Clignotants économiques au rouge mais de nombreux atouts…

Dans son premier discours, prononcé le jour même de son investiture, le président de la République a été très clair. Dans le domaine économique, il a réitéré sa volonté de mener des réformes, réduire les impôts pour les créateurs de richesses et d’emplois, relancer la production…
La situation est grave et tous les opérateurs économiques ne cessent de lancer des SOS. Le dernier en date est le président du Forum des chefs d’entreprises (FCE), M. Sami Agli, qui a déclaré que «650 000 emplois sont perdus à cause de la crise économique». M. Agli fait état du «sinistre» de 60% du tissu économique. «La quasi-totalité des industries sont aujourd’hui à l’arrêt», a-t-il ajouté, en précisant que le BTPH est le plus touché. M. Tebboune, quant à lui, a déjà relevé que le secteur industriel tout entier est réduit à peau de chagrin avec à peine 5% du PIB alors que cette part était de 20% avant 1999. Or il n’y a pas de développement sans ce secteur, qui a également connu une réduction drastique de la part du domaine public. D’autres chiffres donnent la chair de poule : les réserves de change du pays sont en train de fondre. Les banques suffoquent car les liquidités se font rares. L’Algérie ne s’équipe plus, n’investit plus, n’achète que le strict nécessaire ou presque… Le tableau de bord clignote de partout. La croissance du PIB a touché le fond : 1,5% seulement durant les premiers mois de l’année en cours, soit le niveau le plus bas depuis 20 ans. L’activité dans le domaine des hydrocarbures a reculé en 2019, de-7,7% au premier trimestre alors qu’elle était de -2% durant les 3 premiers mois de 2018, donc nous avons eu au moins deux années consécutives de régression…
Sans changements notoires, la cessation de paiement risque de frapper dès la fin 2021 ou début 2022, disent les spécialistes, avec des conséquences très graves, pas seulement sur le plan politique et sécuritaire mais économique : boulangeries vides ;
pharmacies vides, épiceries vides puisque nous importons presque tout ce que nous consommons. L’Algérie tire 98% de ses recettes de la production gaz-pétrole.
Or la régression de notre production d’hydrocarbures semble constante, et il semblerait que dans peu de temps, le pays ne pourrait plus exporter son gaz, afin de pouvoir couvrir une demande nationale de plus en plus grande. Pour assombrir le tableau, des centaines d’entreprises ont fermé en 2019, faute de projets, de commandes. Des milliers de travailleurs sont à l’arrêt ou ont été carrément licenciés.
L’aggravation de la situation économique est causée par l’instabilité et l’absence de décisions issues de la crise politique. Ceux qui manipulent le Hirak post-Bouteflika savent bien cela. Ils veulent pousser l’Algérie contre un mur. M. Tebboune a beaucoup d’atouts en main pour redresser la situation. Ces atouts sont ceux de l’Algérie et de ses richesses humaines et naturelles. Mais pour que le traitement soit appliqué avec efficacité, il faut la volonté de tous.
Ainsi, la réponse positive à l’appel au dialogue lancé par le Président est un acte citoyen qui doit montrer que l’Algérie est au-dessus de toutes les considérations, politiques ou politiciennes, car il s’agit du pain des citoyens, en plus des problèmes sécuritaires et de déstabilisation que les perturbations internes pourraient faciliter ou engendrer. En outre, les forces patriotiques doivent alléger la pression sur les forces de sécurité et celles de l’ANP afin qu’elles se chargent de leurs missions de lutte contre la criminalité, de surveillance des frontières et du territoire, à un moment où le feu en Libye, au Niger ou au Mali nous menace, nous aussi.
Par Ali El Hadj Tahar