Aboudjourra Soltani

Aboudjerra Soltani, ex-ministre d’État, au Froum du « Courrier d’Algérie » : «Nous plaidons la modération et le dialogue sans exclusion !»

L’ex-ministre d’État, Aboudjerra Soltani, a été hier l’invité du Forum hebdomadaire du Courrier d’Algérie, lors duquel il a expliqué, dans le détail, l’initiative qu’il venait de lancer, dite «Forum international pour la modération (El Wassatia)».

Un espace «de réflexion, de dialogue et de développement», ouvert à tous les courants politiques, intellectuels, économistes, syndicalistes etc…, invités à faire confronter leurs idées et initiatives dans un débat dépassionné et loin des luttes intestines, à l’effet de dégager des réflexions «modérées» prenant en considération les spécificités multidimensionnelles de l’Algérie.
D’autre part, l’ex-président du MSP a fait un crochet vers l’APN pour parler de la crise qui la mine depuis trois semaines pour révéler, non pas les propos échangés avec la persona non grata de l’Assemblée, mais l’idée avec laquelle il est sorti de son tête-à-tête avec Saïd Bouhedja. S’il ne défend ni telle ou telle partie dans ce bras de fer retentissant, il s’en tient aux termes de la Constitution, un avis modéré qui recherche le juste-milieu par lequel il entame, visiblement, la mission de son «Forum El Wassatia», agréé, du reste, par le ministère de l’Intérieur.
«Le Forum international pour la modération n’est pas un nouveau parti. Il ne se substitue ni à une formation politique, ni à une association syndicale. Je résume par le définir comme étant un espace de dialogue et non pas une cave pour monologues», a-t-il posé comme définition pour un Forum qui produit de la réflexion, dédié à tous les courants politiques, économiques, sociaux et religieux. En d’autres termes, chaque participant, quelle que soit son appartenance politique, de gauche ou de droite, doit faire exposer ses idées à condition de laisser de côté les convictions intimes qui lui sont personnelles et propres.
S’il y a maintenant un constat qui aura servi de déclic pour la création de ce Forum, son initiateur évoque le constat en cours en Algérie, marqué par des préjugés selon une idée reçue, une rumeur, une polémique, ou toute autre information attribuée par la presse à tel responsable ou telle personnalité nationale. «Or, je ne peux pas me fixer sur ce que j’ai entendu parler d’untel. D’où cet espace qui sert de débat où les participants s’affrontent face-à-face. On peut poser toutes les questions. On peut parler de l’identité nationale, de la langue arabe et tamazight. On peut parler de la religion, qui va à la mosquée et qui ne veut pas le faire, de celui qui est d’accord pour le port du hidjab ou du niqab ou de celui qui ne l’est pas. Je vous donne un exemple : savoir comment la notion de la citoyenneté est définie par les partisans de la droite et ceux de la gauche», explique Soltani, qui parle d’un espace où toutes les questions d’importance nationale sont les bienvenues, sans exclusive, sans censure et sans tabou. Bref, quelles que soient les divergences, «nous n’avons qu’un seul pays et une seule histoire», pose l’ex-membre de la défunte Alliance présidentielle. C’est à quoi aspire du moins Soltani au niveau interne.

«Le Forum sert aussi de diplomatie élitiste et lobbyiste»
Qu’en est-il des autres missions attribuées à ce Forum et pour quelles qualités de ces membres ?
«Nous avons fait appel à d’anciens ministres, ambassadeurs, économistes, universitaires et écrivains, issus de l’ancienne comme de la nouvelle génération. Je cite par exemple, Belkacem Mellah (ancien secrétaire d’État chargé de la Jeunesse), Abderrahmane Benkhalfa (ancien ministre des Finances). Nous avons besoins de l’élite nationale car nous ne sommes pas animés par des ambitions politiques. Par contre, nous sommes à la recherche de la matière grise, celle qui peut apporter une valeur ajoutée pour le développement du pays», a fait savoir le cadre du MSP, qui exclue toutefois la figuration dans ce Forum des chefs de partis politiques contrairement aux responsables ou adhérents politiques auxquels les portes leur sont toutes aussi ouvertes.
Au plan externe, ce Forum se veut aussi une force sur le plan diplomatique, pas l’officielle, celle propre à l’État, mais celle qui a son mot à dire dans les forums régionaux et mondiaux, celle menée par l’élite nationale. Une forme de lobby qui défend le pays et ses positions à l’échelle internationale en dehors du cadre officiel, lequel impose parfois le devoir de réserve sur certaines questions sensibles.

