Coupure des réseaux sociaux : les abonnés pris en otages

Les abonnées d’Algérie Télécom, ainsi que les opérateurs de téléphonie mobiles sont pris en otages depuis le lancement des épreuves du Baccalauréat.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, les Algériens sont, depuis samedi soir, coupés du monde, et ce, suite à la coupure subite des réseaux sociaux, et parfois même de l’intégralité du réseau. Facebook, Twitter, Instagram, Viber, Whatsapp, Skype etc : ont juste été coupés par les pouvoirs publics qui n’ont pas jugés utile de communiquer quant aux raisons de cette coupure laissant les clients livrés à leur sort.
Comme il était prévisible, la coupure intervient pour faire face aux fuites des sujets du Bac partiel qui a débuté hier. Mais hélas, en aucun cas les opérateurs ne se sont pas exprimés pour fournir des explications à leurs clients qui se plaignent parfois de la coupure intégrale du réseau d’Internet et non seulement des réseaux sociaux. Dans le même sillage, il est regrettable que ni le ministère de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication, ni l’Autorité de régulation de la poste et des télécommunications (ARPT) n’ont fourni des explications quant aux raisons et à la durée de la coupure, même si selon des sources concordantes, celle-ci devrait durer jusqu’à jeudi. Seule une dépêche de l’agence de presse algérienne (APS) a commenté l’acte inédit en affirmant que cette « coupure des réseaux sociaux a une relation directe avec les examens partiels du baccalauréat qui débuteront demain dimanche ». L’APS qui cite une source du secteur de la Poste et des Technologies de l’information et de la communication, a indiqué que la décision a été prise « surtout pour protéger les candidats du baccalauréat de la publication de faux sujets de cet examen sur ces réseaux ». Malheureusement, les auteurs de cette décision n’ont pas suffisamment pris en compte les dégâts financiers qui seront occasionnés aux start-up et entreprises algériennes qui développent des activités rémunératrices et génératrices d’emplois sur ces réseaux. Par ailleurs, dans tout le pays, les cybercafés, dont le nombre a explosé ces dernières années, et où les jeunes veillent jusqu’au milieu de la nuit pour chatter ou se livrer à des jeux en ligne, essentiellement durant le Ramadhan, ont dû fermer leurs portes.
En effet, lors d’une virée effectuée dans une vingtaine de cybercafés dans les différents quartiers de la capitale, le scénario était quasi le même, la plupart de ces commerces n’ont pas jugé utile d’ouvrir. Les quelques uns qui ont préféré travailler, hier, nous ont affirmé que les pertes sont colossales, réclamant ainsi, leur indemnisation.
« Nous sommes bloqués, nous ne recevons plus de clients. La soirée d’hier, les jeunes ont déserté la salle, or, à l’accoutumée il est difficile de trouver un poste pour se connecter », témoigne Amir prioritaire d’un cyber café sis à Hussein Dey qui n’a pas caché son ras-le-bol. «Ils nous ont même pas averti », s’exclame-t-il. Par ailleurs, évoquant les pertes, il nous dira qu’il doit payer le loyer. « Vous imaginez 5 jours sans revenus. Comment je fais pour payer le loyer et les factures », signale-t-il.
Pour sa part, Merouane gérant d’un cyber dans la localité d’Alger Centre a affirmé que Algérie Télécom doit assumer sa responsabilité. « Je m’en fiche que ce soit à cause du Baccalauréat, tout ce que je sais, c’est que je dois travailler. Ils ne font que nous ruiner », déplore-t-il, estimant que la culture de la responsabilité n’est pas de vigueur dans notre pays.
Du côté des citoyens, les avis étaient plutôt partagés. D’un côté la catégorie qui soutient la coupure afin de préserver la crédibilité de cet examen crucial et de l’autre la catégorie qui parle de désagrément.
«J’ai l’impression d’être revenue à la préhistoire», ironise Hassiba, une biologiste qui fait ses recherches sur internet. «Je me sens comme un fœtus à qui l’on a coupé le cordon ombilical», se désespère Mohamed, un banquier. En effet, ces derniers ont été victimes d’une coupure intégrale du net. Nawal, regrette quant à elle de « faire les frais de quelques fraudeurs au baccalauréat » dénonçant « une solution de facilité » derrière cette coupure.
Quant à Fatma, mère de famille, dont le fils passait les épreuves, hier, la décision prise est sensée. « Lors de la précédente session, mon fils était déstabilisé par le flux de faux sujets qui circulaient sur les réseau sociaux. Au moins cette fois il fera mieux de se concentrer sur la révision », nous attesta-t-elle. Contacté par nos soins, la direction de la communication au sein d’Algérie Télécom a refusé de s’exprimer quant au dossier, affirmant que la décision est intergouvernementale et dépasserait l’opérateur public.
Notons enfin que le téléchargement des VPN, des logiciels et applications qui permettront de contourner ce blocage, a été désactivé.
Lamia Boufassa