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LES GÉOPOLITOLOGUES BACHIR CHAÏB ET AHMED MIZAB À L’UNISSON : Le dialogue et la coopération au cœur de la nouvelle dynamique algéro-malienne

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Après la visite du premier ministre, Sifi Ghrieb, au Mali, les experts Bachir Chaïb et Ahmed Mizab, soulignent, dans un entretien à nos confrères du quotidien public « Horizons » que la reprise des contacts diplomatiques entre Alger et Bamako doit dépasser le cadre des simples gestes politiques pour instaurer des mécanismes durables de dialogue et de coopération sécuritaire. Cette relation repose sur une nécessité géographique incontournable et sur une volonté mutuelle de stabiliser la région du Sahel dans le respect de la souveraineté.
Rappelant que la visite d’amitié, effectuée lundi 14 septembre à Bamako par le Premier ministre Sifi Ghrieb, chargé par le président de la République Abdelmadjid Tebboune, intervient dans ce contexte de rapprochement. Ghrieb a notamment été reçu par le président malien, Assimi Goïta et s’est entretenu avec son homologue Abdoulaye Maïga.

« La relation avec le Mali n’est pas un choix mais une nécessité géographique »
Pour Bachir Chaïb, enseignant de science politique et spécialiste des affaires africaines à l’université de Skikda, la géographie constitue l’un des principaux déterminants de la relation entre les deux pays. Le message essentiel est que la relation avec le Mali n’est pas un choix mais une nécessité géographique, comme l’a résumé le président Goïta : « L’Algérie et le Mali partagent la géographie ». Dans cette perspective, le renforcement des relations bilatérales revêt également une dimension sécuritaire majeure. « Cette coopération ferme aux groupes armés l’un des corridors les plus dangereux du Sahel, la stabilité malienne étant la première ligne de défense de la sécurité algérienne », estime-t-il.
Selon l’expert, cette visite intervient dans une séquence marquée par une reprise progressive des contacts entre les deux capitales. «Après la fermeture de l’espace aérien en avril 2025, suite à la destruction d’un drone malien près de Tin Zaouatine, celui-ci a été rouvert en juillet 2026, le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, s’est ensuite rendu à Alger le 24 août, avant la visite retour de Sifi Ghrieb le 14 septembre».

«Une étape plus régulière des relations »
Pour Ahmed Mizab, expert en questions sécuritaires, géopolitiques et stratégiques, la portée de cette reprise des contacts dépasse le seul cadre bilatéral. « Cette visite a une portée politique importante, à un moment où la région a besoin de davantage de dialogue. L’Algérie envisage sa relation avec le Mali dans une perspective stratégique, liée à la géographie, à l’histoire et aux intérêts communs, au bénéfice des deux pays et de la stabilité du Sahel. L’Algérie privilégie toujours le dialogue direct, sur la base du respect mutuel de la souveraineté. Cette visite ouvre la voie à une étape plus régulière des relations, fondée sur le réalisme et l’accumulation de la confiance plutôt que sur une gestion ponctuelle. Notre pays agit en vertu de sa responsabilité de voisin directement concerné par la sécurité du Sahel». Cette nouvelle dynamique intervient alors que plusieurs dossiers sensibles demeurent au cœur des relations algéro-maliennes.
Pour Bachir Chaïb, la question de l’Accord d’Alger constitue notamment l’un des principaux défis à relever. « Le cœur du différend est le sort de l’Accord d’Alger pour la paix, signé en 2015 et dénoncé unilatéralement par Bamako en janvier 2024. Parrainé par l’Algérie, il visait «la promotion d’une véritable réconciliation nationale». Il s’agit désormais de construire un nouveau mécanisme de coordination tenant compte de la sensibilité malienne à toute ingérence perçue ». L’expert estime également que les échanges entre les dirigeants algérien et malien doivent permettre de prévenir de nouveaux incidents susceptibles d’affecter les relations bilatérales. « Les discussions Maïga-Tebboune ont porté sur le dialogue direct, le respect mutuel et la souveraineté de chaque État. L’Algérie n’est pas une partie prise de la crise malienne, elle en est le médiateur historique depuis 1991. Les deux parties ont aussi besoin d’un mécanisme de gestion des incidents frontaliers, pour éviter la répétition du drone abattu en 2025. »
De son côté, Ahmed Mizab considère que la priorité est désormais de rétablir un cadre politique permanent, auquel pourraient progressivement s’ajouter les volets sécuritaire et économique. « La priorité est de reconstruire un mécanisme politique régulier de dialogue. Viennent ensuite les dossiers sécuritaires : frontières, terrorisme, criminalité organisée, contrebande. Le volet économique peut aussi constituer une nouvelle base à savoir le commerce transfrontalier, transports, énergie, zones frontalières ». Selon lui, le développement des intérêts communs peut contribuer à consolider la relation bilatérale dans la durée. « Plus les intérêts économiques se développent, plus les relations résistent aux crises. Le dialogue peut enfin porter sur les dossiers régionaux d’intérêt commun ».

Volet sécuritaire : « Coordination et non intervention »
Sur le volet sécuritaire, les deux experts mettent en avant les capacités de l’Algérie, tout en insistant sur la nécessité de respecter le principe de souveraineté. Bachir Chaïb rappelle que l’approche algérienne repose sur « un principe constant », à savoir « la coordination et non intervention ». «Les atouts sécuritaires de l’Algérie sont notamment le renseignement, l’expertise frontalière et les canaux de communication de crise, sur plus de 1 300 kilomètres de frontière commune. Sa capacité militaire et son expérience saharienne en font un partenaire incontournable contre le terrorisme ». Il insiste toutefois sur les limites de cette coopération : « Mais le principe algérien reste constant : coordination et non intervention, échange de renseignements et non opérations conjointes. L’Algérie n’enverra pas de troupes au Mali, Maïga a lui-même souligné que les relations reposent sur le respect de la souveraineté et la non-ingérence ».
Mizab souligne, pour sa part, que l’expérience algérienne peut être mobilisée à travers une coopération institutionnelle structurée. « L’Algérie dispose d’une grande expérience dans la lutte antiterroriste et la sécurisation des frontières, utile au Mali via la coopération institutionnelle. Sa valeur tient à la combinaison entre action sécuritaire et prise en charge des dimensions politique et développementale. Sa position géographique en fait un partenaire pour une approche fondée sur la prévention plutôt que sur la seule réaction aux menaces ».
Ainsi, pour les deux experts, la relance des relations algéro-maliennes ne saurait se limiter à une succession de visites officielles. Elle doit, à terme, permettre de réinstaller des mécanismes réguliers de dialogue, de consolider la coopération sécuritaire et de donner davantage de contenu aux échanges économiques et institutionnels, dans un contexte régional où la stabilité du Sahel demeure un enjeu majeur.
Sarah O.

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