Faiblesse pluviométrique : une perte de 35 % des prévisions agricoles dans la Capitale

La Capitale a enregistré une perte de l’ordre de 35% en prévisions agricoles par rapport à la moyenne normale des trente années (1961 à 1991), suite au déficit en matière pluviométrique de l’année 2015, avec tout ce que cela pourrait impacter négativement sur le rendement agricole, qui reste, lui, à quantifier par les agronomes, et à patienter à la fin de l’hiver pour en jauger de la fiabilité des constats. L’annonce, à caractère estimatif, a été faite par Brahim Ihaddaden, directeur général de l’Office national de la météorologie (ONM), invité du Forum d’El-Moudjahid, ce dimanche. Prenant soin, comme sa subordonnée, météorologue de son état, Benrekta Houria, de faire le distinguo entre sécheresse agricole, sécheresse pluviométrique et sécheresse hydrologique, que, souvent, les médias mettent dans le même panier à crabes, celui même qui induit des conséquences néfastes sur la psychologie notamment des catégories professionnelles, dont la survivance dépendrait d’une goutte de pluie ou d’un flocon de neige, l’invité du Forum ne s’avance pas trop dans un domaine ne faisant pas partie de ses prérogatives. Il se limitera donc à mettre en relief le déficit, annoncé en haut de l’article, uniquement pour Alger, précisant que les prévisions en la matière se font par région. La météorologue a, pour sa part, mis en exergue le fait que parler de sécheresse, si on ne prend en compte les trois fragmentations précitées, relèverait d’une vastitude dans la terminologie qui ne sert pas convenablement le secteur, et partant, le citoyen lambda. Elle expliquera que les prévisions agricoles couvrent la période d’août, alors que les prévisions météorologiques concernent la période s’étalant du 1er janvier au 1er décembre. Parler, selon elle, de sécheresse météorologique est faux. Car, d’une région à une autre, des disparités en la matière existent, contribuant ainsi à assurer un certain équilibre. La pluviométrie caractérisée par une variabilité et une discontinuité, facteurs qui épargnent aux observateurs de trop généraliser l’évaluation. « On peut dire qu’en 2010 et 2011, on a enregistré un déficit pluviométrique. En 2015, ça varie d’une région à une autre et d’une période à une autre. Pour le deuxième cas, les mois d’octobre et de novembre, force est de constater que la norme en la matière a été largement dépassée. Nous avons eu un décembre doux et un été normal. En juillet, surtout durant le Ramadan, de forts taux d’humidité, en moyenne plus de 60%, ont été enregistrés provoquant de fortes sensations de chaleur », dira-t-elle. Au passage, l’intervenante assurera les agriculteurs sur le fait d’éviter de trop tirer des conclusions liées aux appréhensions d’une baisse de production, car l’hiver n’est pas encore terminé, tout autant que les prévisions, du moins à partir de ce mardi, annoncent un temps pluvieux et enneigé. Il n’en demeure pas que, selon les statistiques mondiales, l’année 2015 a été la plus chaude depuis « les premiers relevés météorologiques de l’Humanité », nuance la météorologue, enregistrant une moyenne de 0.7 degrés Celsuis, ceci constitue la température moyenne de la surface de la terre. Cette baisse n’est pas forcément ressentie par le commun des mortels, explique-t-elle.

La pluie en manque, c’est aussi le Maroc !
Le déficit chronique en matière de pluviométrie à l’Ouest du pays est du, selon Houria Benrekta, à la position géographique de cette région, mais surtout à la présence du détroit de Gibraltar et à l’Atlas du Maroc. L’air asséché qui se dégage de celui-ci retarde provoque de la sécheresse aux alentours. D’où les températures les plus hausses, en moyenne, enregistrées au niveau de quelques wilayas de cette région, de l’ordre de 45 degrés Celsius, notamment à Chlef, Mascara et Relizane. Pour sa part, la forte pluviométrie caractérisant la région Est du pays contribue, elle, selon Benrekta, à garantir un certain équilibre météorologique.

