Pour en finir avec la polémique sur les dates religieuses : Guessoum demande à organiser un colloque sur la question

Pour ce Ramadhan, l’Algérie est le pays où l’on jeûne cette année le plus longtemps parmi les autres pays arabes. Cependant, depuis quelques jours du début du mois sacré, une polémique fait rage entre religieux et scientifiques dans le pays. Un chercheur et expert en astronomie, Loth Bonatiro, a trouvé que les algériens jeûnent quotidiennement 40 minutes de plus des heures obligatoires (16 heures). Cela a bien suscité la réaction du ministre des Affaires religieuses, Mohammed Aïssa qui a affirmé que « les autorités n’ont aucun intérêt à laisser les algériens jeûner plus ou moins que ce qu’à été dicté par Dieu ». Comment peut-on comprendre cette polémique ? Savoir et Religion peuvent-ils toujours coexister ? L’association des Oulémas Musulmans Algériens (AOMA) organisera prochainement un colloque-conférence sur l’astronomie qui réunira d’imminents spécialistes dans ce domaine pour voir « s’il y ait des défaillances dans les horaires de prières et de rupture du jeûne ». Pour Abderrezak Guessoum, président d’AOMA, qui en a fait l’annonce hier au Forum du Courrier d’Algérie, ce colloque permettra d’aborder cette question de par tous ses aspects, mais il ne s’agit nullement de critiquer ou de répondre à Bonatiro. « La religion authentique ne se confronte pas avec la vraie science », a-t-il argumenté. Le colloque qui regroupera des spécialistes en astronomie et de la jurisprudence permettra, selon Guessoum, de « vérifier la véracité et l’exactitude de la théorie (de Loth) ou s’il elle est complètement fausse ». Acceptant les questions à cœur ouvert, Guessoum a livré aussi son approche sur le retard sur l’adoption d’un Mufti de la République pour faire face notamment aux fatwas extrémistes et étrangères et consolider d’avantage le référent national religieux. « Il est temps pour qu’on pense à avoir un Mufti », a-t-il tranché en livrant la vision de l’association des Oulémas : « Nous, à l’AOMA, nous sommes beaucoup favorables pour un Conseil de fatwa habilité à trancher dans les différents domaines ; questions économiques, de fœtus, grossesse, et aussi les questions à penchant politique. C’est un Conseil où l’on fait appel aussi aux psychologue, sociologue et médecin, pour savoir leurs avis avant de formuler la fatwa ». Sur le choix d’un Conseil de fatwa au lieu de mufti, Guessoum se défend : « les exemples en Égypte et en Arabie saoudite ne sont pas à suivre. Un mufti seul peut dévier. Peut-on imaginer le mufti d’Égypte contredire Al Sissi -président égyptien- ? ». Le Conseil proposé par l’AOMA se veut « un pole spécialisé dans les grandes questions qui concernent le pays », affirme Guessoum, en s’exclamant : « j’étais toujours étonné de savoir pourquoi jusqu’à maintenant on n’en a pas un tel Conseil !». « Pourquoi on en a pas en Algérie un organisme chargé de la fatwa ? Même chose pour l’académie des sciences. Ça existe dans tous les pays, pourquoi pas chez nous ? Mon étonnement ne concerne pas uniquement la fatwa. Il y en a d’autres institutions dont le pays a plus que besoins mais dont on ne comprend pas le retard d’installation comme l’académie de la langue arabe et l’académie de Tamazight. Nous, on demande d’accélérer l’installation de toutes ces institutions », a-t-il affirmé. Sur les attaques très critiques d’AOMA contre la ministre de l’Éducation nationale Nouria Benghabrit et ses réformes, Guessoum n’est pas content de la manière dont la presse nationale à traiter de ce sujet et le rôle de son association. « Nous sommes une association nationale et on estime qu’on a le droit de critiquer la ministre Benghabrit. Nous avons demandé, lors d’une rencontre avec la ministre, à ce que les réformes ne soient pas uniquement dictées par les experts français. Pourquoi ne pas faire venir des experts des pays scandinaves ? Pourquoi ils n’ont pas sollicité l’AOMA eu égard à notre longue expérience dans l’enseignement qui date d’avant l’indépendance ?», a-t-il indiqué. Il affirme que l’AOMA « n’a pas intérêt à mener un conflit idéologique, car l’école doit rester à l’écart des conflits idéologiques ».

Hamid Mecheri