Les informations révélées récemment par le ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations confirment que, sans le maintien du contrôle rigoureux instauré depuis quelques années, la fraude reprendrait de plus belle, et sans retenue aucune, entraînant une saignée de devises préjudiciable à l’économie nationale et aux besoins de la population.
Durant une longue période, sur 1990, 2000 et jusqu’à 2020, une clique mafieuse a gangrené le secteur des importations pour en faire un moyen d’enrichissement illicite, facile et rapide tout en servant des intérêts étrangers. Il en a résulté un développement de la corruption créée par des « pots-de-vin », des commissions,… et générant des inégalités sociales criantes aggravées par l’étalage de luxe des nouveaux parvenus enrichis. Cette caste de compradore est l’obstacle principal au développement national économique et social indépendant. En octobre 2024, lors de son entrevue périodique avec des représentants des médias algériens, le président Abdelmadjid Tebboune avait affirmé qu’il combattra les lobbies de l’argent facile jusqu’au dernier souffle, précisant qu’il s’agit de « lobbies comprador qui nuisent au pays pour laisser l’argent à l’étranger ». Il s’agit évidemment des lobbies de l’importation qui veulent porter atteinte au pays. Ces lobbies ont pris leur envol depuis que le commerce extérieur a été libéralisé dans les années 1990 sous la pression du FMI et en droite ligne du démantèlement du rôle de l’État dans l’économie qui a commencé à s’opérer à la fin des années 1980 et s’est accentué durant l’inoubliable phase d’ajustement structurel, entre 1994 et 1997, imposée par le FMI et caractérisée par la fermeture de centaines d’entreprises publiques, la mise au chômage de centaines de milliers de travailleurs, la libéralisation du système des prix et l’ouverture totale du commerce extérieur, avec émergence du phénomène, visible ou caché, de la pauvreté. Le terrorisme qui endeuillait le pays à cette période a entouré les pratiques mafieuses dans tous les domaines d’une barrière de « protection » empêchant les services de l’État de faire leur travail, en particulier dans le secteur des impôts et du commerce. Il était pratiquement impossible de vérifier les registres de commerce.
Durant cette période, les activités informelles, qui se sont développées en dehors et contre la loi, ont envahi la société et enraciné la culture de « non-droit » dans la société. Des zones entières dédiées aux importateurs et grossistes étaient des zones de non droit autorisant toutes sortes de fraudes dont la malfaçon qui pouvait conduire à des accidents mortels. Les activités commerciales étaient dominées par des notions telles que « protections », prête-noms, importations fictives, fausses factures, adresses fiscales fictives, etc. On parlait des « surprises » découvertes dans les conteneurs. Grâce au FMI et à sa recommandation sur la liberté de commerce, les fraudeurs qui cherchent à s’enrichir et à remplir leurs comptes à l’étranger aux dépens de l’économie nationale et des besoins de la population, avaient trouvé un gisement providentiel. Depuis quelques années, le temps des barons de l’importation est révolu. Les fraudeurs pensaient encore bénéficier soit de passe-droit ou de carences en matière de contrôle, et pouvoir contourner les règles établies dans le domaine des importations. Ils ont persisté dans leurs pratiques mafieuses, et se trouvent piégés par le contrôle mis en place par les pouvoirs publics. Leur but est de s’enrichir non pas pour une quelconque activité économique bénéfique au pays à travers les postes de travail créés et les revenus qui les accompagnent, mais pour mettre des sommes colossales dans leurs comptes à l’étranger et y acquérir des biens de luxe. Car la fausse importation ou l’importation fictive représente pour le pays une facture en devises payée au détriment de projets économiques et sociaux au moment où les recettes en devises sont une ressource rare. Pour rappel, la plateforme numérique du ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations a révélé que 3 961 opérateurs économiques, employant entre zéro et cinq salariés, ont soumis au ministère des demandes d’importation pour un montant total de 130,32 milliards de dollars, pour le 2ème semestre 2026. À comparer avec les recettes en devises du pays.
M’hamed Rebah













































