Irak : accusées de pillages, les milices chiites quittent Tikrit

Accusés de s’être livrés à des pillages ces derniers jours, presque tous les miliciens chiites se sont retirés samedi 4 avril de la ville irakienne de Tikrit, dont les jihadistes de l’État islamique (EI) avaient été chassés en milieu de semaine. Un porte-parole des miliciens chiites, Karim Al-Nouri, a confirmé que 80% des volontaires avaient quitté Tikrit. Les forces irakiennes ont repris Tikrit, ancien fief de Saddam Hussein, le 31 mars, après plusieurs semaines de combats contre l’EI, qui contrôlait la ville depuis près de dix mois. Selon les autorités locales, les miliciens chiites auraient incendié des centaines d’habitations et pillé des commerces. Des miliciens ayant reconquis la ville aux côtés de l’armée auraient tagué le nom de leur groupe sur des habitations, des magasins, et d’autres bâtiments. Des policiers de la force de réaction rapide auraient aussi tagué les murs de Tikrit. Vendredi, M. Al-Abadi, le premier ministre irakien avait ordonné l’arrestation des pillards, et aux forces déployées à Tikrit de faire cesser les actes de « vandalisme» dans la villes, émettant des «ordres adressés aux forces sécuritaires et militaires dans la ville de Tikrit pour qu’ils s’occupent des actes de vandalisme» menés par des «gangs» cherchant à ternir l’image des forces de sécurité et des milices chiites alliées, selon le communiqué de ses services. Le Premier ministre irakien, Haïder Al-Abadi, a ordonné aux forces déployées à Tikrit de faire cesser les actes de «vandalisme» dans la villes.
L’ayatollah Ali Al-Sistani, principal dignitaire de l’islam chiite en Irak, qui compte des millions de fidèles, a appelé les forces de sécurité et les milices alliées à «protéger et garder les biens des citoyens dans les zones qui ont été libérées». Cela relève du «devoir religieux, national et moral», a poursuivi M. Sistani dans son prêche lu par une représentant lors de la prière hebdomadaire du vendredi, à Kerbala. En outre, «cela peut jouer un rôle crucial pour persuader ceux qui n’ont pas encore décidé de participer à la libération de leur région de le faire», a-t-il insisté. Les États-Unis ont dit surveillent « de près» les forces irakiennes à Tikrit, où, selon certaines informations, elles pourraient avoir commis des violations des droits de l’homme lors de la reprise de la ville aux djihadistes, avait annoncé un responsable militaire américain jeudi. Jeudi également, Amnesty International avait expliqué enquêter sur des violations des droits de l’homme qu’auraient commises les forces de Bagdad et leurs alliés. Malgré les récents succès remportés par son armée, le premier ministre irakien, qui dit se sentir abandonné par Washington, juge qu’il sera extrêmement difficile de venir à bout de l’Etat islamique (EI) tant que le groupe djihadiste recrutera des combattants étrangers totalement endoctrinés.
Dans un entretien accordé au magazine allemand Der Spiegel, samedi, il a estimé que 57% des combattants de l’EI étaient des Irakiens qui ne posaient pas trop de problèmes car, selon lui, ils partent quand l’armée irakienne entre dans une ville reconquise. «Les 43% qui restent, des combattants étrangers idéologiquement endoctrinés, se retrouvent, eux, le dos au mur. Si Daech continue de recruter tant de combattants étrangers, aucune armée dans notre région ne pourra en venir à bout», avertit le premier ministre irakien.

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