Coronavirus et obscurcissement probable de l’horizon économique

Les marchés mondiaux ont vécu un lundi noir. Les principales Bourses européennes se sont écroulées, avant-hier à la clôture, en proie à la panique face à la progression de l’épidémie du coronavirus et à l’effondrement historique du marché du pétrole. Le CAC 40 a perdu 8,39 %, la Bourse de Francfort, 7,94 %, celle de Londres, 7,69 %, celle de Madrid, 7,96 %, tandis que celle de Milan finit, elle, sur une dégringolade de plus de 11 %. Depuis le début de l’année, les grandes places européennes ont perdu entre 18 et 20 %. Le Nikkei japonais a reculé de 5,07 % et à Wall Street les transactions n’ont pas été plus heureuses, puisque l’indice Standard & Poor’s 500 a chuté de plus de 7 %, le Dow Jones de 7,79 % et le Nasdaq de 7,29 %. Il s’agit de la plus lourde dégringolade sur une séance en plus de onze ans. Par contre, les Bourses de Chine continentale ont terminé sur des baisses d’à peine de 3 %, et Hongkong a plongé de plus de 4 %. Cet effondrement des bourses suit celui des prix du pétrole brut sur les marchés mondiaux, après l’échec des négociations entre l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et la Russie. L’or noir a donc connu lundi sa pire chute depuis la première guerre du Golfe en 1991, en diminuant de plus de 30 % en Asie.
Selon Shen Zhengyang, analyste du courtier Northeast Securities, « L’épidémie a contaminé l’atmosphère des marchés. », devenant un « catalyseur » des faiblesses et « contradictions » de l’économie mondiale. Les menaces peuvent être plus grandes car les marchés redoutent une débâcle de l’économie réelle. Les analystes de Moody’s expliquaient lundi, quant à eux, que « les risques de récession mondiale ont augmenté. (…) Un recul prolongé de la consommation, en plus de fermetures prolongées d’entreprises, attaquerait les bénéfices, conduirait à des suppressions d’emplois et pèserait sur le moral » des opérateurs économiques. Les quarantaines instaurées en Chine, en Italie, en France ont induit des reculs de production dans de nombreux autres pays à cause de l’épidémie. Ils font craindre une débâcle de l’économie réelle, pendant que l’épidémie est en train de désorganiser les chaînes de production sur toute la planète, clouant des avions au sol, provoquant l’annulation de centaines de salons professionnels, plombant le secteur du tourisme, figeant les déplacements, le commerce et les échanges. Les courtiers, quant à eux, craignent que les pertes essuyées en Bourse ne conduisent à un assèchement du financement de l’économie réelle, comme cela s’est passé lors de la crise financière de 2008.
L’Allemagne, considérée par les économistes comme l’un des pays les plus vulnérables de par son économie fortement axée sur l’exportation, risque d’être très touchée sur le plan économique, d’autant qu’elle enregistre 1 112 personnes atteintes du virus, et dont la population vieillissante est très vulnérable. Le Japon, estiment les experts, se dirige tout droit vers une récession caractérisée par une contraction du PIB pendant au moins deux trimestres d’affilée. Le pays du Soleil Levant n’aurait pas connu pareille situation depuis 2015. En France, l’impact de l’épidémie sur la croissance de l’économie sera « de plusieurs dixièmes de points de PIB » (produit intérieur brut), a averti le ministre de l’économie, Bruno Le Maire. Aux États-Unis, qui ont enregistré plus de 520 cas d’infection dans 33 états touchés, la situation n’est pas plus réjouissante, d’autant que la chute du prix du pétrole risque de mettre beaucoup de producteurs de pétrole et de gaz de schiste sur le carreau.
L’Algérie, qui est le 18e producteur de pétrole, le 10e producteur de gaz naturel et le 6e exportateur de gaz naturel au monde, est aussi l’un des pays les plus fragiles, et il est à espérer que l’État autant que le peuple seront à la hauteur des grands défis qui risquent d’obscurcir l’horizon.
A.E.T.