JOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

JOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE : Des universitaires plaident pour une autorité de régulation, la révision du statut et le fonctionnement du métier

Malgré que l’Algérie compte aujourd’hui près de 200 titres de la presse écrite, une cinquantaine de chaînes de télévision et une centaine de sites électroniques, des médias qui cherchent à se faire une place dans un paysage médiatique en pleine mutation, la presse nationale continue de faire face à des difficultés et à de nombreux défis qui consistent à la fois à trouver un modèle économique fiable lui assurant la survie et à opérer sa transition numérique, sans pour autant la dévoyer de son rôle pivot dans l’édification de l’État et le respect des droits et libertés.
Selon des universitaires et des professionnels du secteur de la communication, les critères et les normes du service public doivent être revus pour leur adaptation avec les mutations de l’heure et à la lumière de la numérisation tout azimut que connait le monde médiatique. Ainsi, pour Laïd Zeghlami, spécialiste des médias, la prolifération des chaînes de télévision et des sites électroniques ne doit pas occulter les questions du contenu et de la qualité de l’information qui se pose « avec Acuité ». Il a ajouté qu’il y avait l’émergence de « médias sociaux » dont la popularité prend de l’ampleur, mais le contenu « manque de crédibilité et de Véracité », ce qui pose « un problème d’éthique et de déontologie ». Pour lui, il y a lieu de revoir « de fond en comble » les normes, les critères et les notions du service public à travers l’actualisation et la mise à niveau du cahier des charges destiné à ces médias pour l’adapter aux exigences de l’heure et à la lumière du contexte de globalisation et de numérisation que connait le secteur. Évoquant le champ audiovisuel, le même spécialiste a appelé à la nécessité de la mise en place d’ « autorités indépendantes de régulation » qui camperont un « rôle d’arbitre ». S’agissant de la presse électronique, il a indiqué qu’une réorganisation s’ « impose » avec l’édification de plateformes algériennes et un contenu local en vue de « sauvegarder et préserver notre souveraineté numérique », relevant que cette question doit être « bien réfléchie », en associant les acteurs et les spécialistes du secteur.
Pour sa part, le directeur du journal « La Nouvelle République », Abdelwahab Djakoun, a estimé que les médias algériens avaient  bien démarré leur aventure de pluralisme médiatique, « fruit d’une longue Lutte », mais « actuellement, il nous faut une véritable politique » pour le secteur. Il a également plaidé pour la sauvegarde des acquis liés à la presse écrite qui constitue, a-t-il dit, « l’un des garants de la crédibilité » de ce secteur, en adoptant une approche associant les professionnels du secteur, pour « assurer les missions de service public et la moralisation de la vie publique ». Il a relevé, dans ce cadre, que « la véritable démocratie est assurée par une presse libre, laquelle a besoin d’une aide de l’État », appelant, par la même occasion, à l’ouverture d’un « vrai débat » devant permettre de tracer les perspectives des médias en Algérie.« Il faut discuter du statut de la presse et revoir son fonctionnement, en mettant en place un nouveau modèle économique et médiatique assurant les missions nobles de service public », a-t-il plaidé. De son côté, l’universitaire Cherif Dris, enseignant à l’École supérieure du journalisme et des sciences de l’information d’Alger, a estimé que les médias traversent actuellement une « période difficile », à l’instar de ce qui se passe dans le monde, en raison des répercussions du Coronavirus, mais la presse-papier reste, selon lui, « la plus impactée par cette crise ». Pour lui, le secteur connait des problèmes d’organisation et de régulation et ce, en dépit de la promulgation d’une série de lois, préconisant l’intervention de l’État à travers, notamment, la publicité institutionnelle, mais avec des règles « clairement définies ». Concernant la presse électronique, il a estimé que les textes « doivent être clarifiés et un travail mené en profondeur » pour promouvoir ce genre de médias.

La transition numérique est désormais nécessaire
Le même universitaire a affirmé que la transition numérique de la presse écrite est désormais une « nécessité impérieuse », au regard de l’évolution de la scène médiatique de par le monde, avait soutenu récemment le ministre de la Communication, porte-parole du Gouvernement, Ammar Belhimer, estimant que la presse en papier est « finie » et que l’avenir réside dans la presse électronique. Entre 2010 et 2018, il a été enregistré une baisse de 80% des tirages de journaux en papier, un taux qui a encore régressé depuis la pandémie du Coronavirus à cause de la non-distribution de ces journaux, avait-il précisé. Il avait fait savoir que 70% des lecteurs en Algérie accédaient, actuellement, à l’information par le biais de la presse électronique.
S. Oubraham