Visite de Tillerson en Afrique : Effacer «les insultes» de Trump

Plus d’un an après l’entrée en fonction de Donald Trump, le chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson, a débuté, son premier voyage officiel sur le continent africain dans des conditions particulières. Cette tournée d’une semaine qui doit le mener en Éthiopie, à Djibouti, au Kenya, au Tchad et au Nigeria, tombe en effet peu de temps après les propos particulièrement insultants du président américain.

La première mission de Rex Tillerson, qui a commencé sa visite par Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, a été d’apaiser le climat avec ses «partenaires africains». Le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, avait plaidé à Washington pour un nouveau cadre de coopération avec l’Afrique en mesure de contrer l’influence grandissante de la Chine dans le continent. Tillerson, qui a prononcé une allocution à l’université George Mason en Virginie, peu avant d’entamer sa tournée de huit jours dans le continent, a critiqué ouvertement l’approche de partenariat prônée par la Chine en Afrique qui est, selon lui, à l’opposé du cadre de coopération proposé par les États-Unis. «Les États-Unis poursuivent une croissance durable qui permette de consolider les institutions des pays africains, d’en renforcer l’État de droit et de leur donner la capacité d’assurer leur autonomie», a-t-il indiqué en ajoutant que son pays s’associait «aux pays africains en les encourageant à adopter les principes de bonne gouvernance pour atteindre leurs objectifs de sécurité et de développement à long terme». «Cette approche contraste fortement avec celle de la Chine, qui encourage la dépendance en s’appuyant sur des contrats opaques, des pratiques de prêt prédatrices et des accords corrompus qui poussent les nations à s’embourber dans l’endettement», a-t-il dénoncé. Les critiques formulées par le chef de la diplomatie américaine étaient centrées essentiellement sur l’expansion économique de la Chine en Afrique, affirmant que les pratiques de Pékin en matière d’investissement «nuisent à la souveraineté des pays africains et ne permettent pas d’atteindre une croissance autosuffisante à long terme». «Les investissements chinois ont le potentiel de combler le déficit en infrastructures de l’Afrique, mais leur approche a conduit à une dette croissante et n’a créé que très peu d’emplois dans la plupart des pays», a-t-il dit «Associée à des pressions politiques et fiscales, cette approche met en péril les ressources naturelles de l’Afrique et sa stabilité économique et politique à long terme», a déclaré Tillerson. Et d’ajouter : «nous nous félicitons de la participation d’autres pays au développement de l’Afrique. C’est là la nature même du libre marché (…) Mais nous souhaitons un développement responsable et des pratiques transparentes de libre marché». «Nous espérons que la Chine se joindra à nous dans cet effort», a-t-il enchainé. Washington, qui voit d’un mauvais œil la politique économique de la Chine en Afrique, devrait saisir la première tournée de Tillerson, en tant que secrétaire d’État, pour relancer ses relations avec le continent, au point mort depuis l’élection de Donald Trump. Le secrétaire d’État devrait également s’employer à corriger le dérapage verbal de Trump à l’égard de l’Afrique lorsqu’il a qualifié, en janvier, plusieurs États africains de «pays de merde». Au cours de son intervention, Rex Tillerson, a souligné que les États-Unis» voyaient en Afrique un avenir radieux», se disant «intimement convaincu» de l’énorme potentiel du continent. Tout d’abord: la mutation démographique. D’ici 2030, l’Afrique représentera près d’un quart de la main d’œuvre mondiale. D’ici 2050, la population du continent devrait doubler pour atteindre plus de 2,5 milliards d’habitants, dont 70 % âgés de moins de 30 ans. Le continent connaît une croissance économique considérable. La Banque mondiale estime que six des dix économies qui connaissent la plus forte croissance au monde cette année seront en Afrique, a relevé Tillerson. «Pour vous donner une idée, d’ici 2050, la population du Nigeria dépassera celle des États-Unis et son économie dépassera celle de l’Australie (…) Pour comprendre où va le monde, nous devons comprendre que l’avenir, c’est l’Afrique», a-t-il encore souligné. Tillerson devrait, par ailleurs, saisir l’occasion de sa visite pour tenter de convaincre quelques pays africains de se joindre à la campagne de pression internationale pour inciter la Corée du Nord à passer à une phase de négociations sur son programme nucléaire. «Un des domaines dans lesquels nous recherchons davantage de coopération est notre campagne de pression pacifique visant à amener la Corée du Nord à la table des négociations», a-t-il indiqué. Tillerson se rendra au Tchad, en Éthiopie, à Djibouti, au Kenya et au Nigeria pour discuter de contre-terrorisme, du commerce, de l’investissement et de la bonne gouvernance.
M. B.