Forum Bekkat Berkani

SITUATION DÉPLORABLE DE NOS HOPITAUX : « L’État doit assurer la sécurité sanitaire à ses concitoyens »

Évoquant, hier, lors de son passage au Forum du Courrier d’Algérie, la situation générale de la gestion du secteur de la Santé en Algérie, notamment dans les régions les plus reculées et enclavées du pays qui, en plus d’un manque flagrant en infrastructures sanitaires, proprement dites car dépourvues de tous moyens, font également face à la fermeture de centres de proximité déjà existants, le docteur Mohammed Bekkat Berkani, président du Conseil de l’Ordre des Médecins, a assuré que le médecin n’est en fait que le maillon faible d’une longue chaîne allant du simple agent d’accueil aux hautes autorités concernées, en charge du maté- riels nécessaires, en passant par les diffé- rents services administratifs. « Les Algériens ont le droit à la dignité, et l’État algérien doit assurer la sécurité sanitaire à ses concitoyens » a enchaîné M. Bekkat qui s’est également étonné du fait que le pays n’arrive même pas à assurer le million de naissances annuelles. «  On devrait avoir des modèles de santé régionaux pour décentraliser le travail des institutions sanitaires à travers tout le territoire national, non seulement pour l’Institut Pasteur, qui est un laboratoire référent pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), mais également pour toutes spécialités en adoptant une politique préventive pour faire le dépistage localement», a plaidé le spécialiste Bekkat. Le président du CNOM n’est pas, d’ailleurs, allé de main morte, pour accabler les responsables qui se sont succédés au département de la Santé à qui il incombe l’entière responsabilité du chao qui règne dans ce secteur, notamment durant ces dernières 20 années. «  On a connu quinze ministres de la Santé de l’époque de Abdelaziz Bouteflika sans y parvenir à construire un seul hôpital moderne aux normes internationales  », a fait savoir M. Bekkat qui réclame justice pour le pays et le peuple. «  Ils (responsables coupables, ndlr) doivent tous être trainés dans les tribunaux pour leur mauvaise gestion », a-t-il assené.

Plaidoyer pour une « Haute autorité Sanitaire »

Pour la décision du ministère de la Santé concernant la prise en charge des accouchements effectués dans des cliniques privées, M. Bekkat a jugé que le mal est plus profond et que les vraies solutions résident ailleurs et non pas par des fuites en avant. « L’état des maternités publiques dans le pays est vraiment affreux. Mais cette orientation n’apporte pas la solution aux problèmes posés, car ça revient cher au Trésor public, et par ricochet il ne s’agissait réellement que d’une mauvaise solution pour un vrai souci », a répondu l’invité du Forum. M. Bekkat a affirmé que le vrai défi sanitaire que doit affronter le pays n’est pas le coronavirus, mais plutôt les différents types de cancer qui rongent nos concitoyens, qui atteint de cancer de sein, qui du cancer du côlon et qui de celui de la prostate, alors que toutes ces maladies «  sont hautement maîtrisables  » si elles étaient diagnostiquées au préalable, d’où l’importance justement de la prévention. L’intervenant du Forum hebdomadaire a insisté, par ailleurs, sur la nécessité de la création d’une Haute Autorité Sanitaire. Une Autorité indépendante qui sera dotée, selon lui, d’agences de veilles sanitaires régionales réparties à travers tout le pays et dont le rôle essentiel consiste en la prévention et l’orientation du ministère de la Santé. « Si cette instance existait déjà, on n’en sera pas là avec le coronavirus  », a cité à titre d’exemple M. Bekkat, pour expliquer l’importance de cette Autorité Supérieure de la Santé à laquelle s’accroche l’hôte du forum. « En pareil crise, cette Institution devait agir au préalable en informant directement le Président de la République qui, lui, instruit, à son tour, ses ministres, pour faire le nécessaire et faire face à une situation donnée avant que la situation ne s’envenime ; car elle (Autorité) opère dans la prévention », a-t-il suggéré en conclusion à ce chapitre.
Brahim Oubellil