Alors que son chiffre d’affaires a baissé de 43 % : Sonatrach, un bilan mitigé

Comment la Sonatrach pourrait-elle affronter la baisse des cours du baril qui a provoqué une cassure quasi générale des compagnies pétrolières ? Contrairement à la majorité des compagnies qui ont décidé de réduire, sensiblement, leurs dépenses, et d’abandonner certains actifs, le Groupe pétrolier algérien, classé dixième au monde, avait décidé de maintenir son plan d’investissement et d’accroître ses capacités de production.

Aujourd’hui, il est temps de dresser le bilan de cette stratégie qui s’avère plutôt mitigée. Lors du bilan présenté, hier, au cours d’une conférence de presse, présidée par Amine Mazouzi, P-DG du Groupe, celui-ci n’a pas manqué de présenter les points positifs liés à l’accroissement de l’investissement.
Cependant, le bilan de la compagnie évoque une baisse de 43% du chiffre d’affaires à l’exportation, passant de 58,45 milliards d’USD en 2014, à 33,19 milliards d’USD en 2015, le P-DG reste optimiste, en assurant que «sans la baisse des prix du pétrole, enregistrée en 2015, le résultat de Sonatrach aurait été supérieur à celui de 2014». Plus explicite, le P-DG de la première compagnie algérienne a affirmé que la production de pétrole et de gaz de l’Algérie est en train de revenir à la croissance, après des années de stagnation, aidé en partie par la production accrue à de nouveaux puits forés. Cependant, le chiffre d’affaires sur le marché national, incluant la revente de produits pétroliers importés, à été de 297 milliards DA en 2015, en hausse de 4,46% par rapport à 2014. Cette hausse résulte de l’augmentation de la consommation nationale du gaz naturel et des carburants, a expliqué le P-DG. Néanmoins, il a fait savoir que le groupe Sonatrach table sur une augmentation de ses exportations, en hydrocarbures, à 108 millions de tonnes équivalent pétrole (TEP) en 2016 contre 98,1 millions TEP en 2015, soit une augmentation de 10%. Dans sa présentation, Mazouzi a affirmé que les résultats enregistrés sur les 5 premiers mois de 2016 «sont en parfaite harmonie avec les objectifs ambitieux que Sonatrach s’est fixés pour 2016, et qui répondent à un seul souci qui est le retour à la croissance au niveau de Sonatrach». Par conséquent, il n’a pas manqué d’assurer que l’augmentation des capacités de production sera «effective à partir de 2017 grâce aux investissements significatifs consentis». «L’ère de stagnation est derrière nous, et nous sommes maintenant dans une phase de croissance», s’est félicité Mazouzi en présence du nouveau ministre de l’Énergie, Noureddine Bouterfa. Sonatrach, cependant, a investi pour stabiliser et augmenter la production de ses grands champs matures, et prévoit d’apporter cinq nouveaux gisements de gaz en ligne dans le Sud du pays, au cours des prochaines années. Ainsi, la production de gaz devrait atteindre 141,3 milliards de mètres cubes en 2017, 143,9 milliards de mètres cubes en 2018, 150 milliards de mètres cubes en 2019 et 165 milliards de mètres cubes en 2020, selon le document de Sonatrach. Dans ce sillage, le P-DG a expliqué que «sur le segment de la production du gaz naturel, Sonatrach a dépassé l’objectif de production en effort propre de 2015 de 2,14 milliards de m3».

Légère baisse de la production en hydrocarbures primaires en 2015
D’autre part, en dépit de son optimisme, le P-DG de la compagnie pétrolière a fait savoir que la production de Sonatrach en hydrocarbures primaires a enregistré une légère baisse, s’établissant à 191 millions de TEP tous produits confondus en 2015, contre 195,2 millions de TEP en 2014. Néanmoins, cette production réalisée a représenté 99,3% de l’objectif du plan de 2015, a précisé Mazouzi. Afin d’expliquer cette baisse, il dira que celle est due à «l’effet combiné du glissement de certains projets avec le déclin naturel de certains gisements matures». Selon lui, la production de 2015 aurait été de 192,5 millions de TEP (plus de 100% des objectifs) sans les arrêts pour révision triennale au niveau des gisements gaziers importants programmés. S’agissant de la production primaire du gaz naturel en 2015, elle a dépassé de 2,14 milliards m3 l’objectif de production en effort propre.
Ce qui a permis de compenser un manque de production primaire réalisée en association avec les compagnies étrangères, qui est de l’ordre de 2,39 milliards m3, dû principalement aux reports à 2016 de la mise en service du projet de compression d’In Amenas et de la mise en service des gisements sud d’In Salah phase 2. Tout en expliquant à ce propos que la chute erratique des prix du pétrole depuis 2014 n’a pas eu d’effet négatif sur la production primaire. «Nous nous attendons à un retour de croissance important de la compagnie au deuxième semestre de l’année 2016», a-t-il souligné.

Eni va indemniser Sonatrach
Répondant à une question relative au recours à l’arbitrage international, le P-DG a affirmé que la compagnie pétrolière italienne ENI va rembourser la compagnie Sonatrach, après avoir puisé illégalement le gisement de Sif-Fatma. Après avoir réglé ce différend qui a duré plusieurs années, Sonatrach a renouvelé sa confiance en cette compagnie étrangère et a signé, la semaine dernière, une série d’accords d’une valeur de 20 milliards de dollars pour une production pétrolière de 11 milliards de mètres cubes. Il est également question dans ces accords de la prolongation des licences de production du réservoir Rhourde-Ouled-Djemâa (ROD), de ses champs satellites et de trois champs de production situés dans le bloc 403, durant les cinq prochaines années. Pour renflouer son fonds qui devrait prendre en charge le financement des projets de son plan d’investissement 2017-2018, Sonatrach a récupéré plus de 322 millions de dollars de dividendes cumulés ces dernières années. Un supplément de 100 millions de dollars de dividendes devrait atterrir dans les caisses de l’entreprise d’ici la fin du mois de juin en cours, selon le conférencier

« Il y a encore beaucoup de pétrole et de gaz à découvrir »
Abordant la question des potentialités, dont recèle l’Algérie, le P-DG a affirmé que celles-ci s’avèrent très importantes. Même si le nombre de gisements est resté le même en 2015, mais il faut dire que «ce qui reste à découvrir est important», a-t-il assuré. Dans cette optique, il a expliqué que, selon les estimations, les capacités de l’Algérie en gaz naturel seraient le double; or, en matière des huiles, elles seraient multipliées en huit.
Lamia Boufassa