Berkani Bekkat

Bekkat Berkani : « Une cellule de crise ne peut pas gérer la situation »

Il y a un avant et un après concernant le coronavirus et son impact sur l’Algérie qui, comme pratiquement tous les pays du monde, n’était pas à l’abri de la menace virale, apparue en Chine fin décembre 2019. Bien que les autorités du pays aient pris la prudente mesure de faire face à la menace avant la confirmation du premier cas positif au Covid-19, le 26 février dernier, sur un ressortissant italien, hier encore, deux nouveaux cas ont été annoncés dans la wilaya de Blida. Et la situation est loin d’en exclure l’apparition d’autres cas, à entendre parler le docteur Mohamed Bekkat Berkani, invité hier du Forum du Courrier d’Algérie. Et pour cause, « aucun pays n’est à l’abri » et il n’y a qu’à voir la proximité de notre pays avec ses voisins de la Méditerranée, qui pour ne citer que la France, l’Italie et l’Espagne, chaque jour que Dieu fait, enregistrent de nouveaux cas dont une partie finit, malheureusement par succomber à l’épidémie. Mais, la situation est-elle pour autant inquiétante pour notre pays  ? Les autorités doivent-elle renforcer davantage les mesures de veille et de prévention au niveau des accès frontaliers ? Se sont-elles adaptées au développement de l’épidémie maintenant que l’on « commence » à en connaître des cas  ? C’est à toutes ces questions, en plus d’autres plus ou moins apparentes pour le grand public, auxquels réserve l’orateur, pour résumer, une règle basique : « Mieux vaut prévenir que guérir », pour paraphraser le président du CNOM, qui n’en fait pas spécialement cas du coronavirus alors que d’autres soucis de santé, tel que l’évolution du cancer en Algérie, qu’il faudrait tout autant «  prendre très au sérieux  ». Autre invité qui a fait son passage du Forum sur la même question, le Professeur Mustapha Khiati qui dira le 5 février : « qu’il n’y a pas de problème tant qu’il n’y a pas de cas ». « loin de toute Panique, on aura d’autreS caS de covid-19 » Maintenant qu’on en a enregistré, n’y a-t-il pas lieu de se pencher dans une démarche plus minutieuse  ? En tout cas, pour le docteur Berkani, le coronavirus ne tue pas plus que d’autres épidé- mies. Ce n’est donc pas « deux cas qui vont tuer l’Algérie », « loin de toute panique, on en aura encore d’autres  », explique l’orateur, pour qui la difficulté du virus réside dans le fait qu’une personne non-malade mais porteuse du virus «  peut contaminer un autre sujet sain  ». Lorsqu’encore il suggère de suivre minutieusement le parcours de la personne atteinte du virus ; histoire de neutraliser toute menace de sa propagation, sachant que les spécialistes parle d’un niveau de contamination élevé (1 pour 14 personnes). Globalement, en tout cas, le président du CNOM préconise la mise en place d’un organe de veille sanitaire, qui, indépendant de la décision politique et renferme des spécialistes de la profession médicale, aura à gérer de telles situations épidémiologiques d’urgence et bien d’autres, pour une entité qui devra «  instruire les autorités  » de ce qu’il doit être décidé. Et pour cause, quand bien même il y a «  volonté de faire  »- comme ce clin d’œil qu’il adresse au Dr Djamel Fourar de la prévention au ministère de la Santé- les autorités sanitaires ne peuvent pas à elles seules gérer une telle situation avec «  une cellule de crise  ». Et comme pour ne pas pousser encore à une situation de panique qui ne servira à rien, si ce n’est de suivre une hygiène quotidienne stricte consistant en le lavage fréquent des mains comme exemple, Docteur Berkani qualifiera le coronavirus comme «  un orage qui passe, mais qui doit faire le minimum de dégâts », renvoyant à ce titre à l’apparition surprise du choléra en Algérie, à l’été 2018. Interrogé quant à la possibilité de fabriquer un vaccin contre le Codiv-19, l’invité du Forum estime que son développement peut prendre entre 6 mois et un an avec des coûts qui peuvent atteindre des millions de dollars. Toutefois, explique-t-il, l’enjeu réside ailleurs. Car, « après la disparition du Coronavirus, que fera-t-on des vaccins  ?  », s’est-il interrogé comme pour renvoyer au souci de pertes économiques auxquelles pensent les concepteurs.
Farid Guellil