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H’sissen, la comète foudroyante du chaâbi

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Ahcène Larbi Benameur, immortalisé sous le nom de scène de H’sissen, n’a vécu que l’espace d’un souffle, mais son empreinte sur la culture algérienne demeure indélébile.
Disparu à l’aube de ses trente ans en plein exil, ce virtuose du chaâbi a su allier l’exigence de la grande poésie du Melhoun à un engagement patriotique absolu au sein de la Troupe Artistique du FLN. Retour sur le destin fulgurant d’un enfant de la Casbah, devenu l’un des gardiens, les plus précieux de l’identité et de la mémoire algériennes.

De la rudesse de la Casbah à l’éveil musical
Né le 8 décembre 1929 au cœur de la Casbah d’Alger, Ahcène porte en lui le double héritage de la capitale bouillonnante et de ses racines montagnardes de Tizi-Ameur Boumahni, en Kabylie. Issu d’une famille modeste frappée par la précarité de l’époque coloniale, il est très tôt confronté à la dureté du quotidien. Pendant que son père travaille comme manœuvre, le jeune Ahcène vend des journaux à la criée dès l’aube pour soutenir les siens, tout en poursuivant brillamment sa scolarité jusqu’à l’obtention de son Certificat d’études primaires. Faute de moyens, il doit cependant abandonner les bancs de l’école pour entrer dans la vie active. C’est dans les interstices de ce quotidien laborieux que se révèle sa véritable vocation. Autodidacte passionné, il s’exerce au mandole et aux percussions avec une aisance qui subjugue son entourage. Son talent précoce attire l’attention de l’exigeant Cheikh Amraoui Missoum. À peine âgé de quinze ans, le jeune prodige intègre l’orchestre du maître en tant que percussionniste, entamant ainsi son initiation rigoureuse aux arcanes de la musique chaâbi, de ses cycles mélodiques complexes à la précision de sa prosodie.

L’art de l’imprégnation et l’exigence du répertoire
Servi par une mémoire prodigieuse, H’sissen est capable d’assimiler de longs poèmes après seulement quelques lectures. Il forge son identité artistique non pas dans l’imitation, mais dans l’observation admirative des plus grands. Il puise chez Cheikh El-Anka la maîtrise absolue de la mandole, chez Cheikh Khelifa Belkacem la générosité vocale des istikhbars, et chez Cheikh M’rizek la présence scénique chaleureuse. Très vite, l’élève devient maître et s’impose comme l’un des jeunes cheikhs les plus respectés des soirées algéroises. Là où une partie de sa génération cède aux sirènes des formats commerciaux et des chansonnettes légères, H’sissen choisit la voie de l’exigence. Il se fait le gardien jaloux de la grande qacida du Melhoun maghrébin. Armé de son fidèle « kourras », un cahier où il transcrit patiemment les textes de poètes séculaires comme Lakhdar Benkhlouf ou Ahmed El Ghrabli, il ressuscite des pièces oubliées. Son répertoire bilingue oscille avec la même virtuosité entre des textes arabes graves, souvent tournés vers l’au-delà, et des œuvres kabyles devenues des classiques intemporels, toujours portés par une diction d’une clarté absolue.

L’engagement patriotique : l’art au service de la libération
La virtuosité de l’artiste n’a d’égale que la ferveur du citoyen. Dans une Casbah devenue le cœur palpitant du nationalisme, H’sissen rejoint les rangs du FLN en 1955. Son dévouement est total, balayant les inquiétudes de sa mère par une réplique devenue légendaire, affirmant que si tous les fils uniques se dérobaient, personne ne prendrait les armes pour l’Algérie.
Traqué, il est contraint à l’exil en France en 1957. À Paris, il retrouve Missoum et devient le « rossignol » de la diaspora algérienne. Il anime les cafés parisiens et se produit lors de concerts militants mémorables, notamment pour les étudiants de l’Ugema, n’hésitant pas à entremêler les répertoires algérien et chleuh. Reconnu pour sa profonde générosité, il partage équitablement ses cachets avec ses musiciens, une pratique exceptionnelle pour l’époque. C’est durant ce déchirement de l’exil qu’il enregistre un istikhbar bouleversant dédié à sa mère, véritable chant du cygne aux accents prémonitoires. Au printemps 1958, H’sissen rejoint Tunis pour intégrer la Troupe Artistique du FLN. Engagé dans de vastes tournées à travers le monde arabe pour porter la voix de l’Algérie combattante, il s’épuise. Miné par la maladie, il s’éteint loin de sa Casbah, avant même d’avoir atteint la trentaine.

Le crépuscule tunisien et le triomphe de la mémoire
D’abord inhumé en terre tunisienne, ce n’est qu’en 2012 que ses restes retrouvent la terre d’Algérie, reposant enfin au cimetière d’El-Kettar, auprès de cette mère à qui il avait dédié son dernier souffle artistique. Aujourd’hui célébré par les musicologues et vénéré par les puristes, H’sissen demeure cette comète incandescente qui a traversé le ciel du chaâbi, rappelant que la grandeur d’une vie se mesure à l’intensité de son héritage et non à la longueur de ses jours.

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