Théâtre : «Safia» ou les méfaits de la mondialisation

La générale de la pièce de théâtre « Safia », un spectacle tragi-comique au contenu corrosif à l’égard des méfaits de la mondialisation, vilipendée dans une forme métaphorique des plus allusives, a été présentée samedi à Alger devant un public recueilli. Ecrite et mise en scène par Brahim Chergui, « Safia », brillamment rendue au Théâtre national Mahieddine-Bachtarzi (TNA) dresse un constat alarmant sur les méfaits de la globalisation et ses conséquences périlleuses sur le devenir des pays en voie de développement. Animé par le duo Brahim Chergui dans le rôle de Lamdjed et Faïza Amel dans celui de Mennana, le spectacle, d’une durée de 75 mn, est nourri par une intrigue profonde, au contenu crypté, livrant au second degré les codes d’accès à son message. Lamdjed, un sans nom patrimonial au passé confisqué et à la mémoire courte, rencontre dans un lieu perdu du désert Mennana, une mère célibataire rejetée de tous, en quête d’un nouveau départ qui puisse lui offrir une nouvelle vie. Hantés par le cauchemar du désespoir et la fatalité, chacun des deux personnages se retrouve confronté à un problème existentiel, tentant comme il peut de trouver une issue à ses tourments. Le noeud de l’histoire révèlera par la suite, la paternité de Lemdjad qui est mis devant son statut de père irresponsable. « Une métaphore renvoyant à cette mondialisation aux desseins hasardeux qui s’est invitée par violation sur des territoires pures et légitimes », explique le metteur en scène avant d’ajouter, «tous ces pays mis en péril par cette globalisation sont des «Safia». Dans leurs différents costumes, les comédiens, évoluant dans un rythme ascendant et occupant tout l’espace scénique, ont bien porté le texte dans des échange utiles et un jeu physique soutenu et parfois grotesque, marqué par quelques chorégraphies qui ont donné une dimension esthétique au spectacle. Le décor fait de plusieurs formes géométriques séparées (cercle, rectangle, arcs et autres) sur lesquelles différents accessoires ont été accrochés, laisse apparaître l’idée de représenter des projets de vie en suspens.
Le rôle de l’éclairage dans la création d’atmosphères adéquates au contenu de la trame était concluant, dans une scénographie -également oeuvre du metteur en scène- qui aura constitué un élément dramaturgique à part entière. Le public, relativement nombreux a pu saisir la pertinence du contenu tragique de la trame, appréciant le spectacle dans la subtilité de ses formes comiques avec délectation. Produite par le TNA, « Safia », qui attend d’être programmée dans différents théâtres régionaux, est le 21e spectacle mis en scène par Brahim Chergui avec autant de créativité et d’énergie.

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