Djilali

SOUFIANE DJILALI SUR L’ALLIANCE RABAT – TEL-AVIV : « L’Algérie doit pouvoir faire face à ce choix géostratégique dangereux »

La classe politique nationale, malgré le contexte de campagne électorale qui occupe la part du lion dans la scène, continue à suivre de près l’évolution de la politique étrangère de l’Algérie. Ainsi, le dernier développement de la situation à l’Est du pays, notamment avec l’assassinat de trois de nos ressortissants par les forces marocaines d’occupation au Sahara occidental, est loin de faire oublier pour l’Algérie la caractère grave de cette agression. Ainsi, invité hier au forum du quotidien El Moudjahid, le président de Jil Jadid, Soufiane Djilali, en réaction à cette question, estime qu’au-delà de l’agression en elle-même contre l’Algérie, le problème est plus profond qu’il ne paraisse et est d’ordre géopolitique. « Notre voisin (le Maroc, ndlr) a tissé des liens avec des Etats (Israël, ndlr) qui ont fait des choix géopolitiques extrêmement lourds, et lesquels ne correspondent absolument pas avec les intérêts de notre pays », a répond le chef du parti engagé dans la course électorale pour les échéances locales du 27 novembre. Face à cette situation, « l’Algérie doit se défendre, pas en appelant à la guerre, mais elle doit pouvoir faire face à cette alliance dangereuse, car il s’agit de la pérennité de l’Etat algérien », a-t-il suggèré ce qui s’apparente à une mise en garde contre le pacte maroco-sioniste.
Pour Soufiane Djilali, « si petit à petit on permet à ce que notre souveraineté et notre sécurité nationale soient remises en cause, dans quelques années on serait dans une très mauvaise situation », ajoutant qu’ « il faut que l’Algérie joue son rôle aujourd’hui », notamment pour rattraper le terrain, diplomatique surtout, perdu durant les 20 ans de règne de l’ex-président, le défunt Abdelaziz Bouteflika. Une période durant laquelle, malheureusement, « l’Algérie a été neutralisée notamment sur le plan diplomatique. On avait perdu énormément de terrain. L’Algérie n’était alors plus représentée et le chef de l’État n’était plus là dans les rendez-vous internationaux, comme à l’ONU, par exemple, pour protéger notre souveraineté et nos intérêts », déplore le chef de Jil Jadid, pour qui, encore, l’ancien régime « avait tissé des connivences avec des parties qui ne sont pas dans les intérêts de l’Algérie ».

« Les attaques systématiques des Algériens contre leur pays sont inadmissibles »
Face à cette évolution géostratégique dangereuse, « il est clair que l’Algérie doit reprendre son destin en main. Ce n’est pas seulement la responsabilité de l’État, mais de celle de tous les Algériens car c’est l’Algérie qui est visée. Pas seulement le simple algérien qui, bien qu’il peut soutenir la défense du pays moralement, mais ce sont les institutions, les partis politiques et la société civile notamment qui font partie du pays », recommande-t-il. À ce titre, le président du parti du courant démocrate, dénonce vigoureusement les voix parmi des Algériens, résidant à l’étranger, qui s’attaquent « systématiquement » et toute honte bue à leur pays. « Je suis profondément choqué par certains activistes et certains militants de partis politiques qui s’attaquent à leurs pays d’une façon honteuse », déplore-t-il, précisant qu’ « on a le droit de s’opposer au pouvoir, il est tout à fait légitime de vouloir une alternance, c’est normal de se proposer en tant que parti politique pour aller au pouvoir ou se présenter aux présidentielles, mais s’attaquer systématiquement à son pays parce qu’on est contre un pouvoir en place, c’est un acte inadmissible. Je suis choqué par certains propos émanant d’Algériens qui sont à l’étranger pour la plus part. Ils n’ont absolument aucun droit de s’attaquer ainsi à leur pays.

Relations avec la France : « l’Algérie doit être souveraine dans ses choix »
Interrogé sur la crise diplomatique avec la France, Soufiane Djilali, estime que les autorités de ce pays doivent comprendre que l’Algérie ne tolère pas que l’on s’attaque à sa souveraineté, ses institutions et son peuple. Quoiqu’il dise qu’en politique internationale « il n’y a pas des avis mais des intérêts », avec la France, suggère Soufiane Djilali, « il y a énormément d’intérêts des deux côtés ». De ce fait, « il ne faut pas toujours tomber simplement dans le discours populiste. Maintenant est ce que l’Algérie a bien fait de se défendre de cette façon quitte à entrer en crise avec la France ? C’est très probablement, car les français doivent comprendre qu’il y a des limites à respecter. Mais, ces limites ce sont aux algériens de les montrer. », a-t-il répondu. Pour le leader de Jil Jadid, c’est plutôt le contexte des présidentielles en France qui font pousser les cercles qui vouent une haine contre elle à s’attaquer à l’Algérie à des fins électoralistes. « La campagne en France a fait jaillir une partie de la classe politique anti-algérienne qui est en train de s’attaquer à l’Algérie et aux Algériens, et plus largement aux musulmans, et c’est la communauté algérienne qui est visée en particulier », a-t-il abordé, suggérant qu’ « il faut (candidats français) les remettre à leur place, défendre la communauté nationale en France et respecter la souveraineté de ce pays quand on exige qu’ils (français) respectent la nôtre ». À propos de l’attitude de l’Algérie à tenir devant la France, Soufiane Djilali estime qu’il n’est pas dans la situation des Affaires étrangères pour en connaitre toutes les données, mais « il est essentiel que l’Algérie soit souveraine dans ses choix et qu’elle établisse ses relations d’intérêt avec tous les pays sans tomber dans une forme de populisme qui risque de nous coûter très cher. »
Farid Guellil