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Tebboune expose sa vision stratégique et prospective dans un entretien accordé à « L’Opinion » français : L’empreinte d’un authentique homme d’État

À la lecture de ce très instructif entretien, qui fait le tour de la question, on découvre un homme d’État, au sens vrai du mot, qui joint l’acte à la parole, n’hésite pas à aborder, sans ambages, tous les sujets qui gênent, ou qui sont susceptibles de fâcher.

Diplomate aguerri, Tebboune n’hésite quand même pas à « y aller franco », surtout quand il y va de l’avenir immédiat de nos voisins et amis libyens. Une occasion de confirmer ce que notre journal annonçait en exclusivité concernant une prochaine initiative de paix à laquelle seraient associées les tribus libyennes les plus puissantes et les plus représentatives, qui font toute confiance à l’Algérie, dont la voix se remet à porter dans le concert des nations, et dont la puissance et la présence influe sur le déroulement des évènements locaux.
L’Algérie, pourtant, n’a aucune visée géostratégique et/ou hégémonique, insiste le chef de l’État, dans cet entretien qui se veut encore apaisant et apaisé envers le voisin marocain, n’en déplaise à ses provocations et mensonges. Il en veut pour cinglante preuve le fait que notre pays ait décidé d’effacer pas moins de 1,4 milliard de dollars de dettes dues par les pays africains les plus pauvres. Et d’entrer de plein-pied dans le vif du sujet. Le président Tebboune est résolu à respecter et à appliquer ce pourquoi il a été élu. Qui a donc l’intention de rompre avec le système de présidence à vie, mais aussi de ne pas se baser sur ces partis du pouvoir, en mal de crédibilité, et maintes fois dénoncés par ces millions d’Algériens descendus pour manifester dans la rue. Tebboune ne veut donc plus que des dérives pareilles se reproduisent. À savoir les gaspillages commis par le « gang », parce qu’un homme, ou un gang, sous le couvert de son blanc-seing, a décidé de s’octroyer les pleins pouvoirs par le simple fait du prince. Le chef de l’État nous le dit donc clairement : « il ne compte pas s’éterniser au pouvoir ». Au plan interne, le projet de révision de la Constitution sera également abordé, mais le Président n’en dégrossira que les traits les plus saillants afin de ne pas influer personnellement sur le débat national qui se déroule en ce moment : le choix de régime le plus judicieux devrait être une organisation de pouvoir « semi-présidentiel, à propos de mesures de grâce envers des dirigeants du hirak, la magnanimité du Président ne se dément toujours pas. « Ces gestes vont se poursuivre et visent à l’apaisement. L’opposition et la société civile sont indispensables. La raison elle-même peut déraisonner si elle n’a pas ses barrières. Mais l’opposition ne doit pas se faire dans l’insulte, l’invective et l’appel au soulèvement. Seul un État fort et juste peut asseoir la démocratie, le contraire amène l’anarchie et le chaos. J’ai soumis à l’Assemblée un texte de loi condamnant la haine de l’autre. Le racisme, le régionalisme. Il a été voté et s’appliquera, tout comme le Code pénal. C’est la condition pour vivre ensemble dans la concorde et l’intérêt de tous. Beaucoup pensent que nous sommes entrés dans une phase de répression. C’est faux. En matière de liberté d’expression, nous sommes le seul pays de la région à avoir plus de 160 quotidiens dont certains sont très caustiques. Nous les soutenons à travers la publicité et le tirage de leurs journaux par des imprimeries d’État. Ils ne se privent pas de porter la contradiction politique ».
Tebboune, qui remet petit à petit les choses en place, continue de marteler que la vision algérienne en matière de lutte contre le terrorisme, reste la plus juste et la plus avisée. Preuve en est que si Alger avait eu quelque veto à opposer en temps opportun, la situation ne se serait pas autant dégradée aussi bien en Libye qu’au Mali. Les choses ne se passeront désormais plus ainsi. La fermeté de ton de Tebboune, assimilable à une poigne de fer dans un gant de velours, promet bien de changer la donne dans la vaste bande sahélo-saharienne, où, comme la rappelle si bien le chef de l’État : «La lutte contre le terrorisme est légitime. Mais les solutions militaires n’ont jamais été idoines et pérennes».
Mohamed Abdoun