REPORT DE LA PRÉSIDENTIELLE : Makri reconnaît l’échec de son initiative

Un autre camouflet pour les islamistes. Pour la première fois, le leader du Mouvement pour la société de la paix (MSP) reconnaît que l’initiative politique proposée par son parti, à savoir le report de la présidentielle le temps d’arriver à un consensus national, n’a pas obtenu les faveurs du pouvoir, de partis de la majorité présidentielle, et ceux de l’opposition ainsi que d’acteurs de la scène politico-médiatique nationale. Abderrazak Makri devra convaincre, d’ici à la session du Madjliss Echoura (Conseil consultatif), en fin de cette semaine (11 janvier).

Pour le rendez-vous de ce week-end, le MSP sera appelé à se prononcer sur la prochaine présidentielle, mais sa direction devra d’abord trouver les moyens de justifier ses choix stratégiques pris depuis mai 2018, date du dernier congrès du parti qui a vu l’élection de Makri comme son dirigeant. Ce dernier, qui œuvrerait depuis l’été dernier à rassembler autour de son initiative pouvoir et opposition afin de les persuader de reporter l’échéance présidentielle d’une année, se retrouve dans une situation périlleuse. Les comptes-rendus de toutes les rencontres avec les responsables des partis consultés– majoritairement négatifs – seront présentés et examinés durant la session du Madjliss Echoura, ce qui laisse à la direction du parti une faible marge de négociation. Dans un entretien paru jeudi dans le quotidien « Liberté », Abderrezak Makri a reconnu l’échec de l’initiative de « report de la présidentielle » après sept mois de vaines tentatives, mais il l’attribue également aux partis de l’opposition qui n’ont pas « voulu prendre le risque d’explorer l’option de report comme nous leur avons suggéré ». « Nous avons échoué à convaincre sur notre initiative pour le consensus », a-t-il déclaré, un aveu qu’il prononce pour la première fois tant le leader islamiste a toujours tergiversé et préférait dire que son initiative a été « en partie bien accueillie ». Interrogé si son initiative de report des présidentielles n’arrangeait pas plutôt le pouvoir, Makri tire le parallèle avec « la plateforme de Mazafran » conclue entre les partis de l’opposition : « Même la plateforme de Mazafran, menée par l’ensemble des acteurs de l’opposition, avait aussi échoué auparavant. Cependant il y a quelque chose qui a changé depuis le document [de Mazafran]. Actuellement, le système vit une crise profonde. Il n’a plus les mains libres. Sa marge de manœuvre a significativement régressé ». Makri avait une très forte impression que « vu la situation dans laquelle il se trouve, le système serait prêt à faire des concessions pour l’engagement de réformes et les décideurs prépareraient leur sortie ». « Celui qui vous dit qu’on veut prolonger le mandat pour une année, vous croyez que c’est pour qu’il reste ? », s’est-il interrogé, avant de reprendre : « Évidemment non. Le clan présidentiel voulait préparer sa sortie. Aider le système à sortir, c’était aussi l’esprit de Mazafran. Et l’idée du report de la présidentielle a été inspirée de cette même plateforme ». Mais Makri distille une seconde cause de l’échec du report, qui est l’appel d’Amar Ghoul de TAJ pour une conférence nationale entre pouvoir et opposition sous le patronage du président de la République. Les leaders de l’opposition « avaient une certaine disposition à accepter d’aller au dialogue mais ils avaient dit qu’ils n’avaient pas confiance. Ensuite, il y a eu cette histoire de conférence nationale [de Ghoul] qui a court-circuité notre initiative et qui a alimenté davantage la peur de l’opposition, qui est revenue en arrière », s’est désolé Makri. Si le constat d’échec de l’option de report est évident, qu’elle en serait l’option la plus forte ? « Désormais, c’est effectivement la cote du 5e mandat qui monte dans la bourse des options du système. Parce que les décideurs ne peuvent pas aller vers le report sans l’opposition », croit savoir Makri.
Hamid Mecheri