Engagée aux côtés de la Révolution algérienne, proche de Frantz Fanon et grande militante anticolonialiste, la défunte avait obtenu la nationalité algérienne en 2025. La militante américaine Elaine Mokhtefi, figure de la lutte contre le racisme et le colonialisme et profondément engagée aux côtés de la Révolution algérienne, s’est éteinte vendredi 11 septembre à l’âge de 98 ans, dans un hôpital de New York, a-t-on appris auprès de l’Association internationale des Amis de la Révolution algérienne. Sa disparition intervient quelques semaines seulement avant son retour à Alger. L’association devait en effet l’accueillir le 10 octobre prochain pour célébrer l’obtention de la nationalité algérienne, accordée en 2025 par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune. Cette naturalisation était venue consacrer un lien ancien et profond avec l’Algérie, noué bien avant l’indépendance. Née Elaine Klein en 1928 à New York, la militante américaine s’était très tôt engagée dans la lutte contre le racisme et le colonialisme. Son parcours l’avait conduite à Paris au début des années 1950, où elle avait rencontré des travailleurs et syndicalistes algériens. C’est en 1958, lors de la Conférence des peuples africains à Accra, au Ghana, que son engagement prend une nouvelle dimension. Elle y rencontre Frantz Fanon et Mohamed Sahnoun et décide de rejoindre la lutte aux côtés du mouvement national algérien.
Au service de la Révolution algérienne
De retour à New York en 1960, Elaine Mokhtefi rejoint le bureau local du GPRA et du FLN. Elle travaille notamment avec Abdelkader Chanderli et M’hamed Yazid et participe à la mobilisation en faveur de la cause algérienne aux États-Unis. Un épisode particulier de son parcours reste lié à Frantz Fanon. En 1961, alors que celui-ci était hospitalisé à Washington, Abdelkader Chanderli lui confie la mission de l’accompagner et de soutenir sa famille. Elle lui rend régulièrement visite et prend notamment en charge son fils Olivier, alors âgé de six ans. À l’indépendance de l’Algérie, en 1962, Elaine Mokhtefi choisit naturellement de s’installer à Alger. Elle y restera douze ans et travaillera notamment comme journaliste à l’Algérie Presse Service (APS), couvrant les grandes évolutions du monde tiers-mondiste. En 1969, elle participe également à l’organisation du premier Festival culturel africain d’Alger, où elle contribue à l’accueil de représentants de plusieurs mouvements de libération africains, notamment du Mozambique, de l’Angola et d’Afrique du Sud, ainsi que de membres des Black Panthers américains. Elle participe également à l’accueil clandestin d’Eldridge Cleaver à Alger.
Une mémoire de « l’Alger révolutionnaire »
Au fi de son parcours, Elaine Mokhtefi côtoie plusieurs grandes figures de l’histoire révolutionnaire et anticolonialiste, parmi lesquelles Fidel Castro, Ahmed Ben Bella, Houari Boumediene et Ho Chi Minh. Elle transmettra plus tard cette mémoire dans son ouvrage Alger, capitale de la révolution. De Fanon aux Black Panthers, publié en français en 2019. Elle y raconte l’Alger qu’elle avait connue au lendemain de l’indépendance, devenue un point de convergence pour les mouvements de libération et les militants anticolonialistes du monde entier. L’obtention de la nationalité algérienne en 2025 aura ainsi constitué l’aboutissement symbolique d’une histoire commencée plusieurs décennies auparavant. Une histoire faite de militantisme, de solidarité avec les peuples en lutte et d’un attachement indéfectible à l’Algérie. L’Association internationale des Amis de la Révolution algérienne, qui préparait son accueil à Alger, a exprimé sa profonde tristesse après sa disparition et présenté ses condoléances à sa famille et à ses proches.
M. Seghilani










































