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PUBLICITÉ PUBLIQUE : L’ANEP arrête 15 normes de distribution

Depuis son élection le 12 décembre dernier, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, s’est engagé à assainir le secteur de l’information. Premier chantier dans ce sens, le marché de la publicité publique. L’ancien modèle de gestion de l’ANEP (Agence nationale d’édition et de publicité) n’a fait qu’encourager des pratiques d’ « inégalités et de prédation » par l’arrivée de personnes intruses dans le secteur de l’information. « Des hordes de puissances diaboliques agissant dans l’ombre », pour reprendre les propos du ministre de la Communication, Ammar Belhimer. Depuis février dernier, le gouvernement, sur instruction du président Tebboune, tente d’y remettre de l’ordre et la transparence, en proposant de mettre en place une nouvelle méthode pour une gestion équitable de la publicité publique. Ces efforts donnent aujourd’hui les premiers résultats, dont se félicite l’Exécutif. La distribution de la publicité publique sera soumise à des « normes » que tous les titres doivent remplir afin d’assurer une « distribution équitable », a fait savoir, dimanche dernier, Larbi Ounoughi, PDG de l’ANEP, sur la chaîne 1 de la Radio nationale. Ce responsable a fait état de « 15 normes de distribution arrêtées jusque-là, en attendant la promulgation de la loi sur la publicité », indiquant que ces normes « seront présentées au Conseil de l’administration pour approbation et diffusées pour enrichissement ». L’erreur dans la gestion de la publicité réside dans « l’absence de paramètres et de normes exactes pour sa distribution, et cela depuis la création de l’ANEP même », a-t-il reconnu. Le nouveau responsable de l’agence, dont la principale mission est la gestion des budgets publicitaires des grands annonceurs et dont un nouveau conseil d’administration a été installé le mois dernier, a indiqué que « cette ère est révolue » et que la distribution de la publicité « une fois soumise aux paramètres n’acceptera aucune intervention quel qu’en soit l’auteur », comme ce fut le cas avant. La publicité est considérée comme « un soutien indirect » au journal et « non un droit » comme le concevraient certains, a précisé le patron de l’ANEP, qui, a-t-il dit, « ne détient pas le monopole du marché publicitaire mais le gère et veille à la distribution des deniers publics en toute équité et transparence ». S’agissant de la situation actuelle de l’Agence, Ounoughi a révélé que « des enquêtes menées par des services de la Gendarmerie nationale et des Finances sont en cours, en plus d’une opération de révision qui sera lancée prochainement », déplorant la situation financière de l’ANEP devenue ces dernières années, selon le responsable, une véritable « caverne pour le pillage systématique ». La publicité publique, gérée et distribuée par l’ANEP, représente 65 % du marché publicitaire global national, et contribue ainsi fortement à ce que les titres de la presse écrite, publique et privée, sauvegarde ses équilibres financiers. Bien que la loi de l’offre et de la demande est un critère indispensable dans la distribution de la publicité publique, la situation actuelle de l’ANEP requiert d’abord un assainissement du secteur, après des années de corruption ayant favorisé la dilapidation des deniers publics par des « forces externes à l’Information et des clans politiques », a avoué, dans un entretien à El Khabar, le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Ammar Belhimer. « Avant l’application stricte de la loi de l’offre et la demande, il faudrait passer par une période de transition permettant de réhabiliter et assainir le secteur de la publicité publique », a-t-il expliqué, en réponse à une question sur les délais de satisfaction des « revendications des professionnels de la presse relatives à la libération de la publicité publique et institutionnelle ». Un assainissement qui s’impose également au regard de «l’ampleur de la corruption qui a gangréné les structures de ce secteur et facilité la dilapidation des deniers publics par des forces externes à l’information, des clans politiques et des hordes de puissances diaboliques agissant dans l’ombre et qui tiraient les ficelles au sein même de l’Agence nationale d’édition et de publicité », a-t-il défendu. Cette situation qui a perduré des années et des années a favorisé l’apparition de réseaux d’influence et d’allégeance «ayant infiltré les rouages de l’administration, de la presse et des centres de décisions, à tous les niveaux », a-t-il expliqué. C’est pourquoi il a été initié une « large opération d’assainissement et de profonde restructuration » de l’ANEP à la faveur de l’installation d’un staff « solide et cohérent » pour mener à bien la mission de « transformer l’Agence de simple boite de distribution de la rente publicitaire en entreprise innovante et créatrice d’emplois et de richesse », a-t-il poursuivi. Pour le porte-parole du gouvernement, la libération de la publicité dans cette période difficile que traverse le pays à cause de la pandémie de Covid-19 et du marasme du marché des hydrocarbures constituera « le coup de grâce pour la majorité des entreprises médiatiques pour ne pas dire toutes ».
Hamid Mecheri