COVID

Hausse du nombre de contaminés par la Covid-19 : Le personnel médical aux premières lignes

Mobilisés en première ligne pour lutter contre la Covid-19, les professionnels de la santé sont en train de payer un lourd tribut depuis le début de l’épidémie en mars dernier, qui s’est accentuée ces dernières semaines à cause du non-respect par de nombreux citoyens des mesures de lutte contre le coronavirus.

La situation n’est guère rassurante, car le personnel soignant compte en son sein des « milliers de contaminés » selon Lyes Merabet, président de Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), qui fait état notamment de plus de 40 décès.
Le président du Syndicat national des praticiens de la santé publique a fait état, hier, d’un « lot quotidien de médecins, anesthésistes, infirmiers, ambulanciers, personnels travaillant aux labos, ou encore de femmes de ménage, affectés par la Covid». « Je viens d’ailleurs de parler à des collègues qui m’ont appris l’admission d’un médecin orthopédiste à Biskra en réanimation » avant d’indiquer qu’il s’agit du « Dr Chebila et sa situation est critique », nous a confié, hier, Merabet, avant de relever que les trois dernières semaines sont très «difficiles » en raison du flux incessant de malades. Les services aménagés dédiés au Covid affichent pratiquement complet à travers une vingtaine de wilayas, a-t-il indiqué relevant l’existence d’une «pression aux services de réanimation ou il devient impossible de trouver des places». Selon Merabet, il y a une situation de fatigue et d’épuisement qui s’empare des professionnels de la santé. « Nous sommes dans ce cycle de travail depuis pratiquement 4 mois et demi. Il y a une fatigue physique et mentale  terrible, nous sommes à bout de forces » dira-t-il. En plus de cet état des professionnels de santé, le président du SNPSP a soulevé un problème de manque de moyens de protection.

« En raison de la hausse du nombre de cas Covid19, les moyens manquent »
Les masques L95, lunettes, blouses, camisoles, ou encore les sur-chaussures, sont en train de manquer, avertit le syndicaliste en raison de la surconsommation due à la recrudescence des cas de contamination au virus. «Beaucoup d’hôpitaux et de services commencent à travailler pratiquement sans moyens de protection », a-t-il souligné à ce propos. S’agissant des chiffres concernant le nombre de professionnels de santé touchés par la pandémie, Merabet rappelle ceux avancés par le ministre de la Santé, faisant état de 1 557 malades et une trentaine de décès. « Nous le disons franchement ce sont en vérité des milliers de contaminés depuis le début de l’épidémie et nous dépassons une quarantaine de décès dans tous les corps », a conclu notre source. Pour expliquer la hausse des infections parmi le personnel soignant, Mohamed Yousfi, président du Syndicat national des praticiens spécialistes de la santé publique SNPSSP, et chef de service d’infectiologie de l’EPH de Boufarik pense que plus l’épidémie dure plus l’état d’épuisement s’empare des personnels soignants. Par conséquent, les réflexes de vigilance diminuent.
«L’épuisement et la lassitude peuvent faire en sorte que les personnels manquent de vigilance pour le respect des mesures de sécurité. Il peut même arriver que les plus habitués oublient ou mettent mal leur masque ou leurs sur-blouses. Il faut voir l’état de saturation dans lequel ils se trouvent», a fait remarquer le président du SNPSSP sur le site d’information électronique TSA. «Je parle surtout des hôpitaux de santé publique. Au niveau des CHU, la pression est beaucoup moins importante sur le personnel dès lors qu’il y a les résidents et les paramédicaux par centaines. Les professionnels de la santé y travaillent par brigades. Ce qui n’est pas le cas pour les EPH », a-t-il signalé. Yousfi a rappelé qu’une diminution de la pression a été enregistrée au mois d’avril ce qui aurait pu, selon lui, aider à faire reposer les personnels soignants. « Dans mon service, le personnel est à bout. Il faut nous aider », a lancé le chef de service d’infectiologie de l’EPH de Boufarik. Parmi les médecins ayant laissé leur vie sur le champ de bataille contre la Covid après avoir contracté le virus, il est important d’en rappeler au moins les noms de quelques uns.
L’on citera le Professeur Si Ahmed, spécialiste en chirurgie au CHU Frantz Fanon, le Docteur Aliche, Docteur Kebaili, Docteur Djama Kebir, ainsi que le pneumologue Docteur Boukhari qui exerçaient également au même CHU. L’on ne peut oublier à ce titre, le Dr Wafa Boudissa, emportée par le virus à 28 ans en étant enceinte de 8 mois. Il convient de noter par ailleurs, que pour le bilan pour de journée du dimanche 5 juillet le porte-parole du Comité scientifique de suivi de l’épidémie de Covid-19, le Pr Djamel Fourar, avait fait état de 441 nouveaux cas de contamination. Selon lui, le total des cas confirmés depuis le début de la maladie en Algérie s’élève à 15 941, soit 36 pour 100 000 habitants, dont 952 décès et 11 492 guérisons.
Ania Nait Chalal