaos, depuis plus de sept ans. Autre question au centre du déplacement, hier, de l’ex-ministre français de la Défense, dans le gouvernement de l’ex-président Hollande, la question de la migration illégale, à propos de laquelle, le chef du gouvernement d’union nationale, Fayez Serraj avait exprimé, le refus catégorique de la Libye d’abriter, sur son sol, des centres de détention des migrants, solution que préconise l’Union européenne, principalement la France, pour parer au flux des migrants arrivant sur les côtes méditerranéennes de l’Europe, un phénomène qui s’est amplifié, après l’effondrement des institutions libyennes, par l’intervention précipitée de l’Otan, en Libye, à laquelle la France a œuvré, faut-il le rappeler, aux premières loges avec son ex-partenaire de l’UE, le Royaume Uni. Un effondrement qui a plongé le peuple libyen, dans les conditions chaotiques et privé des millions de travailleurs étrangers, dans leur majorité des pays africains, de leur emploi, plongeant leurs familles respectives, restées au pays, sous le seuil de la pauvreté. Il est à noter que le déplacement du chef de la diplomatie française, en Libye, a coïncidé, au lendemain de l’appel, de Stephanie Williams, représentante spéciale adjointe du secrétaire général de l’ONU pour la Libye, lancé, dimanche dernier, pour la mise en liberté «immédiate et inconditionnelle» selon ses propos, des ingénieurs étrangers enlevés par un groupe armé non-identifié dans un gisement pétrolier du sud de la Libye. Le ministre libyen des Affaires étrangères, Mohamed Sayala a déclaré, hier, que la France «est l’un des pays qui soutiennent le retour du contrôle de la National Oil Corporation, à Tripoli» avant d’indiquer que «les revenus pétroliers sont distribués au peuple libyen de manière équilibrée dans tout le pays», a-t-il précisé. À moins de quelques heures avant sa rencontre, hier, avec le chef de l’exécutif libyen, Fayez Serraj, le ministre français avait déclaré, dimanche soir, à Tunis, qu’«Il faut faire aboutir le processus qui a été validé lors de la réunion (du 29 mai dernier ) de Paris» a martelé Jean-Yves Le Drian, qui s’est entretenu avec Jhinaoui des résultats de ses visites que le responsable tunisien a effectué, à Tripoli, Tobrouk et Benghazi. Et pour pousser les acteurs à être, au rendez-vous, retenu lors de la rencontre de Paris, lequel n’a pas été , par la suite mentionné, dans le document du Conseil de sécurité, sur les élections législatives et présidentielles en Libye, Le Drian a effectué ce déplacement pour presser des acteurs libyens, notamment ceux qui se sont inscrits dans le processus de Paris. Au moment où d’autres ont exprimé leurs craintes, notamment à l’émissaire de l’ONU pour la Libye , Ghassan Salamé, que toute précipitation aura des conséquences considérables et compliquera d’avantage la situation chaotique dans ce pays. Ce qui semble être la motivation première de la visite de Le Drian, hier, en Libye, lequel déplacement s’’inscrit, selon le Quai d’Orsay «dans la continuité de la conférence internationale sur la Libye organisée à Paris le 29 mai dernier par le président de la République», dont la date du 10 décembre, pour la tenue des élections en Libye, retenue au terme de la rencontre de France sur la Libye.
Rappelons que nombreux sont les observateurs outre les Libyens eux-mêmes jugent le calendrier trop ambitieux et la date très proche, au vu des rivalités et les tensions sur le terrain, entre acteurs libyens, appelés à consolider leur processus de dialogue entre eux, en vue d’assurer un retour durable à la vie politico-institutionnelle dans le pays. Jean-Yves Le Drian compte se rendre à nouveau, à Tunis, au mois d’octobre, comme il l’avait déclaré, dimanche, lors de sa visite, dans ce pays, avant qu’il se rende, en Libye, hier.
Karima Bennour