ONM : acquisition de 8 stations d’aide à la navigation aérienne
Dans le souci d’augmenter le rendement d’observation de l’ONM, une Entreprise publique à caractère administratif (EPA), créée par l’ordonnance du 75-25 du 29 avril 1975, devenue Entreprise publique à caractère industriel et commercial (EPIC) à vocation scientifique et technique, conformément au décret 98-258 du 25 août 1998, il a été élaboré un Plan de développement pour 2016-2017 comportant l’acquisition de 8 stations d’aide à la navigation, destinées à la dotation des aéroports du pays, quis’ajoutent aux 10 déjà fonctionnelles. D’ici la fin de l’année prochaine, tous les aérodromes du pays en seront ainsi renforcés par ces structures stratégiques, indique Brahim Ihaddaden, le DG de l’ONM. La finalité serait aussi de rentabiliser l’ONM, dont 85% des recettes proviennent du domaine aérien, l’Entreprise nationale d’aéronautique (ENA) étant le client numéro un. Les 15% restant sont générés par la météo (10%) et des subventions et d’exploitations issues des pouvoirs publics. Quelques organes de presse, L’ENTV, Ennahar et Dzair News figurent parmi les clients conventionnés avec l’ONM.
Le renforcement logistique ne s’arrête pas la, car il est aussi annoncé, outre les 206 postes climatologiques opérationnels et les 40 installés en 2014, l’installation de 40 autres. Un cahier de charges élaboré récemment prévoit aussi le lancement de 40 postes, auxquels viendront se greffer 50 autres dont l’étude est en cours. L’objectif, selon Ihaddaden, est de concrétiser un investissement d’automatisation d’observation. D’ailleurs, l’observation est le cœur du métier de l’ONM, qui compte 81 stations professionnelles météorologiques essaimées à travers 6 directions régionales, Centre (Alger), Ouest (Oran), Est (Constantine), Sud-est (Ouargla), Sud-Ouest (Béchar) et Sud (Tamanrasset). L’Algérie dispose de deux stations techniques à K’sar Chellala et à l’Assekrem à Tamanrasset. Le second est destiné à l’observation du gaz à effet de serre, faisant partie de 28 stations à l’échelle mondiale et la deuxième en Afrique, basée au Kenya, à s’intéresser à ce créneau. D’ailleurs, l’Organisation mondiale de la météorologie (OMM) y veille à son bon fonctionnement.
Depuis 2006, l’ONM a, indique son Dg, assuré son autonomie après avoir été locataire chez Météo France, date à laquelle, elle a aussi rejoint un Consortium méditerranéen regroupant 15 pays. Augmenter les capacités d’observation, actuellement estimées à 10 milliards d’opérations par seconde, assurant une fiabilité dans les prévisions de l’ordre de 85%, est l’une des perspectives de l’ONM, indique Ihaddaden. Dans le même contexte, la météorologue déclara l’existence de deux méthodes de prévisions, déterministe, fiables à 90%, à moyenne échéance, 5 jours au maximum, et une deuxième, probabiliste, pouvant aller d’un mois à une saison. Au sujet du Bulletin météorologique spécialisé BMS, elle dira que son existence remonte aux années de lancement des prévisions, mais que le public n’en a pris connaissance que suite à la projection sous les feux de la rampe des dégâts climatiques de la décennie, telles les inondations (Bab El Oued en 2001, faisant 1000 morts, et celles de Ghardaia, plus de 30 morts), les pluies torrentielles, le débordement des oueds, etc.

Intégrer la donnée météorologique dans le management des entreprises
C’est ce qu’ont recommandé les deux intervenants de ce Forum. L’objectif n’étant pas justement de faire rentrer beaucoup d’argent en la promouvant, comme nuancé par le Dg de l’ONM, mais de perdre moins à l’issue d’une catastrophe naturelle. La prise de conscience qui y est liée a été déjà relevée, traduite par l’afflux des entreprises notamment étrangères vers l’ONM, pour établir une convention leur permettant d’avoir droit au BMS dans les délais requis. Déjà pour répondre aux besoins sans cesse grandissants des opérateurs économiques, publics et privés, un Conseil scientifique a été mis en place par l’ONM, avec le concours de l’université de Bab-Ezzouar, l’Institut algérien hydrométéorologique de formation et de recherche d’Oran. Ceci ne semblait pas suffisant pour s’adapter et prévenir les conséquences pouvant survenir à tout moment, tout autant que les prévisions ne sont transmissibles que seulement 24 heures avant, notamment celles découlant des catastrophes naturelles ou changements climatiques. Concernant ce deuxième point, l’Agence nationale des changements climatiques, ANCC, a été crée en 2014, et dont le rôle est différent de celui de l’ONM, même si il converge dans la même finalité, à caractère intersectoriel, qui est celui d’atténuer des impacts liés aux changements climatiques sur la vie des citoyens et des entreprises.
Zaid Zoheir