Le président de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) et secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, a reçu, samedi soir au siège de la présidence, les membres du groupe de suivi du dossier des ressources naturelles ainsi que les experts internationaux solidaires ayant pris part au séminaire international consacré à « la bataille juridique et à la souveraineté permanente du peuple sahraoui sur ses ressources naturelles ».
Au cours de cette rencontre, le président sahraoui a salué les efforts déployés par le groupe et les experts internationaux, soulignant que le dossier des ressources naturelles revêt une importance stratégique. Il a estimé que la bataille juridique est aussi essentielle que les autres formes de lutte menées par le peuple sahraoui pour faire valoir son droit à la liberté et à l’indépendance. Brahim Ghali a également affirmé que ce séminaire constitue une étape importante pour renforcer la compréhension des mécanismes juridiques permettant de défendre le droit du peuple sahraoui à exercer une souveraineté permanente sur ses richesses naturelles. Il a ajouté que les travaux de la rencontre ont suscité un vif intérêt parmi les participants et contribué à consolider les stratégies de plaidoyer en faveur des droits du peuple sahraoui. Le président de la République a, par ailleurs, pris connaissance des derniers développements du dossier à travers les interventions des membres du groupe et des experts internationaux, réaffirmant que la bataille juridique demeure un levier fondamental pour concrétiser le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à l’indépendance. Les membres du groupe avaient auparavant tenu, jeudi et vendredi, deux réunions consacrées à l’examen des principaux dossiers liés aux ressources naturelles, à l’évaluation de leur bilan annuel et à l’élaboration de leur programme d’action pour la deuxième année de leur mandat, en présence d’experts sahraouis et internationaux.
Miguel Urbán dénonce l’exploitation du tourisme comme instrument de légitimation de l’occupation
Lors du séminaire, l’ancien député européen et analyste politique espagnol Miguel Urbán a affirmé que le Maroc a transformé le secteur touristique en un outil de pillage des ressources naturelles sahraouies et de légitimation de l’occupation militaire du Sahara occidental. Il a estimé que l’exploitation des territoires occupés sous couvert d’activités touristiques constitue une violation manifeste du droit international et des arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne. Selon lui, la politique marocaine au Sahara occidental s’inscrit dans une logique coloniale moderne, qu’il a comparée aux projets visant à transformer Ghaza en destination touristique malgré les souffrances du peuple palestinien. Miguel Urbán a rappelé que le Maroc, devenu selon lui la première destination touristique d’Afrique en 2024 avec 17,4 millions de visiteurs, concentre désormais ses efforts sur la ville occupée de Dakhla, présentée comme une destination « écologique » et un haut lieu des sports nautiques, alors que le territoire demeure soumis à un strict dispositif sécuritaire limitant l’accès des journalistes et observateurs internationaux. Il a également critiqué l’implication de plusieurs entreprises européennes dans cette stratégie, évoquant notamment le recours à des influenceurs espagnols pour promouvoir Dakhla ainsi que l’ouverture de liaisons aériennes directes reliant la ville occupée à Madrid par Ryanair et à Paris par Transavia. L’ancien eurodéputé a enfin dénoncé les réseaux d’influence marocains au sein des institutions européennes, rappelant le scandale du « Marocgate » de 2022 et appelant à poursuivre la lutte politique et juridique afin de faire respecter le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination et à la souveraineté sur ses ressources.
Une mobilisation internationale des juristes en faveur des droits du peuple sahraoui
De son côté, la représentante de l’Association internationale des juristes pour le Sahara occidental, l’avocate espagnole Flora Marrero Ramírez, a réaffirmé l’engagement de son organisation à poursuivre les actions judiciaires internationales contre les violations attribuées au Maroc. Elle a rappelé que l’association, fondée en 1996 et réunissant des juristes issus de plusieurs pays, notamment d’Espagne, du Mexique, de Colombie, d’Équateur, d’Argentine, d’Uruguay et de Bolivie, œuvre à fournir une assistance juridique complète sur les questions relatives au Sahara occidental. Parmi les priorités de l’organisation figurent la défense des détenus politiques sahraouis, en particulier les prisonniers du groupe de Gdeim Izik, les campagnes internationales dénonçant leur situation juridique, l’opposition aux ventes d’armes au Maroc ainsi que le suivi des procédures judiciaires relatives aux événements de 1975. Flora Marrero Ramírez a également souligné la participation annuelle de l’association aux travaux de la Quatrième Commission des Nations unies chargée de la décolonisation, où elle dénonce l’exploitation des ressources naturelles du Sahara occidental sans le consentement du peuple sahraoui.
Les mines et l’exploitation des ressources au cœur des préoccupations
Le directeur des opérations du Bureau sahraoui de coordination de la lutte antimines (SMACO), Gaithi Ennah, a pour sa part présenté un exposé sur les conséquences humanitaires et juridiques de l’occupation du Sahara occidental. Selon lui, les crimes commis depuis près de cinquante ans sont directement liés à la poursuite de l’occupation marocaine, tandis que l’exploitation des ressources naturelles s’effectue sous protection militaire, ce qui soulève des responsabilités au regard du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme. L’expert a indiqué que le Sahara occidental demeure l’une des régions les plus contaminées au monde par les mines antipersonnel et les restes explosifs de guerre, conséquence de la pose de millions d’engins explosifs au cours du conflit. Il a également évoqué les bombardements menés avec des armes incendiaires, notamment au phosphore blanc et au napalm, ainsi que les effets du mur militaire marocain de plus de 2 700 kilomètres, qui sépare le territoire et expose les civils à des risques permanents. Il a aussi attiré l’attention sur les frappes de drones armés ayant visé des civils depuis la rupture du cessez-le-feu en novembre 2020, estimant que ces attaques soulèvent de graves interrogations quant au respect du droit international humanitaire. Enfin, Gaithi Ennah a rappelé que les décisions successives de la Cour de justice de l’Union européenne confirment le statut juridique distinct du Sahara occidental et exigent le consentement du peuple sahraoui pour toute activité liée à l’exploitation de ses ressources naturelles. Il a appelé la communauté internationale à renforcer la protection des civils, accélérer le déminage, traduire les responsables des violations en justice et garantir le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination ainsi qu’à la souveraineté permanente sur ses ressources naturelles.
M. Seghilani
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