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Films de super-héros : «Deadpool» va-t-il changer la donne ?

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A Hollywood, tout le monde s’interroge sur la formule magique du succès surprise de ce début d’année, « Deadpool ». C’est James Gunn qui a lancé la charge, la semaine passée. « Dans les prochains mois, vous verrez Hollywood comprendre de travers la leçon à tirer de Deadpool. Ils vont donner le feu vert à des films « comme Deadpool » – ce qui ne veut pas dire « bon et original », mais « un film de super-héros grivois » ou « brisant le 4e mur ». Ils vont vous traiter comme des imbéciles, ce qui est justement la seule chose que Deadpool ne fait pas ». Le réalisateur des excellents « Gardiens de la Galaxie » sait bien à quel point la formule magique d’un succès surprise peut attirer la convoitise. Et qui, aujourd’hui à Hollywood, ne s’interroge pas sur l’incroyable carton de ce début d’année ?

« Deadpool », dernière adaptation d’un super-héros Marvel, a largement dépassé les modestes prétentions de son petit budget. Le film, porté par Ryan Reynolds à l’écran comme à la conception, a réalisé le double des recettes prévues pour son premier week-end d’exploitation aux Etats-Unis et au Canada. Près de 135 millions de dollars, auxquels il faut ajouter les 150 millions gagnés dans le reste du monde. La Fox, producteur de Deadpool, écrase ainsi les week-ends de lancement des suites de « Captain America », « Thor » ou « Iron Man » – les poids lourds de Marvel, exploités par la maison mère, propriété du concurrent Disney.

DEADPOOL, UN FILM RENTABILISÉ EN UN WEEK-END
Déjà fort du succès des X-Men, le studio entendait doubler son assaut contre l’équipe des Avengers avec le « reboot » des « Quatre Fantastiques », l’an passé. Un échec retentissant. Ironie de l’histoire, la Fox a produit trois films sur le populaire quatuor (lui aussi issu des comics de Marvel), pour deux succès en demi teinte et un énorme bide ; mais elle a traîné les pieds pendant dix ans avant de lâcher 50 malheureux millions (oui, c’est beaucoup, mais c’est moins de la moitié du budget du dernier “Fantastic Four”…) à Ryan Reynolds et ses copains pour Deadpool. Un film rentabilisé en un week-end. Le succès commercial de Deadpool s’accompagne d’un enthousiasme certain de la critique, qui accueille avec soulagement l’irrévérence et la décontraction de cet anti-héros. Là encore, la comparaison avec les “Quatre Fantastiques” est révélatrice. Personnages sous-développés, rythme lent, ambiance lourde, le film de Josh Trank était une histoire de super-héros qui ne voulait pas dire son nom, l’adaptation sombre d’une bande-dessinée plutôt joyeuse, un traitement pseudo-réaliste à la Nolan, le talent en moins, la crise d’ado en plus.

LA VIOLENCE N’EST PAS LA SOLUTION…
« Deadpool » en est l’exact opposé : un film de super-héros assumé, sans prétentions malvenues, fait par des fans pour des fans, en se jouant des codes du genre, certes, mais en préservant l’action et l’aventure. Surtout, son personnage est au cœur du film, et reste fidèle à son esprit – en l’occurrence décalé, salace et violent. D’où le pari du « R ratings » – le classement obligeant les mineurs à être accompagnés d’un adulte au cinéma – pourtant considéré comme un gros risque par les studios qui visent le public familial.
Que vont faire les studios de tout cela ? Le premier signe n’est pas encourageant, et semble déjà donner raison au réalisateur des « Gardiens de la Galaxie ». Selon la presse spécialisée hollywoodienne, la Fox cherche déjà à capitaliser sur son bon coup en visant ce même « R ratings » pour le prochain « Wolverine ». Pour mémoire, les deux précédents opus consacrés à l’homme aux griffes d’acier étaient assez mauvais. Ils auraient peut-être pu bénéficier d’un traitement moins consensuel – plus fidèle à l’esprit violent du personnage. Les deux films auraient bénéficié, plus encore, d’une meilleure réalisation, d’un meilleur script, et de meilleurs personnages.
On évoque aussi une nouvelle adaptation, classée R, du violent Spawn. De son côté, DC Comics, maison de Batman et Superman qui a choisi un traitement cinématographique plus sombre pour se démarquer de son éternel rival Marvel, pourrait également s’engouffrer dans la brèche du « R ratings ». Pourtant, ici comme ailleurs, la violence ne règle rien. Surtout pas les films mal écrits et déjà vus. Une des clés du succès de « Deadpool » est d’avoir suivi la voie ouverte par les « Gardiens de la Galaxie » en 2014, puis en 2015 par « Ant-Man ». Celle du film de « super-anti-héros », mettant en scène les aventures de marginaux rigolos, remplaçant par des sourires en coin les mâchoires carrés de Thor et Wolverine. En somme, la voie du contre-pied, à l’heure où les films de super-héros domine non seulement le box-office, mais aussi la culture pop.
James Gunn ne dit pas autre chose : « Deadpool a fait son propre truc. Voilà ce à quoi les gens réagissent. C’est original, bien foutu, fait avec amour par l’équipe du film, sans peur de prendre des risques ». Et le cinéaste – qui prépare le « Volume 2 » des aventures de Star-Lord, Gamora, Rocket, Groot et Drax – de prendre son film pour conclure sur une note plus optimiste : « espérons qu’au milieu de tout cela, il y aura un studio ou deux qui auront compris la leçon – comme la Fox l’a retenue des ‘Gardiens de la Galaxie’ avant de donner le feu vert à ‘Deadpool’ – en se disant : ‘et si on donnait au public quelque chose qu’il n’a pas déjà vu ?' »

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