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PEINTURE : Le jour et l’heure où Vermeer a peint sa Vue de Delft

Un astronome affirme pouvoir dater le moment où Vermeer a peint sa Vue de Delft. Ce tableau compte parmi les chefs d’œuvres de l’artiste, dont La Dentellière ou L’Astronome. Seuls de rares documents attestent certains épisodes de la vie du peintre Vermeer, qui n’a jamais quitté Delft, où il est né en 1632, où il s’est marié en 1653 et où il est mort en 1675. Donald Olson, un professeur d’astronomie à la Texas State University, a étudié la disposition de la lumière et des ombres sur le tableau Vue de Delft, avant de conclure qu’il aurait été peint le 3 septembre 1659 à 8 heures.
Donald Olson affirme avoir identifié le moment précis où Johannes Vermeer a peint la Vue de Delft. Compte tenu du peu d’informations sur la vie et l’œuvre du maître néerlandais, les circonstances dans lesquelles a été peinte cette toile demeuraient jusqu’alors inconnues. D’après le Guardian , Donald Olson – surnommé l’«enquêteur céleste» – a longuement étudié la disposition de la lumière et de l’ombre sur le tableau. Le maître néerlandais aurait peint Vue de Delft le 3 septembre 1659 à 8 heures. L’artiste, alors âgé de 27 ans, regardait par la fenêtre depuis le deuxième étage de l’auberge où il séjournait. C’est de là qu’il a peint sa célèbre Vue de Delft. Aidé de Russel Doescher, ancien professeur de physique, Donald Olson est parvenu à cette conclusion après avoir cartographié les lieux lors d’une visite à Delft, et établi l’angle du soleil qui aurait permis l’apparition du fin rai de lumière visible sur la tour centrale de l’horloge de Nieuwe Kerk, au centre du tableau. Tout se joue sur le rai de lumière visible sur la tour centrale de l’horloge de Nieuwe Kerk : il indique l’endroit où se situe le soleil. Là est la clef du mystère. «Tout se joue sur ce détail : il indique l’endroit où doit se situer le soleil pour que le rai de lumière soit visible, estime Olson. La disposition de la lumière et des ombres est un indicateur fiable du positionnement du soleil». Selon l’«enquêteur céleste», une fois ce constat effectué, les pièces du puzzle s’assemblent d’elles-mêmes. Le peintre regarde vers le nord, ce qui signifie que la lumière provient du sud-est. La scène se déroule donc le matin. L’horloge sur la façade de l’un des bâtiments affiche 7 heures. À l’époque, les horloges n’avaient pas d’aiguille indiquant les minutes, or la seule aiguille visible semble plus proche de 8 heures.
À l’aide de logiciels, les chercheurs ont ensuite calculé les dates lors desquelles la position du soleil dans le ciel à 8 heures aurait pu créer les ombres visibles sur l’horloge. Seuls deux moments se dégagent : le 6-8 avril et le 3-4 septembre. Mais le feuillage des arbres dépeints par Vermeer n’aurait pas été si fourni en avril. Restent donc par élimination les deux jours de septembre. Les trouvailles des astronomes, publiées dans le magazine spécialisé Sky & Telescope, ont reçu un accueil mitigé. Lea van der Vinde, du musée Mauritshuis à la Haye – où la toile est exposée depuis 1822 aux côtés de l’œuvre la plus célèbre de Vermeer, La Jeune Fille à la perle -, juge les travaux des astronomes «intéressants et amusants». L’historien de l’art Kees Kaldenbach est plus sceptique. Selon lui, la toile aurait été peinte en mai, les harenguiers dépeints se préparant pour la campagne de pêche prévue en juin. «Je m’inscris en faux. Les faits sont les faits», a-t-il laconiquement déclaré au quotidien néerlandais De Volskrant. Signe que le paisible paysage dépeint par Vermeer n’en finit pas de susciter des remous.
A.E.T. avec agences