Deux chercheurs algériens, Yahia Zoubir, professeur de relations internationales et de gestion internationale à la KEDGE Business School, et Abdelkader Abderrahmane, chercheur et consultant en géopolitique de l’Afrique du Nord-Ouest et de la région du Sahel, ont signé une analyse (datée du 13 avril 2026) pour l’Italian Institute for International Political Studies, qui montre comment, « alors que l’Europe est confrontée à l’insécurité énergétique, à l’instabilité du Sahel et à l’évolution des alliances méditerranéennes, l’Algérie réapparaît discrètement comme le pont indispensable entre l’Afrique du Nord, l’Europe et la géopolitique subsaharienne ». Ils font remarquer que « longtemps perçue comme relativement repliée sur elle-même, l’Algérie occupe désormais une place d’importance renouvelée, grâce à ses ressources en hydrocarbures, sa situation géographique et sa doctrine d’autonomie stratégique ». Ils appuient leur constat sur l’activité diplomatique récente : « Rien qu’en mars 2026, Alger a accueilli Giorgia Meloni et José Manuel Albares , quelques semaines après la visite du ministre portugais des Affaires étrangères. Ces visites, ainsi que celle du pape ces derniers jours, témoignent non seulement du dynamisme diplomatique de l’Algérie, mais aussi de son importance croissante dans les affaires méditerranéennes ». Ils y voient « l’émergence d’un axe sud-européen-algérien en Méditerranée ». Ils citent trois événements qui ont contribué à ce repositionnement de l’Algérie : les perturbations causées par la guerre russo-ukrainienne qui ont accéléré la recherche de fournisseurs d’énergie alternatifs en Europe ; plus récemment, la recrudescence des tensions dans le Golfe – suite aux frappes militaires américano-israéliennes contre l’Iran et aux perturbations des routes maritimes – qui a accentué la vulnérabilité de l’Europe aux chocs externes ; dans le même temps, la détérioration de la sécurité dans tout le Sahel, du Mali au Niger. C’est ce qui a replacé l’Algérie sur le devant de la scène, renforcé l’importance stratégique de l’Algérie, comme fournisseur d’énergie géographiquement proche et renforcé le rôle de l’Algérie en tant qu’État de première ligne gérant l’interface entre l’Afrique du Nord et l’instabilité subsaharienne.
Un élément stabilisateur
Dans le domaine de l’énergie, les deux chercheurs notent que « l’Algérie doit être perçue non comme un substitut aux principaux fournisseurs, mais comme un élément stabilisateur au sein de la stratégie de diversification européenne ». Ils situent les raisons, dans « des contraintes structurelles – notamment des investissements limités en amont, des infrastructures vieillissantes et une consommation intérieure croissante » qui limitent la capacité de l’Algérie à accroître significativement sa production à court terme. Ils soulignent l’évolution géopolitique qui a renforcé le rôle crucial de l’Algérie sur le marché énergétique : « La guerre contre l’Iran et la perturbation temporaire des routes maritimes via le détroit d’Ormuz ont mis en évidence la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement énergétique mondiales aux chocs géopolitiques ». Dans ce contexte, les flux énergétiques acheminés par pipeline depuis l’Afrique du Nord acquièrent une importance stratégique renouvelée pour les consommateurs européens.
Contrairement au transport maritime, soumis aux points de passage stratégiques et aux risques géopolitiques, l’infrastructure terrestre algérienne offre une continuité et une sécurité que peu de fournisseurs peuvent égaler ». Pour Yahia Zoubir et Abdelkader Abderrahmane, « au-delà des hydrocarbures, la position géographique de l’Algérie lui confère le potentiel de devenir une plaque tournante majeure reliant l’Afrique subsaharienne à l’Europe ». Ils font ressortir le rôle de l’Algérie en tant qu’acteur stabilisateur dans la région du fait des coups d’État, des insurrections et du retrait ou du redéploiement des forces occidentales. Ils estiment que « l’influence de l’Algérie s’étend au domaine de la sécurité, notamment grâce à ses relations avec le Sahel ».
Ils concluent qu’« à l’avenir, la puissance de l’Algérie devrait se renforcer face à la persistance de la fragmentation géopolitique et à l’intensification des interdépendances interrégionales ».
M. R.












































