«Djeïch chaâb khawa khawa, Gaïd Salah ma3a ech-chouhada»

Par Ali El Hadj Tahar

Il a fallu à peine 10 mois aux jeunes Algériens pour comprendre ce qu’est un général, puis à sa mort, de comprendre que cet officier est un grand héros car il a réussi à éviter le pire au pays en tenant deux grandes et difficiles promesses : réussir l’élection présidentielle et permettre au Hirak de défiler librement sans qu’une seule goutte de sang ne soit versée.
Ce que l’Algérie a vécu hier est unique dans l’histoire de l’humanité : un soldat sans aucun poste politique gratifié de l’un des enterrements les plus grandioses de l’histoire contemporaine. Gaïd Salah n’est pourtant pas une de ces figures adulées des partis uniques, et n’a donc point obtenu sa stature par le culte de la personnalité. De plus, il y a à peine quelques mois, il était un illustre inconnu pour la quasi majorité du peuple, notamment pour ces centaines de milliers de jeunes qui ont suivi le cortège mortuaire, en courant, criant : « Djeïch chaâb, khawa khawa, Gaïd Salah ma3a ech-chouhada ».
Cette foule est la preuve vivante, par millions, que le défunt a symbolisé ce roc, une ANP unie, sur lequel s’est fracassé le complot qui a visé le pays, car comme en Libye, le malheur était caché derrière une option autre que la voie constitutionnelle. L’institution militaire, dont le chef est l’incarnation, était en ces moments difficiles, la seule quasiment bien debout ; et c’est elle qui a sauvé le pays d’un grand péril, si ce n’est de la destruction.
Ce qui s’est passé hier est donc unique dans l’histoire de l’humanité, car aucun général, quel qu’il soit, n’a eu pareilles funérailles.
Un grand général est supposé devenir célèbre par ses batailles, par ses victoires sur les champs de batailles. Le champ de bataille de Gaïd Salah est une crise politique grave, et sa victoire est d’avoir déjoué un piège immense de déstabilisation sans qu’une goutte de sang ne soit versée.
La transformation d’une bénigne démission d’un président en une crise politique grave aurait pu mener à la fitna, peut-être même à des velléités de sécession ou de destructions à coups de canons comme cela arrive en Libye. Grace à lui, l’ANP a gagné une guerre livrée contre le pays, et les millions qui ont marché derrière le cortège ont, dès le début, compris cette équation.
Consciente des enjeux, la majorité des Algériens est restée attachée à son Armée et à son chef, ce qui a permis d’éviter des dérapages, et au pays de ne pas sombrer dans l’inconnu, si ce n’est le chaos.
Grâce à Gaïd Salah, les forces de l’ordre ont fait preuve de retenue et de professionnalisme, et à la providence de faire en sorte que l’irréparable n’ait pas lieu, cette étincelle qui aurait mis le feu aux poudres. Grâce à lui, le peuple a pu prouver que le vote est la seule voie pacifique de renforcement de la démocratie.
Cette réussite a pu cimenter plus que jamais les Algériens à leur armée, et donné la preuve que cette Institution est partie intégrante du peuple, et vice-versa. Mais hier, une véritable soudure a eu lieu, qui a subjugué la planète. Comment une Armée peut-elle être à ce point adulée ? Le général était pourtant un parfait inconnu pour les millions de personnes, quelle est alors la relation secrète qui lie le peuple algérien à son armée ?
Hier, l’ANP a prouvé qu’elle est l’une des très rares, si ce n’est la seule armée populaire nationale au monde, dont la philosophie est issue du peuple, et dont tous les éléments, officiers ou simples soldats, sont issus du peuple et attachés aux mêmes principes novembristes de progrès et de souveraineté. Et ce n’est pas pour rien qu’on entendait les jeunes scander certains slogans contre l’ancienne puissance colonialiste. Cette jeunesse, composante majoritaire du cortège, a accompagné l’un des enterrements les plus émouvants ; et les derniers des héros : Boumediene, Mandela, Nasser ou Arafat, n’ont pas connu une foule pareille.
C’est un symbole de l’Algérie que des millions ont accompagné à sa dernière demeure, afin de montrer leur attachement aux Institutions du pays, garantes de son avenir.
A. E. T.