Selon l’agence sanitaire de l’UA, une dizaine de pays du continent sont désormais exposés au risque de propagation du virus, à savoir le Soudan du Sud, le Rwanda, le Kenya, la Zambie, la Centrafrique, la Tanzanie, l’Ethiopie, l’Angola, la République du Congo, le Burundi et la Somalie.
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé samedi les pays ayant imposé des interdictions de voyage ou fermé leurs frontières en réponse à l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda à reconsidérer ces mesures. S’exprimant lors d’une conférence de presse conjointe à Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, dans l’est de la RDC, et épicentre de l’épidémie, M. Tedros a déclaré que de telles restrictions pourraient entraver les efforts de riposte. « J’appelle les pays qui ont imposé des interdictions de voyage ou des fermetures de frontières à reconsidérer ces mesures. Elles rendent la riposte plus difficile et découragent la transparence ainsi que la confiance, qui sauvent des vies », a-t-il déclaré. Malgré l’absence de vaccins homologués et de traitements spécifiques, le chef de l’OMS a souligné que les patients pouvaient encore se rétablir s’ils bénéficiaient à temps de soins médicaux de qualité. M. Tedros a indiqué que sa visite à Bunia visait également à dialoguer directement avec les communautés touchées par cette épidémie, dans laquelle plus de 1.000 cas suspects ont été signalés. L’Ouganda a également fait état de neuf cas confirmés, après la détection de deux nouvelles infections dans la capitale Kampala, a annoncé vendredi le ministère ougandais de la Santé. Le ministre congolais de la Santé, Roger Kamba, a déclaré que la RDC espérait, « dans le meilleur scénario », contenir et finir l’épidémie dans un délai de « quatre à six mois », sur la base de son expérience passée dans la riposte aux épidémies et de l’évolution connue de la maladie à virus Ebola. Il a indiqué que la priorité immédiate était de maintenir le virus dans les trois provinces déjà touchées, à savoir l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, afin d’éviter une propagation plus large. M. Kamba a également affirmé que les capacités de dépistage en laboratoire avaient été renforcées et qu’il n’y avait plus d’échantillons en attente d’analyse. Environ 900 échantillons ont été testés, dont quelque 260 se sont révélés positifs, a-t-il précisé, ajoutant que le pays disposait désormais de la capacité nécessaire pour traiter tous les nouveaux échantillons, même si le nombre quotidien de tests atteignait 200 à 300.
Les recommandations sur les vaccins
L’OMS a rendu publique samedi ses recommandations en matière de traitements et de vaccins susceptibles d’être utilisés pour juguler l’épidémie d’Ebola qui progresse dans l’est de la RDC. En marge de la visite de son directeur général à Bunia, la capitale de la province congolaise de l’Ituri, l’épicentre de cette grave épidémie, l’OMS a annoncé dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux avoir réuni groupes d’experts et organes consultatifs qui ont « évalué des vaccins et traitements potentiels pour la prévention et le traitement de la maladie à virus Bundibugyo ». Selon cette organisation onusienne, plusieurs produits expérimentaux sont « suffisamment prometteurs pour justifier une évaluation prioritaire dans le cadre d’essais cliniques » contre ce variant, faute de traitements spécifiques et de vaccins immédiatement disponibles. En matière de traitements, les experts indépendants ont recommandé « pour une évaluation dans des essais cliniques auprès des cas confirmés » les anticorps monoclonaux MBP134 et Maftivimab, ainsi que l’antiviral remdesivir. « Une thérapie combinant un anticorps monoclonal et le remdesivir est également recommandée pour évaluation ». Concernant la prophylaxie chez les contacts de cas confirmés ou probables, l’antiviral oral obeldesivir a été jugé « prioritaire », même si, ont souligné les experts, « cette approche dépend d’un traçage efficace des contacts, ce qui demeure difficile dans certaines zones touchées de la RDC ». Par ailleurs, le vaccin candidat jugé « le plus prometteur » est le rVSV Bundibugyo à dose unique, mis au point par l’International AIDS Vaccine Initiative (IAVI). « Son développement rendra probablement nécessaires encore sept à neuf mois (de travail) avant qu’il ne puisse être évalué dans un essai clinique », précise l’OMS. Un autre vaccin candidat, le ChAdOx1 Bundibugyo, mis au point par l’Université d’Oxford et le Serum Institute of India, pourrait quant à lui être disponible dans « deux à trois mois pour une évaluation de son efficacité », annonce l’Organisation mondiale de la santé, précisant toutefois que des données supplémentaires issues d’études animales sont encore nécessaires « avant de confirmer sa priorité ». Par ailleurs, en ce qui concerne Ervebo, le seul vaccin Ebola actuellement homologué pour les flambées causées par le variant Zaïre, « n’est pas homologué pour la prévention de la maladie à virus Bundibugyo et les données sur une éventuelle protection croisée restent limitées et non concluantes ». L’OMS recommande donc qu’il ne soit « utilisé que dans des protocoles de recherche soigneusement conçus afin d’évaluer son efficacité contre » le variant Bundibugyo.
