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Des experts chinois sur la tendance au protectionnisme de l’UE : «Le virage réglementaire de l’UE risque de compromettre la concurrence loyale»

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Face à la pression croissante sur le commerce mondial, la direction prise par les principales économies pour relever ces défis déterminera si la coopération se maintient ou si la fragmentation va s’accentuer, selon l’analyse des journalistes de l’agence chinoise Xinhua et experts des questions économiques, Zhang Zhaoqing et Ding Yinghua.
Dans ce contexte, expliquent Zhang et Ding, le projet de loi européen sur l’accélération industrielle et la révision de la loi sur la cybersécurité « témoignent d’un changement de cap plus large, marqué par une tendance au protectionnisme sous couvert de sécurité et de résilience ». Or, ces mesures pourraient nuire à la concurrence loyale et fragiliser la coopération internationale. Ce qui est en jeu, ce n’est pas le droit de réglementer. La protection de la cybersécurité, le renforcement de la résilience industrielle et la garantie de la sécurité de la chaîne d’approvisionnement sont des objectifs politiques légitimes. Le problème réside dans la manière dont ces objectifs sont poursuivis. Lorsque les outils réglementaires s’appuient sur des critères vagues ou non techniques, ou ciblent des entreprises en fonction de leur origine plutôt que de leur comportement, la frontière entre gestion des risques et distorsion du marché s’estompe. C’est important car la Chine et l’UE ne sont pas de simples partenaires commerciaux. Ce sont deux piliers majeurs de l’économie mondiale, profondément interdépendants par le biais du commerce, des investissements et de la coopération industrielle. En 2025, les échanges bilatéraux ont atteint 828,1 milliards de dollars américains, tandis que le premier trimestre 2026 a enregistré une croissance de 17,6 %. Cette interdépendance a longtemps joué un rôle stabilisateur dans un contexte mondial de plus en plus incertain. La loi révisée sur la cybersécurité illustre bien ce problème. Des références à des concepts tels que les « risques non techniques » ou les « fournisseurs à haut risque », si elles ne sont pas suffisamment définies, pourraient ouvrir la voie à des évaluations davantage axées sur des catégorisations politiques que sur des normes de sécurité mesurables. Une fois ce changement opéré, les risques liés à la cybersécurité passeront d’une discipline technique à un instrument d’exclusion économique.

L’analyse d’impact réalisée par la Commission européenne elle-même, selon ces experts « met en lumière l’ampleur du problème »
La chaîne d’approvisionnement européenne en technologies de l’information et de la communication est profondément intégrée et hautement spécialisée. » Obliger les opérateurs à remplacer des fournisseurs performants pour des raisons politiques entraînerait une hausse des coûts, un ralentissement du développement des réseaux et un affaiblissement des capacités d’innovation ». L’analyse d’impact réalisée par la Commission européenne elle-même, selon ces experts « met en lumière l’ampleur du problème. Elle estime la valeur des équipements dits « à haut risque » des réseaux mobiles européens entre 2019 et 2027 à environ 18,5 milliards d’euros (21,7 milliards de dollars), les opérateurs devant par ailleurs supporter des coûts de remplacement supplémentaires de 3,4 à 4,3 milliards d’euros (4 à 5,04 milliards de dollars) par an pendant la transition. Ces coûts pèseraient non seulement sur les entreprises de télécommunications, mais aussi, à terme, sur les consommateurs, les entreprises et la compétitivité numérique européenne. Par conséquent, une politique présentée comme renforçant la résilience peut finir par la réduire. La loi sur l’accélération industrielle pose un dilemme similaire. Elle est présentée comme un outil de relance de l’industrie manufacturière européenne, mais plusieurs de ses dispositions — notamment les exigences en matière de contenu local et les restrictions affectant les investissements de producteurs compétitifs à l’échelle mondiale — risquent d’exclure les entreprises chinoises dans des secteurs tels que les batteries, les véhicules électriques et le photovoltaïque. Ces préoccupations ne se limitent pas à la Chine. Dans des propos rapportés par Politico, le secrétaire d’État britannique au Commerce, Peter Kyle, a averti que l’approche « Fabriqué en Europe » de Bruxelles risquait de transformer le continent en un « boutique fermée », arguant que le protectionnisme freinerait, au lieu de renforcer, le potentiel économique de l’Europe. La transition écologique de l’Europe repose sur des technologies abordables, des chaînes d’approvisionnement efficaces et une coopération industrielle à grande échelle. Les entreprises chinoises ne constituent pas un obstacle à cette transition. Dans de nombreux domaines, elles font partie intégrante de la solution. Limiter leur participation augmenterait les coûts pour les industries européennes et ralentirait précisément le programme de décarbonation que l’UE affirme vouloir accélérer. L’enjeu est également l’engagement de longue date de l’UE en faveur d’un système commercial international fondé sur des règles. Des principes tels que la non-discrimination, la transparence et la proportionnalité sont au cœur de ce cadre. Les approches réglementaires qui semblent s’écarter de ces normes soulèvent des questions de cohérence et de crédibilité. Rien de tout cela ne remet en cause la nécessité d’une réglementation. Cela souligne plutôt l’importance d’une réglementation fondée sur des données probantes, transparente et appliquée sans discrimination. Dans une économie mondiale interconnectée, la résilience se renforce non pas en isolant les chaînes d’approvisionnement, mais en les rendant plus diversifiées, plus efficaces et plus coopératives. Les grandes économies sont confrontées à un choix qui ne se situe pas entre sécurité et ouverture, mais entre des approches renforçant la confiance mutuelle et celles qui accélèrent la fragmentation. Les politiques privilégiant les restrictions unilatérales risquent d’éroder les fondements mêmes qui ont soutenu des décennies de croissance et de coopération. Les relations économiques Chine-UE se sont développées au fil des décennies grâce à un engagement soutenu et à des intérêts communs. La préservation de ces fondements dépendra d’un engagement continu en faveur du dialogue, d’une concurrence loyale et de règles communément acceptées.
R. I.

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