«Un peuple mono-linguiste est voué au sous-développement»
À la question de connaître son avis sur la politique d’arabisation en cours depuis le début des années 60, Soltani estime qu’elle a été décidée au lendemain de l’Indépendance, dans un contexte marqué auparavant par la colonisation français de l’Algérie. «L’arabisation a été dictée par la conjoncture et les vicissitudes de son histoire. Toutefois, et aujourd’hui, malgré que les langues arabes et tamazight sont consacrées dans la Constitution, on ne maitrise aucune langue en Algérie. On parle un mélange de français, d’arabe et de tamazight. En conséquence, un étranger ne peut pas nous comprendre. Donc nous avons besoin d’une langue commune qui n’exclue pas forcément une autre langue. Car on doit savoir que l’arabe et le tamazight sont les composantes de notre souveraineté, notre identité et la personnalité nationale».

«Je ne suis pas d’accord avec les courants extrémistes»
Ce n’est pas parce qu’il est cadre d’un parti islamiste qu’il est forcément, ou pas, d’ailleurs, d’accord avec tous les courants religieux. D’autant plus qu’il s’est défendu d’une position modératrice par excellence. Ainsi va la philosophie de Soltani lorsqu’il est question de parler de la mouvance salafiste, si non wahabbiste sous d’autres cieux. «Le salafisme est un courant de droite qui fait contrepoids aux courants extrémistes de la gauche. Je peux les écouter mais ils ne peuvent pas m’imposer à être d’accord avec eux. Moi non plus d’ailleurs, je ne peux pas leur imposer de verser dans le centrisme. On peut débattre, qu’ils disent ce qu’ils ont à dire et je dis ce que j’ai à dire, qu’on laisse après l’opinion publique faire sa propre idée», répond le leader du MSP à la question de connaître sa position sur les formes d’extrémistes qu’ils soient politique, religieux ou autres. Pour démontrer sa bonne foi pour le dialogue, il rappelle le face-à-face qu’il a eu sur un plateau de télévision avec l’écrivain Rachid Boudjedra, qui n’a jamais caché son athéisme. Ou encore, son plaidoyer quant à l’importance d’écouter l’ex-émir de l’AIS (Armée islamique du salut), Madani Mezrag, dans le cadre de la Réconciliation nationale. «Je respecte toutes les tendances, mais ne m’obligez pas à être d’accord avec elles. Chez nous, l’extrémisme est exclu et il est à bannir. Nous appelons à la modération et au juste-milieu, comme devise sur laquelle repose notre Forum qui a comme principes : la réflexion, le dialogue et le développement», a conclu Soltani.

«Bouhadja ne tenait pas à son poste mais il décrit la manière de son écartement»
Actualité oblige, Soltani a posé un commentaire, loin l’idée de lui d’aborder les sujets dans leurs fonds et leurs aspects politiques sur deux évènements d’importance que sont la crise à l’Assemblée nationale et le front social en ébullition. Deux problématiques qu’il estime être importantes et auxquelles il faudra agir pour leur trouver des solutions. Ainsi, concernant la situation prévalant à la Chambre basse du Parlement national, minée par le bras de fer engagé entre les députés de l’Alliance et Saïd Bouhadja, il dit ne pas être d’accord sur la forme, sinon la manière avec laquelle le président de l’APN est poussée à la porte de sortie, même si son cas n’est pas définitivement encore assaini. En cause, Soltani évoque les répercussions d’une telle affaire sur l’image de l’Algérie et ces institutions à l’extérieur. «On ne traite pas du fond du problème. Mais on n’a pas été d’accord sur la forme. Par contre, on traite des aspects extérieurs qui se dégagent de cette affaire. On ne s’immisce pas non plus dans des luttes politiques. Il faut savoir que le Parlement n’est pas régi par la loi, mais par la Constitution. La justice aussi ne peut pas intervenir», a indiqué l’invité du Forum hebdomadaire, comme pour exclure tout jugement sur le fonds ou l’aspect politique de cette crise, si ce n’est de se référer au cadre de la Loi fondamentale du pays pour dire qu’aucune disposition n’a prévu de destituer le président de l’APN.
D’ailleurs, Soltani a révélé avoir eu un tête-à-tête avec Saïd Bouhadja, mais sans pour autant raconter l’échange entre les deux hommes. «Ce qui s’est dit reste entre nous deux car ce n’est pas la personne (Bouhadja, ndlr) qui nous importe mais c’est sa qualité et son statut», a précisé, avec un, propos prudent, l’ex-ministre d’Etat. «En revanche, je sors de la rencontre avec une idée selon laquelle il fait savoir qu’il ne tenait pas à ce poste mais qu’il n’était pas d’accord avec la manière et la forme», explique-t-il, avant d’indiquer que son vis-à-vis lui avait fait part de son regret du fait qu’il soit «accusé sans raisons», sinon il aurait quitté ses fonctions. En d’autres termes, Saïd Bouhadja, ancien moudjahid de son état, aurait souhaité sortir par la grande porte. Or, «démettre un ancien moudjahid à la veille du 1er Novembre», ceci pose problème, laisse entendre Soltani, qui dit tout de même ne jouer que le rôle d’un modérateur comme le sujet traite d’une institution républicaine.
Farid Guellil