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Volksbühne de Berlin : L’ombre de la haine plane sur une initiative inclusive

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Le célèbre théâtre berlinois Volksbühne a été contraint d’annuler un événement destiné aux enfants noirs au sein de sa piscine éphémère. Face à une vague d’hostilité et de menaces racistes, les organisateurs ont privilégié la sécurité, ravivant un débat houleux sur l’inclusion et la discrimination en Allemagne.

L’été berlinois devait prendre une tournure festive et solidaire sur la Rosa-Luxemburg-Platz. Le théâtre Volksbühne, sous l’impulsion de son directeur artistique Matthias Lilienthal, y a installé une piscine extérieure temporaire, le « Volksbad », prévue pour durer huit semaines. L’idée : offrir un espace de fraîcheur accessible gratuitement aux habitants, dans un contexte où de nombreuses piscines municipales sont fermées.

Toutefois, une initiative spécifique au sein de ce projet a cristallisé les tensions. En partenariat avec l’association Each One Teach One (EOTO), qui milite contre les discriminations et soutient les diasporas africaines, le théâtre avait prévu de réserver l’accès à la piscine pendant une après-midi (le vendredi 14 août de 12h à 18h) exclusivement aux enfants et jeunes noirs, ainsi qu’à leurs proches. L’objectif affiché était clair : proposer une « mesure positive pour soutenir des groupes structurellement désavantagés » et leur offrir un espace sécurisant.

L’annonce de cet événement, décrit comme ouvert exclusivement aux « communautés noires » sur le site du théâtre, a rapidement suscité la polémique. Des voix se sont élevées pour questionner la légitimité de restreindre l’accès à une infrastructure financée par des fonds publics, le théâtre recevant d’importantes subventions annuelles et le projet de piscine ayant coûté près de 300 000 euros.

Mais la critique a rapidement laissé place à des attaques d’une toute autre nature. Le théâtre et l’association EOTO ont fait l’objet d’une campagne de haine d’une violence inquiétante. Des e-mails racistes, des menaces et une couverture médiatique parfois incendiaire ont ciblé les organisateurs.

Des personnalités politiques s’en sont également mêlées, amplifiant la controverse. Alice Weidel, co-dirigeante du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), a violemment attaqué le projet sur les réseaux sociaux, évoquant un « apartheid comme modèle pour l’Allemagne » et exigeant la suppression immédiate des subventions publiques pour ce type d’événements. De son côté, une élue conservatrice locale a fait part de son incompréhension, jugeant la démarche « discriminatoire » dans une ville qu’elle considère « libre et diverse ».

Face à l’escalade de la situation et craignant pour la sécurité des participants, la Volksbühne a pris la difficile décision d’annuler l’événement du 14 août. Le théâtre a expliqué que la baignade pour les enfants et adolescents noirs était devenue la « cible d’agitations racistes et d’extrême droite ».

« Nous continuerons, bien sûr, à proposer des initiatives positives pour les personnes structurellement désavantagées. Nous sommes solidaires – aujourd’hui et chaque jour – de tous ceux qui subissent le racisme et l’hostilité de l’extrême droite », a réagi Matthias Lilienthal.

L’annulation de cet événement met en lumière les profondes fractures qui traversent la société allemande sur les questions d’inclusion et de création d' »espaces sûrs » (safe spaces). Cansel Kiziltepe, responsable de la lutte contre les discriminations à Berlin, a dénoncé une « campagne d’hostilité et de menaces », rappelant une réalité amère : « le racisme et l’exclusion font partie du quotidien des personnes noires ». Cette affaire tristement révélatrice montre combien le chemin vers une société véritablement inclusive est encore parsemé d’embûches et de réactions épidermiques.

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