Le pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed à Alger a ouvert hier pour la première fois, le procès de l’affaire de la fraude à l’allocation touristique de 750 euros. Plus de quinze prévenus comparaîtront devant la troisième chambre du pôle judiciaire pour répondre de faits liés à la violation des règles encadrant l’octroi de cette allocation, ainsi qu’à des infractions à la législation et à la réglementation relatives au contrôle des changes et aux mouvements de capitaux.
Selon les investigations menées par les services compétents, plusieurs réseaux auraient mis en place un stratagème sophistiqué consistant à faire entrer légalement des citoyens sur le territoire tunisien afin d’obtenir le cachet d’entrée sur leur passeport. Les voyageurs étaient ensuite rapidement ramenés en Algérie par des passages frontaliers non surveillés, sans respecter la durée minimale de séjour fixée à sept jours, avant d’être réintroduits officiellement en Tunisie pour finaliser les formalités administratives. Les enquêteurs estiment que ce procédé visait à contourner les conditions d’obtention de l’allocation touristique et portait atteinte à la stabilité du marché des changes. L’enquête révèle également l’implication de certaines agences de voyages jugées peu professionnelles. Ces dernières auraient exploité les inquiétudes des citoyens en annonçant des départs en urgence sous prétexte d’une suspension imminente de l’allocation, ou encore en annulant des voyages à la dernière minute. Ces pratiques auraient contraint de nombreux voyageurs à se rendre individuellement aux postes-frontières, sans organisation préalable. Le procès devrait ainsi mettre en lumière les différents mécanismes utilisés pour détourner le dispositif de l’allocation touristique.
D’importants gains sur le marché parallèle
Les poursuites judiciaires ont également été engagées après la découverte d’un autre mode opératoire consistant à exploiter le droit de jeunes sans emploi à bénéficier de l’allocation au taux de change officiel. Les organisateurs de ces réseaux prenaient uniquement en charge les frais de transport et d’hébergement en Tunisie, avant de récupérer le reste de l’allocation pour revendre les devises sur le marché parallèle. Selon les investigations, cette opération pouvait générer jusqu’à 50. 000 dinars de bénéfice par personne, permettant à ces réseaux d’amasser d’importantes sommes d’argent en très peu de temps. Afin de lutter contre ces pratiques frauduleuses, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a ordonné, lors du Conseil des ministres du 12 juillet, que l’allocation touristique de 750 euros soit désormais versée exclusivement par carte bancaire suite au constat de « graves dépassements » ayant entraîné une importante fuite de devises à l’étranger.
M. Seghilani














































