Les Algériens accepteraient-ils des mesures draconiennes face au coronavirus ?

Par Ali El Hadj Tahar

Avec une vingtaine de cas confirmés, et tout en estimant que la situation reste pour l’heure maîtrisable, l’Algérie est passée, depuis vendredi dernier, au «stade 2» de la lutte contre l’épidémie du coronavirus (Covid-19).
Ces mesures prennent en considération le fait que notre pays figure parmi les trois pays d’Afrique classés vulnérables face à l’épidémie, du fait de sa position géographique au sud de l’Italie et de la France et de l’importance de ses échanges commerciaux avec la Chine. En appliquant strictement les recommandations de l’OMS, l’Algérie gère convenablement la situation comme le montre la lente, voire très lente propagation du virus. Le niveau stade 2 de la lutte a imposé l’annulation de plusieurs manifestations publiques et la programmation des rendez-vous sportifs à huis clos. Cependant, la discipline sociale est quasi nulle dans notre pays comme le montrent les rassemblements inutiles, la promiscuité, ces cafés toujours bondés, ces tasses de café qu’on partage allègrement, ces bisous spontanés… etc.
Par ailleurs, la fuite de deux personnes, soupçonnées d’être contaminées, de l’hôpital de Boufarik est d’une extrême gravité. Or c’est par la discipline que les Chinois sont en train de vaincre le virus. Alors que l’épidémie semble prendre de l’ampleur dans le monde, l’Empire du Milieu semble sur le point de la vaincre. Ainsi, depuis plusieurs semaines, l’inversion de la courbe statistique est impressionnante puisque le pays n’a vu que 47 nouveaux cas apparaître dimanche passé, après un pic extraordinaire à 15 133 cas le 13 février dernier. Lundi, le nombre de décès le plus bas (22) a été enregistré depuis le 27 janvier. Dans la mégalopole de Wuhan, au cœur de l’épidémie, plusieurs signes laissent espérer une fin progressive des mesures de quarantaine. 14 des 16 hôpitaux de campagne qui y ont été ouverts pour les patients contaminés ont déjà été fermés. Les deux derniers devaient même fermer leurs portes mardi passé. Par ailleurs, la vie économique est en train de reprendre peu à peu dans la province la plus touchée.
La discipline est au cœur de la réussite de la stratégie chinoise. L’OMS l’a d’ailleurs souligné ce week-end.
À son retour de Chine, le Dr Bruce Aylward, conseiller principal du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, a déclaré : « Ils ont réussi à changer le cours d’une épidémie, sans vaccin, ce qui est extraordinaire ». Malgré l’ampleur de la crise, les Chinois sont en train de la solutionner en appliquant des méthodes de santé publique basiques. Résultat : plus de 70 % des Chinois contaminés ont guéri, selon les déclarations de l’OMS. Tout en attendant la progression des résultats et la confirmation de la tendance baissière, la virologue française Marie-Paule Kieny rappelle que les méthodes utilisées en Chine, parfois extrêmes, ne sont pas forcément applicables en France. La discipline chinoise ne serait-elle pas universelle même en cas d’urgence et de pandémie ? Faux puisqu’aux États-Unis, l’État de Californie a décidé de mettre les malades atteints du coronavirus en quarantaine dans des bases militaires, ce qui montre que dans ce pays, on n’hésite pas à passer allègrement de la situation sanitaire à la solution militaire. Mais qu’aurait-on dit de cela en Algérie ?
En Russie, la ville de Moscou a averti que le non-respect de la quarantaine pouvait coûter jusqu’à cinq ans de prison. Tous les citoyens russes ou étrangers arrivant à Moscou de Chine, Corée du Sud, Iran, Italie, Allemagne, Espagne ou France doivent s’auto-isoler à leur domicile pendant 14 jours. Le non-respect de ces mesures est passible d’une amende de 80 000 roubles voire, d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à cinq ans si la violation des règles sanitaires a entraîné la mort d’une personne. La mairie n’impose pourtant pas de bracelet électronique. Quel Algérien accepterait cela ?
A. E. T.