L’IGAD appelle à une solide préparation régionale
L’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) a appelé à une préparation régionale urgente face à l’actuelle épidémie d’Ebola, avertissant qu’elle constitue une menace croissante pour la grande région de la Corne de l’Afrique et au-delà. Le secrétaire exécutif de l’IGAD, Workneh Gebeyehu, a lancé cet appel, lors d’une réunion ministérielle d’urgence sur l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda, ayant rassemblé vendredi les ministres de la Santé des pays membres de l’IGAD pour évaluer la situation épidémiologique qui évolue rapidement. La réunion virtuelle a souligné la nécessité d’une action régionale coordonnée, d’une surveillance transfrontalière renforcée et d’une préparation collective, les participants insistant sur le fait que les frontières poreuses et la forte mobilité des populations exigent une vigilance soutenue, une solidarité régionale et des mécanismes d’intervention harmonisés pour protéger la santé publique. « Cette épidémie nous rappelle une fois de plus que les maladies infectieuses ne connaissent pas de frontières nationales », a déclaré M. Gebeyehu, notant que le commerce, les migrations, les mouvements de réfugiés et la mobilité pastorale interconnectent profondément la région.
Le gouvernement exclut la fermeture des écoles
Les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) n’envisagent pas de fermer les écoles dans l’est du pays malgré l’épidémie d’Ebola, qui a déjà causé la mort d’au moins cinq élèves depuis la mi-mai, a indiqué le ministre de la Santé, Roger Kamba. Dans une déclaration samedi à la presse, le ministre Kamba a indiqué que la priorité restait le renforcement des mesures de prévention dans les établissements scolaires plutôt que leur fermeture. « Nous n’allons pas fermer les écoles. Nous allons mettre en place des mesures préventives afin de ne pas punir les enfants une deuxième fois », a-t-il affirmé. Déplorant la mort d’au moins cinq écoliers en Ituri, qu’il attribue à l’automédication et aux retards dans la prise en charge médicale, Roger Kamba a appelé les familles « à éviter les traitements à domicile et à orienter rapidement les cas suspects vers les structures de santé ». La RDC a déclaré le 15 mai, une nouvelle épidémie liée à la souche Bundibugyo du virus Ebola, une fièvre hémorragique hautement contagieuse. Selon l’Africa CDC, l’agence sanitaire de l’Union africaine, 246 décès ont été enregistrés parmi plus de 1.000 cas suspects recensés dans le pays.
Burundi : le CDC Afrique mobilise 11 millions de dollars
Un appui financier de 11 millions de dollars a été mobilisé pour soutenir le Burundi dans ses actions pour prévenir et riposter efficacement au virus Ebola, a annoncé, le directeur général du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique), Jean Kaseya, en visite au Burundi. Cette contribution a été octroyée par des partenaires après un plaidoyer de mobilisation de fonds, par la voie du ministère burundais de la Santé publique, pour soutenir l’initiative visant à empêcher l’introduction de cette maladie dans le pays, a précisé vendredi M. Kaseya. Il a également salué les actions déjà entreprises par le Burundi, notamment l’élaboration d’un plan de préparation et de riposte contre cette épidémie.
R. I.












































